No logo, no pub ?
No problem !

Nous reproduisons ici un point de vue de Danielle CANTAU, Directrice à l'unité Marketing de Taylor Nelson Sofres, publié dans Les Echos le 12 février 2003

Le 12 février 2003 - Publicité et marques sont dans la tourmente : décriées par certains comme les vecteurs d'une acculturation de masse, elles constitueraient pour d'autres le bras armé d'un capitalisme mondial aveugle à la réalité sociale et humaine, voire manipuleraient un consommateur servile. Les consommateurs ne semblent souscrire à aucun de ces constats. Au-delà, on peut même considérer que publicité et marques constituent un langage spécifique, un lien avec la société, et une part fondamentale de notre imaginaire.

Les mouvements anti-mondialisation jouent un rôle de contre-pouvoir
laissé vacant par les institutions actuelles

Certes, la suprématie du pouvoir économique sur le pouvoir politique est une nouvelle donne pour nos sociétés, alors même que le contrôle démocratique continue, lui, de porter sur le seul pouvoir politique. En dénonçant les excès du système économique, les mouvements anti-mondialisation jouent un rôle de contre-pouvoir laissé vacant par les institutions actuelles. Mais ils se placent clairement à l'extérieur des marques et de la publicité, sur un plan économique et politique global, et utilisent simplement ces dernières comme moyen de pression sur les entreprises : menaces de boycott, dénonciation publique des écarts entre les valeurs publicisées par certaines marques et les comportements sociaux des entreprises qui les gèrent. Ils ont en réalité pour véritable cible non pas les marques elles-mêmes, mais le système économique et financier, les entreprises et leurs décideurs.

Les consommateurs ont parfaitement intégré l'enjeu commercial de la publicité

Parallèlement, les discours consuméristes se font plus virulents. Ils dénoncent une publicité qui encouragerait les consommateurs n'en ayant pas les moyens à acheter des produits dont ils n'ont pas besoin. Suppôt de la marque, la publicité est notamment accusée de créer artificiellement un nouveau besoin d'identification à un stéréotype culturel, chez les jeunes en particulier. Pourtant, lorsqu'on leur donne directement la parole, on observe que les consommateurs ont parfaitement intégré l'enjeu commercial de la publicité. Ils n'en sont pas dupes. L'analyse de leurs discours montre clairement qu'ils attendent de la publicité qu'elle construise quelque chose de concret et de fort autour du produit avant tout. On voit aussi que les jeunes ont aujourd'hui largement décodé les jeux du marketing et placé la valeur d'usage au cour de leur système de choix, au côté de la valeur imaginaire.

Le rejet de la publicité est minoritaire

On entend aussi souvent dire que l'opinion commencerait à ne plus pouvoir supporter la débauche de publicité qui gagne notre vie quotidienne. Mais ici aussi, lorsque l'on donne la parole directement au grand public, on s'aperçoit que le rejet de la publicité est minoritaire. Ces Français réputés si publiphobes n'étaient déjà que 10% à se déclarer " très opposés " à la publicité en 1983, tandis que 41% y étaient favorables. Depuis 20 ans, les investissements publicitaires media et hors media ont explosé, en même temps que l'offre médiatique se multipliait. Pourtant, l'attitude des Français n'a guère évolué. Seulement 13% d'entre eux se disent aujourd'hui très opposés à la publicité.

Appauvrissement culturel ?

Il est vrai que cette stabilité d'ensemble cache une radicalisation spectaculaire des attitudes : les jeunes sont beaucoup plus favorables à la publicité, tandis que chez les plus âgés l'hostilité s'est considérablement renforcée. Le facteur explicatif central réside certainement dans l'émergence d'une culture de l'image dont les jeunes sont les premiers dépositaires. Appauvrissement culturel diront certains. Mais la culture doit-elle être monolithique? Cette nouvelle culture est simplement différente de celle des générations précédentes.

Publicité et marques, vecteurs de lien social

Aujourd'hui, pour ces jeunes, nés dans un monde instable et au discours normatif affaibli, l'objectif, conscient ou inconscient, c'est de surfer, d'être au carrefour des codes et des influences, de les compiler et les recycler pour leur propre compte, loin de toute idéologie. Aucune expérience historique commune n'a fait naître pour cette nouvelle génération de sentiment identitaire. L'enjeu n'est plus de se révolter, ni de changer le monde, mais de s'y adapter et de se l'approprier. La publicité et les marques sont dans ce contexte devenues pour les jeunes porteuses de valeurs et de références. Et si elles ont pris cette place, c'est sans doute qu'elle était vacante. Publicité et marques ne servent pas pour ces jeunes à noyer leur identité dans une conformité à des modèles communs. Elles servent à affirmer une appartenance éventuellement multiple et à tisser des liens sociaux. Dans une certaine mesure, les marques n'appartiennent plus aux " marketers ", et échappent ainsi aux mouvements de pensée consumériste. Elles font tout simplement partie du patrimoine collectif.



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Fax : 33 (0)1 40 92 47 38
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Danielle CANTAU
Directrice à l'unité
Marketing de TNS Sofres

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