Le 18 janvier 2006 - Notre étude réalisée pour l'association Dialogues porte sur l'image des syndicats auprès de la population et des salariés français. Principaux enseignements : les syndicats ne constituent plus le recours privilégié des salariés pour défendre leurs intérêts ; les syndicats sont aujourd'hui davantage perçus comme les défenseurs d'un « ghetto » de salariés déjà bien protégés que comme soutien à l'ensemble de la population laborieuse. Enfin, quels que soient les reproches qui peuvent leur être adressés, les syndicats sont jugés efficaces par une majorité de salariés (58%), même si peu les jugent très efficaces.
Les syndicats ne constituent plus le recours privilégié des salariés
pour défendre leurs intérêts
Pragmatiques, les salariés mobilisent selon leurs enjeux les stratégies qui leur semblent les plus efficaces. Et les syndicats, s'ils ne sont pas absents de ces stratégies, ne sont plus au premier plan.
Près de la moitié des salariés (45 %) privilégie la discussion individuelle avec la hiérarchie, pour défendre ses intérêts. L'autre moitié privilégie l'action collective. Celle-ci n'est pas disqualifiée par l'individualisme ambiant : la logique d'efficacité prime. Mais le recours aux syndicats ne recueille pas plus de suffrages que les coordinations informelles.
La préférence pour la discussion individuelle avec la hiérarchie n'est plus l'apanage des cadres. Elle est aujourd'hui commune à toutes les catégories professionnelles, de l'ouvrier au cadre supérieur.
Le principal critère de clivage est l'existence ou non de syndicats sur le lieu de travail, critère qui renvoie souvent au statut, public ou privé, de l'employeur.
Dans le secteur public, les syndicats restent considérés comme le levier le plus efficace pour défendre ses intérêts (par 41 % des salariés, tandis que 34 % privilégient la voie hiérarchique, et 20% les coordinations informelles).
Dans le privé, c'est loin d'être le cas : 53% privilégient la voie hiérarchique, et 18 % seulement le recours aux syndicats.
Les syndicats « ghettoïsés » ?
Aux yeux de l'opinion comme des salariés, les syndicats sont très attentifs à défendre les salariés du secteur public, ceux des grands groupes, et ceux qui ont un emploi stable.
Ils sont en revanche jugés majoritairement peu attentifs à la défense des travailleurs précaires, des salariés des petites entreprises, des chômeurs, et encore moins des retraités.
Ainsi les syndicats sont-ils aujourd'hui beaucoup plus perçus comme les défenseurs d'un « ghetto » de salariés déjà bien protégés, que comme un soutien à l'ensemble de la population laborieuse.
Les chômeurs sont particulièrement critiques : 62% d'entre eux (contre 57% en moyenne nationale) estiment que les syndicats ne cherchent guère à défendre les intérêts de ceux qui ont un emploi précaire ; 80 % leur portent le même reproche concernant les chômeurs (contre 59% en moyenne nationale).
Les syndicats déconnectés des réalités ?
Les 2/3 des Français comme des salariés (dans le secteur public comme dans le privé) estiment que les syndicats ont une approche trop idéologique.
Corrélativement, un salarié sur deux (notamment dans le secteur privé, mais le public n'est pas très loin de ce pourcentage), estime à la fois que les syndicats comprennent mal les réalités économiques et qu'ils comprennent mal les vrais besoins des salariés.
Une forte attente de changement des règles du jeu syndical
pour accroître leur efficacité
Quels que soient les reproches qui peuvent leur être adressés, les syndicats sont jugés efficaces par une majorité de salariés (58%). Mais peu les jugent très efficaces.
La cause : en partie le manque de mobilisation des salariés eux-mêmes, qui selon 65 % des Français n'aiment guère se syndiquer, parfois par peur des représailles (36 % parmi les salariés).
Mais l'entrave à l'efficacité syndicale semble surtout résider aux yeux des Français comme des salariés dans deux facteurs, d'ailleurs liés entre eux :
- les r ègles traditionnelles de la négociation collective, fondées sur la représentativité « historique », et qui distendent le lien déjà fragile entre les syndicats et les salariés qu'ils représentent. Ainsi, 58% des salariés seraient favorables à ce qu'un accord d'entreprise ne soit valide que s'il est signé par des syndicats représentant la majorité du personnel ;
- la balkanisation syndicale. Pour les 3/4 des salari és (74%), il y a trop de concurrence entre les syndicats, alors que pour 60%, « les syndicats se ressemblent, et on ne voit pas trop ce qui les distingue ». Près de 80% des salariés (79%) estiment que pour défendre les salariés français, il vaudrait mieux avoir 1, 2, ou 3 syndicats nationaux comme ailleurs en Europe, que 7 ou 8 comme aujourd'hui en France. Un point de vue partagé par tous les Français, actifs comme inactifs, quels que soient leur classe d'âge ou leur statut professionnel.
En un mot, ce sondage résonne comme une interpellation forte des salariés français vis-à-vis des syndicats : « pour mieux nous défendre. mariez-vous ! »