L'hôpital vu par ses praticiens


Le 23 février 2006 - A la fin du mois de novembre 2005, 200 praticiens hospitaliers (PH) ont été contactés par téléphone afin de répondre à notre enquête réalisée pour la Fédération Hospitalière de France. Elle permet d'aborder leurs points de vue sur différents sujets concernant leur métier, leurs conditions de travail, leur perception de l'hôpital public en général et de son avenir. Principaux enseignements : les praticiens hospitaliers se montrent globalement satisfaits sur un certain nombre de points parmi lesquels la qualité des soins prodigués et la prise en charge médicale des patients. Malgré les difficultés rencontrées dans la coopération entre corps médical et Administration, ils continuent d'être passionnés par leur métier et fortement attachés à l'hôpital dans lequel ils exercent.

Des médecins passionnés par leur métier et pour qui « cela ne va pas si mal »

Dans le cadre des réformes actuelles qui touchent l'hôpital public et dans un contexte social quelque peu chahuté du point de vue des professions de santé, il aurait pu sembler normal que les PH expriment eux aussi une certaine frustration et des critiques marquées. Or 60% des PH s'estiment globalement satisfaits de leur emploi et 23% sont même très ou extrêmement satisfaits.

Leur « indice d'engagement » vis-à-vis de leur métier et de leur hôpital se place dans une fourchette moyenne par rapport aux benchmarks établis par TNS Sofres. Il est en effet de 49, quand la moyenne des cadres des grandes entreprises françaises est de 42. (Les extrêmes constatés jusqu'ici vont de 11 pour le plus mauvais à 51 pour le meilleur. L'indice est un indice synthétique calculé sur la base de 5 questions : satisfaction générale ressentie à l'égard de son travail, recommandation de son employeur, re-postulerait-on dans le même hôpital, motivation de l'entourage professionnel et performance globale de son hôpital).

Le point d'ancrage principal des praticiens est clairement fondé sur l'attachement à l'hôpital dans lequel ils travaillent. Non seulement 71% d'entre eux postuleraient certainement ou très certainement à nouveau dans leur hôpital mais ils sont également 72% à potentiellement recommander leur employeur à d'autres médecins.

Comme nous pouvons souvent le constater, les plus jeunes se montrent les plus investis et le « décrochage » s'effectue vers 45 ans, lorsque la lassitude et une certaine désillusion s'installent. En revanche, de façon moins habituelle, les femmes médecins se montrent un peu plus engagées que leurs collègues masculins (53 vs 48). La plupart du temps, nous observons l'inverse.

Des passionnés en attente de reconnaissance

Si les praticiens hospitaliers se disent satisfaits ou très satisfaits de leur travail, c'est également et surtout du fait de leur attachement indéfectible à leur métier. 95% estiment en effet exercer un travail intéressant et c'est clairement l'élément qui contribue le plus à leur satisfaction. A ce critère s'en ajoute un autre, tout à fait fondamental également : la qualité de l'ambiance de travail (satisfaisante pour 86% des PH interrogés).

En parallèle, bénéficier de la sécurité de l'emploi et de bonnes conditions matérielles de travail, même s'il s'agit de dimensions bien évaluées (respectivement 88% et 67% de satisfaits), ne contribue que de manière secondaire à la satisfaction globale des PH dans la mesure où il s'agit de critères « qui vont de soi ».

La charge de travail et la rémunération se situent dans une position intermédiaire avec 2/3 de satisfaits pour 1/3 d'insatisfaits. La charge de travail est par ailleurs un sujet lourd de conséquences fréquemment évoqué par les médecins dans la question ouverte qui leur était proposée. Dépendante de la démographie médicale et des problèmes de recrutement que rencontre le secteur hospitalier, elle est aussi source de démotivation, de fatigue et d'incertitude. En effet, la nécessité de recruter à l'étranger amène un certain nombre de médecins à s'interroger sur les capacités réelles de ces praticiens qui n'ont pas suivi le cursus français (quid dès lors de la qualité des soins évoquée ci-dessus et si importante à leurs yeux ?) mais également à revendiquer une meilleure reconnaissance pour les spécialistes d'origine étrangère quelque peu boudés par le système.

Le problème de la reconnaissance des efforts et des compétences est par ailleurs le principal point d'achoppement évoqué par les PH. 46% en sont insatisfaits. Et 52% sont insatisfaits des possibilités d'évolution et de promotion. Une reconnaissance qui pourrait passer par davantage d'implication dans un certain nombre de décisions générales de l'hôpital et/ou par des revalorisations salariales. Ces dernières pourraient également selon eux limiter la « fuite vers le secteur privé », plus rémunérateur.

Aujourd'hui, 38% des PH se sentent perdants dans leur rapport à l'hôpital (entre ce qu'ils investissent d'eux-mêmes et ce qu'ils reçoivent en retour) pour 49% qui pensent que les choses sont équilibrées. Un chiffre un peu plus faible que celui observé sur les cadres d'entreprise (51%).

Un relatif déficit d'information sur les réformes en cours

Les 2/3 des praticiens hospitaliers s'estiment bien informés sur la vie de l'hôpital. Mais les grands projets d'avenir et les objectifs et résultats obtenus par l'hôpital sont des sujets pour lesquels le niveau d'information est clairement moins bon. Un peu plus de 40% des PH se sentent mal informés sur ces sujets.

Le degré d'information concernant les réformes en cours est quant à lui un peu moindre. Si les PH sont 51% à s'estimer bien informés sur la T2A (Tarification à l'activité), le niveau d'information tombe à 49% puis 38% sur l'organisation en pôles et le S.R.O.S (Réorganisation territoriale de l'offre de soins). Les médecins n'hésitent donc pas à exprimer leur méconnaissance de ces réformes et en creux, un besoin d'être plus informés à leur propos pour les aborder plus sereinement.

Un avenir incertain et des craintes face à l'évolution de l'hôpital

Corollaire du déficit d'information, les PH se montrent très incertains face à l'avenir puisque pour 56% d'entre eux sont incapables d'affirmer si les changements que connaît actuellement l'hôpital public vont dans la bonne ou la mauvaise direction. Et 1/3 estime que ces changements sont plutôt négatifs. Des chiffres qui contrastent avec ceux obtenus dans le monde des entreprises où 44% des cadres environ estiment que les changements que connaît leur entreprise vont dans le bon sens. L'incertitude ou le pessimisme face à l'avenir influent par ailleurs négativement sur l'engagement : plus on est pessimiste, moins on se sent investi dans son travail et son hôpital.

Pour plus de 90% des médecins interrogés, leur pratique à l'hôpital public sera soumise à une réglementation de plus en plus prégnante et la pénurie de main d'ouvre continuera de s'aggraver. Deux sources évidentes de malaise et deux facteurs aggravant d'une charge de travail déjà lourde pour les équipes.

La perception du secteur privé est quelque peu ambivalente puisque 63% des PH pensent que le privé se développera au détriment du public, mais 65% pensent en revanche qu'il y aura de nécessaires coopérations entre privé et public. Les médecins hospitaliers craignent également que le système de santé ne se « privatise » et que se perde la notion de service de santé publique (recherche de rentabilité, développement du secteur privé, crainte d'une médecine à 2 vitesses.).

Résorber le déficit d'information

Du fait d'un certain déficit d'information sur les réformes en cours, les praticiens hospitaliers sont aujourd'hui dans l'incertitude face à tous les changements que vit l'hôpital public. En parallèle, ils souhaiteraient avoir la possibilité de s'impliquer davantage avec leurs équipes dans un certain nombre de décisions (et plus particulièrement les décisions stratégiques de leur hôpital pour 94% d'entre eux). Résorber le déficit d'information est aujourd'hui indispensable et constituerait une première étape leur permettant de se sentir davantage maîtres de leur destin et d'une certaine façon, du destin de leurs équipes et de leurs patients.



Fiche technique

Etude réalisée du 15 au 25 novembre 2005 en face à face auprès d'un échantillon de 201 praticiens hospitaliers, représentatif en termes d'âge et de région d'exercice. Méthode des quotas.


Plus d'informations :
Muriel HUMBERTJEAN / Sandra ROCQUET
Département Stratégies d'Opinion
Pôle Management
Tél : 33 (0)1 40 92 44 29 / 46 18
muriel.humbertjean@tns-sofres.com


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