Le 20 juin 2006 - A l'occasion de la 19e édition des Phénix UDA, notre étude réalisée pour l'Union des annonceurs auprès de 232 annonceurs français occupant les fonctions marketing et/ou communication en entreprise fait le point sur les évolutions en cours et à venir de la communication.
L’enquête 2006 nous présente des annonceurs conscients de
la mutation durable de leurs clients et de l’évolution inéluctable
de leurs moyens d’action - les médias - sans être pour autant
totalement convaincus qu’une innovation drastique constitue
un passage obligé pour redynamiser leurs marques. En
réponse à la première question, portant sur la nécessité de
l’innovation en communication, on observe un prudent dosage
face à une interrogation à laquelle il eût été politiquement
correct de répondre avec enthousiasme "tout à fait". La majorité,
55 %, a esquivé la réponse extrême "tout à fait" au profit
d’un "plutôt" modéré(43 %) ou d'un courageux "non"contestataire (12 %). (C'était déjà le cas l'an dernier).
Donc l’innovation oui, pourquoi pas, mais ce n’est pas
incontournable. D’ailleurs la communication actuelle, bien que jugée
conservatrice par 63 % (66 % il y a un an, inchangé) est
néanmoins considérée comme efficace - certes seulement"plutôt efficace" mais ce n’est déjà pas si mal - par 78 % des
répondants.
Belle unanimité comparée au scepticisme des années 90 !
Notons que ceux qui la jugent innovante la croient un peu plus efficace.
La publicité aujourd’hui
Quels médias jouent un rôle important pour les marques
aujourd’hui en tant que support de publicité ?
Là, on observe une redistribution des cartes et on assiste à un
bousculement des idées reçues. La TV généraliste est reléguée
au 4e rang et internet arrive en tête à un niveau record : 80 %
dont 41 % qui jugent que son rôle est "très important".
Divine surprise pour les magazines qui sont cités en 2e position.
(79 %, dont il est vrai 53 % de "plutôt important").
Quant au point de vente, qui a toujours été considéré comme
jouant un rôle décisif, il accède au statut de média, et qui plus
est, de média "très important" (78 % "important" dont 55 % "très
important"). Réalisme oblige !
La radio et les quotidiens arrivent au second plan. Les gratuits et
la télévision thématique restent pour l’instant plus marginaux
tandis que le téléphone mobile n’est pas encore considérécomme un média à proprement parler.
C’est sur ce chapitre que des différences apparaissent suivant la
fonction et les budgets de marketing : les directeurs de la
communication et les gros budgets classent plus favorablement,
on pouvait le prévoir, les médias de masse classiques comme la télévision et la radio.
L’information aujourd’hui
Quels médias jouent un rôle
important pour les marques,
cette fois-ci en tant que
supports d’information ?
La hiérarchie reste assez
similaire, mais certains médias
sont perçus comme de
meilleurs supports d’information
que de publicité pour
les marques : c’est le cas de la
presse quotidienne, maiségalement de la presse
magazine, de l'internet et des foires et salons.
Et dans dix ans ?
La projection dans 10 ans bouleverse le paysage : la
suprématie d’Internet en sort renforcée, alors que la télévision
généraliste se voit dépassée par les chaînes
thématiques à la fois comme média (l’information) et
comme support (la publicité). Le téléphone mobile émerge. La presse gratuite progresse.
Là encore on nuance suivant la fonction : les directeurs
de la communication croient davantage aux gratuits et au
mobile tandis que les gros budgets parient pour la TV
thématique et le point de vente.
La convergence
Les évolutions technologiques qui se situent à l’origine des possibilités de "convergence"sont encore relativement récentes. Pour l’instant,
la convergence est perçue davantage
comme un phénomène paisible, une évolution
tranquille (56 %) que comme une véritable révolution (29%). A suivre...
Évolutions de la communication et comportement du consommateur
Le consommateur évolue, la communication cherche à s'adapter. Tout le monde s’accorde sur les grandes mutations
constatées depuis les années 90. La prise de
conscience la plus importante concerne la nécessité d’une offre et d’une relation plus individualisée. C’est un
peu la "pensée unique du jour".
Les annonceurs s’accordent également, en général, sur
les constats suivants :
- Oui, le consommateur se méfie, et il vaut mieux
justifier l’offre ! (davantage cité par les annonceursà petits budgets)
- Oui, les Français disposent de plus de loisirs !
- Oui, il y a une montée des exigences de responsabilité environnementale et sociale ! (les directeurs de la
communication)
- Oui, c’est mieux si c’est moins cher ! (les annonceursà gros budget).
Curieusement le constat d’une baisse de la fidélité ne
recueille que 29 % de "tout à fait" (parmi les 75 % de "oui").
Étant donné l’enjeu pour les marques, on aurait pu
s’attendre à plus. Mais il est vrai que le consommateur est
confronté à une offre multiple, que le nombre de références
a explosé depuis 15 ans, et que la multi fidélité est
devenue une réalité.
De même l’attente de simplicité est perçue mais n’apparaît
pas en tête des évolutions constatées (75 % "oui", mais
seulement 26 % "oui tout à fait").
Les mutations relatives aux problèmes de société - sentiment
de précarité, publiphobie, anti-mondialisme -, sont
placées en mineur, sans doute parce que moins visibles de
l’entreprise ou parce que l’entreprise a moins prise sur ces problèmes.
Au total : quelles tendances dans la communication
aujourd’hui, du point de vue des annonceurs ?
La volonté d’adaptation aux évolutions en cours semble
finalement s’organiser autour de quatre grandes tendances :
- Le recentrage sur le "basique" : on communique sur les
fonctionnalités de base du produit, éventuellement sur
les prix ; on recherche la fidélisation. C’est la réponse à la
perception d’un consommateur défiant, qui exige des
preuves et en veut pour son argent.
- A l’opposé, on peut vouloir le retour à une communication
hédoniste, voire humoristique. Tendance moins
forte que la précédente, mais néanmoins perceptible, en
phase avec le développement du temps consacré aux
loisirs et à la perception d’un consommateur en recherche
de plaisir immédiat.
- Troisième tendance, nettement émergente depuis plusieurs
années, la communication éthique. Face à la défiance consumériste
et à la crainte des effets de la mondialisation, la marque
va mettre en avant une éthique pragmatique, un souci de transparence.
La responsabilisation est, dans les faits, l’expression
emblématique de cette tendance, avec un renforcement de
l’engagement pour un souci d’un "mieux vivre" : la soft consommation,
l’économie légère… La vision de l’éthique et du développement
durable est ainsi moins dramatisante que par le
passé ; les campagnes sont pragmatiques. On incite et on facilite
les gestes éthiques. Il s'agit d'une éthique "pratique". Les
directeurs de la communication, un peu plus que les autres,
mentionnent cette tendance.
- Enfin, last but not least, la prise en compte de la spécificité de
chacun, la segmentation des approches, le développement du"one to one", la prise en compte des comportements tribaux :
les médias convergent, mais les consommateurs divergent !