Les besoins d'information des professionnels
des marchés financiers


Le 5 mars 2002 - Après "l'éclatement de la bulle technologique" et sur toile de fond de marchés erratiques, TNS Sofres Département Finance a réalisé pour Euronext et la Société française des analystes financiers (SFAF) une étude permettant de faire le point sur les opinions, les attitudes et surtout les attentes des professionnels des marchés dans leur relation avec les sociétés cotées. L'étude qui a été réalisée en décembre 2001 auprès d'un échantillon de professionnels des marchés européens (147 analystes, stratégistes et gérants ont été interrogés en Belgique, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni) revêt d'autant plus d'importance et d'actualité qu'elle intervient au moment de la publication de résultats annuels 2001, souvent en retrait avec les prévisions, et au cour d'un débat de plus en plus nourri sur la nécessité de réglementer la Communication & Finance.

Un contexte qui modifie nettement la façon de travailler

Pour analyser la situation des sociétés cotées, émettre leurs recommandations et prendre des décisions d'investissement, analystes, stratégistes et gérants sont aujourd'hui largement confrontés à un manque de visibilité (43% de citations spontanées) et à une forte volatilité des marchés (18%).

Les 4/5 des stratégistes interrogés intègrent d'ailleurs les taux de volatilité actuels dans leurs recommandations (la moitié systématiquement), ainsi que les 3/4 des gérants pour ce qui est de leurs stratégies d'investissement.

Les professionnels évoquent également des difficultés à établir des prévisions (14%), arbitrer, trouver les valeurs ou les secteurs porteurs (14%) et à articuler, pour ne pas dire concilier court terme et long terme (11%).

Au total, près d'un sur deux (43%), déclare avoir modifié sa façon de travailler dans le contexte économique et financier actuel.

L'impact du contexte apparaît toutefois variable selon les profils. Il est sensible auprès des Français (66%), des Belges (50%) et des stratégistes (55%). Il est plus faible auprès des Néerlandais (30%) et surtout des Britanniques (22%).

Sélectivité, prudence et suivi "serré" des recommandations et des positions

Interrogés sur ce qui a concrètement changé dans leur façon de travailler, près d'un professionnel sur deux déclare privilégier aujourd'hui les valeurs les plus sûres (à savoir les Blue chips, les valeurs défensives, offrant des fondamentaux de qualité, occupant un positionnement concurrentiel fort.), ainsi que les secteurs les plus défensifs ou actuellement en croissance. Ils évoquent également une plus grande rotation / diversification des portefeuilles (choix de zones, secteurs, types de valeurs.).

En termes d'horizon, l'impact du contexte actuel est également sensible. Près d'un professionnel des marchés sur deux établit des prévisions et se positionne sur des périodes plus courtes.Les analystes financiers évoquent des horizons de recommandations variant de 3 à 6 mois. Les gérants, quant à eux, mentionnent des allers-retours plus nombreux sur les valeurs.

Près d'une personne interrogée sur trois révise plus souvent ses positions, s'appuyant sur un suivi plus attentif.

Priorité à l'information sur la qualité de la société, avec une curiosité tous azimuts
(gestion, finance, secteurs, activités.)

Lorsqu'on demande aux analystes, aux gérants et aux stratégistes européens à quels paramètres ils sont actuellement les plus sensibles, l'information sur les sociétés arrive très nettement en tête, spontanément évoquée par près des deux tiers (65%). Les éléments pris en compte sont multiples. On analyse bien sûr tout particulièrement la qualité des fondamentaux financiers (22% de citations), tels que cash-flow, rentabilité, endettement. Mais, on observe avec la même acuité les caractéristiques du ou des secteurs d'activité (19%), en termes de stabilité ou de sécurité. On analyse également la qualité du positionnement, de la stratégie et des choix de développement (18%), la notion de leadership jouant un rôle clé. Les capacités à croître, à se développer sont évoquées par 14%.

Si le contexte intervient dans un deuxième temps (35% de citations spontanées), il est loin d'être négligeable. L'évolution de l'environnement économique et politique intéresse tout particulièrement les Français (évoqué par 25% contre 10% en moyenne) : échéance du retour de la croissance, échéances électorales. L'évolution des taux, de la consommation des ménages est aussi évoquée.

Des exigences accrues en termes d'information à l'égard des sociétés cotées

Dans un contexte plus incertain, les professionnels des marchés européens se montrent plus exigeants à l'égard de l'information qui leur est fournie :76% estiment nécessaire que les sociétés cotées fassent évoluer leur communication, un tiers environ juge même que c'est très nécessaire.

L'attente est particulièrement forte auprès des Français (89%), des Belges (91%) et des spécialistes des small-caps (84%). Moins marquée, elle n'en est pas moins présente auprès des Britanniques (61%), des Néerlandais (63%) et des stratégistes (65%), ces derniers étant pourtant moins en contact direct avec les sociétés.

Une information plus détaillée, plus fine et plus objective

Sur le fond, de manière générale, les professionnels souhaitent (à 40%) un renforcement de l'information qualitative qui doit à leurs yeux donner à la fois de la "chair" et de la profondeur aux éléments chiffrés, en apportant "le sentiment. et le point de vue" des dirigeants

Lorsqu'on leur demande de préciser leurs attentes, près d'un sur deux (48%) souhaite par ailleurs, plus de transparence et d'objectivité,pour " éviter les mauvaises surprises ".

Cela signifie concrètement plus de détails, de décompositions et d'exhaustivité dans les chiffres et éléments fournis par zone géographique, segment d'activité, poste. (35% de citations spontanées). Analystes, gérants et stratégistes attendent également la publication d'objectifs chiffrés(chiffres d'affaires, bénéfices.) avec si nécessaire desréajustementsen cours de période (29%). Un peu plus d'un sur quatre (26%) demande plus d'information sur la stratégie.

Une information plus régulière, plus fréquente et plus réactive
tirant parti des nouvelles technologies

Sur la forme, les professionnels des marchés financiers européens attendent plus de réactivité (37%) et plus de régularité (27%) dans l'information des sociétés.

Notons qu'environ un tiers évoque spontanément la publication des résultats trimestriels (32%), soit une proportion importante pour une question ouverte. Cette proportion s'éléve même à 47% en Belgique. Ces éléments trimestriels leur servent majoritairement à valider ou à réajuster leurs prévisions.

En termes de vecteurs, cela passe par une utilisation plus poussée des nouvelles technologies(site Internet : 36% ; e-mail : 31% ; conference-call : 17%), celles-ci pouvant permettre de diffuser rapidement les communiqués de presse, d'accéder à un historique large des documents. Ce qui n'exclut pas bien sûr les contacts directs(one-to-one, réunions d'analystes.),plus "établis", dont on souhaite qu'ils s'intensifient (33%).

Les analystes, les gérants et les stratégistes européens expriment également des attentes au niveau des calendriers et délais de publication : ils souhaitent que les sociétés cotées publient, en se coordonnant entre elles et en les respectant, des calendriers annonçant les temps forts de leur Département Finance, qu'elles alignent leurs dates de clôture de comptes.

Comment faire évoluer la communication des sociétés cotées ?

A l'occasion de cette enquête, nous avons consulté les stratégistes, les analystes et les gérants européens sur une série de mesures ou recommandations que l'on pourrait mettre en place pour faire évoluer et améliorer la communication des sociétés cotées. Ces mesures ou recommandations sont issues du rapport LEPETIT publié en avril 2000 et consacré aux "Avertissements sur résultats".

La plupart suscite un très large consensus, voire un plébiscite massif.

Les recommandations visant à faire converger le plus possible les points de vue du marché et de la société, et à alerter dès qu'il risque d'y avoir un écart entre ce qui est prévu ou attendu et ce qui va arriver, ont la plus large faveur.

  • Identification des situations pouvant nécessiter un avertissement sur résultats
    (92% jugent cette mesure nécessaire),
  • Clarification des différences entre objectifs chiffrés et prévisions des analystes (76%),
  • Identification des opinions, attentes et besoins du marché (68%) :
    état d'esprit, questions, doutes.

L'amélioration et l'enrichissement de l'information périodique, notamment par des éléments qualitatifs, avec là encore l'objectif de réduire les incertitudes du marché, seraient également salués chaleureusement.

  • Enrichissement de la Département Finance périodique par des informations plus "qualitatives" (85% jugent cette mesure nécessaire),
  • Amélioration de l'information financière périodique de façon à réduire
    les incertitudes (74%).

Une plus grande formalisation des relations avec le marché serait bienvenue.

  • Égalité d'accès à l'information (85%),
  • Formalisation / mise en ouvre d'un plan de communication structuré et officiel, avec publication d'un calendrier (74%).

Les professionnels des marchés européens sont en revanche plus partagés sur l'opportunité d'instaurer des périodes d'embargo avant les publications des résultats :54% jugent cette mesure nécessaire. Lorsqu'ils y sont favorables, ils préfèrent une durée plutôt courte (moins de 2 semaines pour les trois quarts, moins d'une semaine pour la moitié) et identique pour toutes les sociétés,quels que soient leur secteur ou leur profil (70%).

Des présentations de résultats semestriels 2001 globalement saluées

Lors de la présentation de leurs résultats semestriels 2001, les sociétés cotées ont globalement plutôt bien répondu aux questions du marché : pour 69% des professionnels, quel que soit le pays ou le profil.

On salue notamment :

  • l'utilisation d'Internet et des conference-calls (avec vidéo),sans oublier les contacts directs (pratique "historique" plus établie),
  • le souci de fournir une information plus détaillée, avec une meilleure prise en compte de l'évolution du contexte (révisions, avertissements sur résultats.),
  • mais également une information tournée vers l'avenir (stratégie, perspectives.),
  • ainsi que la réactivité de ceux qui ont rapidement pris la parole avec le souci d'éclairer.

Les présentations des résultats annuels suscitent
davantage de finesse et de prospective

Pour les résultats annuels 2001, analystes, gérants et stratégistes européens attendent, dans le droit fil des "semestriels" :

  • Des éléments analytiques et précis sur l'avenir : stratégie, objectifs, prévisions avec des scénarios (42% de citations spontanées),
  • Un état détaillé de la situation financière (34%).

Un rôle actif pour Euronext, la SFAF et ses homologues étrangers

Dans le contexte incertain que l'on traverse actuellement, les professionnels des marchés européens attendent que les entreprises de marché ou les institutions de place telles qu'Euronext ou la SFAF (l'ABAF en Belgique, la VBA aux Pays-Bas, la SIP au Royaume-Uni) aient un rôle actif auprès des sociétés cotées.

Leurs attentes s'articulent autour de trois grands axes :

- Impulsion, en stimulant ou en prenant des initiatives visant à développer, améliorer, standardiser / harmoniser la communication des sociétés cotées,

- Contrôle, en contribuant à améliorer la transparence, en faisant respecter les règles actuelles, voire en validant l'information,

- Animation / promotion, en faisant connaître les sociétés, en publiant des calendriers tels que le calendrier de place de la SFAF.


Fiche technique

Enquête téléphonique réalisée par le département Département Finance de TNS Sofres pour Euronext et la SFAF, du 12 au 21 décembre 2001 auprès d'un échantillon de 147 professionnels des marchés financiers (stratégistes, analystes, gérants), sur 4 places européennes : Paris, Londres, Bruxelles et Amsterdam.



Plus d'informations :

Frédéric CHASSAGNE
Département Finance
Tél : 33 (0)1 40 92 45 37
Fax : 33 (0)1 40 92 47 57
frederic.chassagne@tns-sofres.com

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