Le regard des Français
sur la responsabilité des chefs d'entreprise

Le 4 février 2002 - L'étude réalisée à l'occasion du Top-Com 2002 permet de cerner la grande maturité du regard porté par les Français sur les chefs d'entreprise. Des attentes de plus en plus fortes s'expriment vis-à-vis d'eux : on leur demande notamment de prendre mieux en compte les enjeux sociaux, environnementaux, éthiques. Pour autant, les Français se refusent à " signer un chèque en blanc " aux dirigeants d'entreprise, et à les mettre systématiquement au banc des accusés. Ainsi portent-ils des jugements circonstanciés sur leur action, en les approuvant sur certains points, et en les condamnant sur d'autres. C'est finalement un appel au dialogue - fût-il sans complaisance -, et à la communication entre les entreprises et la population que reflète, avant tout, notre enquête.

Regard mesuré des Français sur les dirigeants d'entreprise

Les Français, qui jugent très majoritairement que l'intérêt des entreprises diverge de celui de la population, portent un regard mesuré sur leurs dirigeants. Un sondé sur deux fait confiance aux chefs d'entreprise. Ceux-ci suscitent plus de confiance que l'Etat ou les médias, autant de confiance que les syndicats ou la Justice et infiniment moins que l'institution dans laquelle les Français se reconnaissent le plus volontiers : les associations de consommateurs.

Les attitudes fluctuent selon l'âge. On peut relever un remarquable parallélisme entre chefs d'entreprise et syndicats. C'est dans les classes d'âge actif que le crédit accordé aux chefs d'entreprise comme aux syndicats est le plus faible. Méfiance et confiance y font jeu égal. Chez les jeunes de 15 à 25 ans, les chefs d'entreprise suscitent d'avantage de confiance, mais se trouvent néanmoins devancés par les syndicats. Chez les plus de 65 ans, les chefs d'entreprise suscitent une grande confiance, et les syndicats beaucoup de méfiance. Ainsi les salariés semblent-ils surtout faire confiance à eux-mêmes, et se montrent-ils réticents tant vis-à-vis de leurs dirigeants que de leurs représentants.

Il est à noter que les cadres n'accordent pas plus leur confiance aux chefs d'entreprise que les ouvriers ou les employés. Toutefois, ceux qui connaissent le mieux la réalité de l'entreprise, les salariés du secteur privé, font davantage confiance aux chefs d'entreprise que les salariés du secteur public, plus empreints peut-être de préventions idéologiques.

L'esprit de responsabilité des chefs d'entreprise reconnu

L'opinion est également partagée, mais plus favorable, quant à l'esprit de responsabilité manifesté par les entreprises françaises. 58% des personnes interrogées les jugent attentives aux conséquences de leurs actes sur l'environnement et la population, tandis que 40% sont d'avis contraire. Les chefs d'entreprise français ne sont d'ailleurs pas jugés plus sévèrement que leurs homologues européens.

En dépit des crises environnementales et sociales qui restent dans tous les esprits, les Français prennent-ils acte des efforts des entreprises pour mieux se faire accepter et comprendre par l'opinion ? Plusieurs résultats le donnent à penser. Ainsi, aux yeux des Français, c'est à la réputation de leur entreprise que les chefs d'entreprise sont le plus attentifs, juste devant la satisfaction de leurs clients ou de leurs actionnaires.

Quelques mois après l'explosion de Toulouse, l'attention portée à la sécurité des sites industriels recueille des appréciations plus mitigées, quoique plutôt positives : 56% des Français jugent les chefs d'entreprise attentifs sur ce point.

Les points les plus sensibles sont le respect de l'environnement et, surtout, des salariés : seule une minorité de Français juge que les chefs d'entreprise y sont attentifs, alors même qu'il s'agit à leurs yeux d'enjeux essentiels, aux côtés de la qualité et de la sécurité des produits.

La force de " l'enjeu communication " est révélé par d'autres prises de positions : En cas de crise, 88% jugent indispensable que le chef d'entreprise aille personnellement s'exprimer face à l'opinion. Et les 2/3 des Français estiment qu'il est aujourd'hui impossible de diriger une entreprise avec succès quand on ne sait pas communiquer vis-à-vis de l'opinion publique, même si est un bon gestionnaire.

La responsabilité pénale du chef d'entreprise : jusqu'où ?

La sensibilité des Français au risque pénal encouru par les chefs d'entreprise est très différente selon les catégories professionnelles. Seuls les cadres supérieurs et les chefs d'entreprise eux-mêmes ont conscience du fait que les chefs d'entreprise risquent plus d'être condamnés en justice en cas de délit. Ce n'est pas le cas des cadres moyens, des employés ou des ouvriers.

Dans trois cas qui mettent en jeu des problèmes d'environnement ou de sécurité, les Français estiment massivement qu'il serait normal qu'un chef d'entreprise puisse être mis en prison : l'explosion d'une usine mal entretenue, la pollution d'une rivière par un rejet de déchets, des problèmes de qualité entraînant une maladie grave pour des consommateurs d'un produit.

L'opinion est plus partagée en matière de manquements à l'éthique par des collaborateurs de l'entreprise. Si un Français sur deux juge que le chef d'entreprise doit assumer même des actes qu'il ignore, et donc être tenu pour responsable, les positions sont plus nuancées lorsqu'on évoque des cas concrets. Ainsi, environ un tiers de Français jugeraient normal qu'un chef d'entreprise puisse être mis en prison si une secrétaire est victime de harcèlement sexuel, si un cadre a recours à la corruption pour obtenir un contrat, ou si le service de recrutement refuse d'embaucher un candidat parce qu'il est homosexuel.

Enfin, l'hypothèse de la prison est rejetée si l'acte incriminé est une faute du salarié ou relève en dernière instance de sa responsabilité individuelle : on estime anormal qu'un chef d'entreprise soit incarcéré si un cadre travaille plus que les horaires légaux, ou si un salarié licencié se suicide.

Muriel Humbertjean


Fiche technique

Etude réalisée pour le TOP COM au mois de janvier 2002 auprès d'un échantillon de 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, interrogé en face à face au domicile. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage) et stratification par région et catégorie d'agglomération.


Téléchargez l'ensemble des résultats de cette étude au format .pdf...


Plus d'informations :
Muriel HUMBERTJEAN
Département Corporate & Management
Tél : 33 (0)1 40 92 44 29
Fax : 33 (0)1 40 92 47 57
Muriel.Humbertjean@tns-sofres.com
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