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Freins
et leviers des PME
à
l'égard de l'exportation
Le 25 octobre 2004
- Présentée au ministère de l'Economie et des Finances, en
présence de MM. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Economie, des Finances et
de l'Industrie, et François Loos, ministre délégué
au Commerce extérieur, notre étude réalisée pour le
cabinet du ministre délégué au Commerce extérieur
fait le point sur l'appétence des PME françaises à l'égard
de l'exportation. Elle met ainsi en évidence les deux principaux leviers
qui favoriseraient le développement de leur chiffre d'affaires à
l'exportation : d'une part, la mise en place de relais locaux, notamment pour
les entreprises qui exportent plus de 15% de leur CA ; d'autre part, la mise à
disposition d'informations opérationnelles - une demande particulièrement
forte parmi les PME de moins de 10 salariés. Par ailleurs, elle révèle
le besoin des PME en matière d'accès aux aides, assurances et garanties
financières pour leur développement à l'export.
Cadrage méthodologique
Cette étude,
réalisée en septembre 2004, comportait 2 phases
: une phase quantitative auprès de 600 PME, destinée
à repérer et quantifier les différents
segments d'entreprises au regard de leur appétence
à l'export.
Cette étude
a été complétée par une phase
d'étude qualitative menée à partir d'entretiens
en face à face et de réunions de groupes. La
phase qualitative était essentielle pour comprendre
les facteurs de blocage vis-à-vis de l'export. Les
entreprises rencontrées en entretien présentaient
des profils très variés au regard de leur expérience
vis-à-vis de l'export, y compris des entreprises ne
souhaitant pas se développer à l'export.
Pour réaliser
cette étude, il était impératif de travailler
sur les secteurs susceptibles d'exporter : ont été
retenus les secteurs dont au moins 1% des entreprises et plus
de 10 entreprises exportaient.
Grâce à
cette règle, 313 000 PME ont été retenues
comme structurellement dans la cible par rapport aux 1 260
000 PME de 1 à 250 salariés du secteur marchand.
Cette règle a permis d'exclure des secteurs structurellement
non exportateurs tels que la restauration, les commerces de
proximité.
Trois grands
segments d'entreprises face à l'exportation
Parmi les 313
000 PME structurellement dans la cible, trois groupes principaux
ont été identifiés:
- Les " non concernées "
qui ne perçoivent pas d'opportunités à
l'exportation. Elles sont, en base extrapolée, 157 000
PME soit près d'une entreprise sur deux de la cible
d'entreprises structurellement exportatrices.
- Les " à
potentiel " qui déclarent percevoir des opportunités
à l'export. 56 000 PME appartiennent à
ce segment.
- Les " exportatrices "
qui exportent effectivement, soit 100 000 PME
Si l'on examine
plus en détail ces groupes, parmi les entreprises
" à potentiel ", toutes n'ont
pas le même niveau d'engagement vis-à-vis de
l'export:
- 47 000 PME déclarent
percevoir des opportunités de développement
à l'export mais n'ont pas de projet, ce sont
les " attentistes "
- Les autres, soit 9 000
PME déclarent avoir l'intention de développer
l'export dans les 5 ans, ce sont les " intentionnistes ".
Parmi les PME
qui exportent, la part de chiffre d'affaires à l'export
est un critère très segmentant avec un seuil
à 15%. De ce fait, 2 groupes apparaissent parmi les
exportatrices :
- les " installées "
exportant plus de 15% représentent 50 000 PME ;
- et les " opportunistes "
exportant moins de 15% également 50 000 PME.
Une certaine
fragilité des entreprises faiblement exportatrices
Un des enseignements
de cette étude est la fragilité d'un nombre
important de sociétés faiblement exportatrices.
En effet sur ces 50 000 PME, 32 500, soit deux tiers,
n'ont pas l'intention de développer leur chiffre d'affaires
export dans les deux ans.
Ce constat est
renforcé par les faits suivants :
- un tiers de ces PME a
vu son chiffre d'affaires export baisser au cours des 5 dernières
années.
- parallèlement,
les trois quarts des PME qui exportent plus de 15% du CA envisagent
de se développer à l'export dans les deux ans.
Deux logiques
de développement de l'activité à l'export
Le développement
de l'activité export obéit à deux logiques
:
- Une stratégie
délibérée,qui estle fait
de PME offrant desproduits plutôt sophistiqués
ou à cycle de vie long et pour lesquelles le marché
français peut s'avérer trop étroit. Par
exemple les appareils médicaux, certaines machines
agricoles. Pour ces entreprises, leur pérennité
dépend de leur capacité de développement
à l'international : elles sont contraintes d'accepter
les risques associés.
- Un développement
de l'export via des opportunités : il s'agit assez
souvent de contacts sur des salons en France ou de demandes
issues d'un réseau de relations de l'entreprise en
France (ex : médecins étrangers ayant travaillé
dans les hôpitaux et repartis dans leur pays). Ces premières
expériences jouent un rôle fondamental : désinhiber
l'entreprise vis-à-vis de l'export, lever les freins
psychologiques et lui donner une vision plus réaliste
de l'export.
Des freins à l'export
différents selon qu'il s'agit de PME non exportatrices
"à potentiel" ou "non concernées"
Les PME "à
potentiel" évoquent avant tout l'investissement,
qu'il soit lié à la capacité de production
ou à la qualification des équipes. La capacité
de production est avant tout citée par les petites
structures (moins de 10 salariés), alors que le manque
de compétence interne est commun à toutes les
entreprises.
Les décisions
d'investissement sont d'autant plus difficiles à prendre
que les PME perçoivent l'export comme une activité
à risque. La notion de risque est renforcée
par le mauvais niveau d'information de ces PME " à
potentiel " sur le dispositif et les marchés
étrangers. Très prises par leur quotidien, naturellement
peu tournées vers l'international, une partie d'entre
elles manifestent une certaine défiance envers les
acteurs publics.
Le deuxième
frein majeur est la difficulté à identifier
des contacts locaux. C'est un frein qui appelle des réponses
très opérationnelles. Le manque d'accompagnement
financier est relativement peu évoqué, mais
la majorité des PME de ce segment ne sont pas encore
engagées dans un projet export.
Ces PME ont,
pour une partie d'entre elles, envie d'aller à l'export
mais souvent, ne savent pas comment enclencher efficacement
cette démarche.
Les "non
concernées" mettent en avant l'inadéquation
de leur produit. Si ceci est une réalité pour
une grande partie d'entre elles, il est apparu au cours des
entretiens approfondis que cette raison pouvait aussi être
un prétexte pour masquer des freins plus psychologiques
pour certaines tels que la peur du risque, la peur du changement,
le sentiment de non compétitivité.Ces freins
psychologiques sont d'autant plus forts que le dirigeant est
âgé et dans une logique de transmission. Par
ailleurs, une partie de ces entreprises, essentiellement les
plus de 50 salariés, appartiennent à des groupes
qui sont décisionnaires en matière d'exportation.
Deux leviers
principaux : l'information opérationnelle et des
relais dans les pays
Les leviers sont
différents selon le niveau d'exportation. Les entreprises
qui exportent plus de 15% de leur CA, les "installées",
attendent avant tout une mise en relation avec des contacts
locaux, puis des aides financières et des subventions.
Les aides financières constituent le premier levier
pour les PME de plus de 50 salariés.
Les exportatrices
"opportunistes" se distinguent par leur
forte attente d'information, en particulier les moins de 10
salariés.
Les PME "à
potentiel" focalisent leurs attentes sur la mise
en relation avec des relais locaux, dans l'attente d'un soutien
très opérationnel : informations techniques
et ciblées, contacts qualifiés.
D'une manière
générale, les PME souhaitent :
- gagner du temps et être
mieux informées; elles réclament une meilleure
visibilité et coordination des acteurs et un système
qui leur permette de s'orienter entre les différents
interlocuteurs.
- des informations plus
pratiques, des données plus ciblées, du conseil
personnalisé et ce dans des délais plus courts.
Elles sont prêtes à payer ce type d'information.
- un accompagnement de
terrain qui intégrerait l'ensemble du process de l'export;
avoir des relais locaux, des informations pratiques sur le
marché (normes, législations, des interventions
pragmatiques (accueil salons, identification interlocuteurs.)
- accéder plus facilement
aux aides assurances et garanties financières. Par
exemple, pour l'assurance solvabilité client, elles
attendent un assouplissement des critères sur certains
marchés et pour l'assurance prospection, un relèvement
des seuils.
Pour les entreprises
déjà exportatrices, d'autres attentes émergent :
- un plus grand engagement
des banques à leurs côtés pour soutenir
le développement de leur activité internationale :
des crédits fournisseurs, moins de limite dans les
lignes de crédit, des interlocuteurs compétents
en région et moins de lourdeur pour les dossiers.
- des mesures de garantie
et de lutte contre la contrefaçon.
Trois cibles
d'action avec des enjeux différenciés
Une cible prioritaire :
les PME exportatrices "opportunistes" :
à 80%, ces PME appartiennent aux secteurs de l'industrie
et du commerce. Il s'agit principalement d'entreprises de
moins de 50 salariés ayant une activité export
focalisée sur l'Europe et l'Afrique. Leurs dirigeants
sont plus jeunes que ceux des entreprises exportatrices " installées ".
Comme le révèle notre étude, l'activité
export de cette cible est fragile et l'enjeu vis-à-vis
de ces entreprises réside dans la professionnalisation
de la démarche export. Il faut les aider à bâtir
une stratégie export et les accompagner dans la phase
d'investissement et de conquête des marchés.
Une cible à
actionner rapidement, les PME " à potentiel ".
Elle présente un profil légèrement
différent des PME qui exportent déjà ;
elles appartiennent plus souvent au secteur du service et
les structures sont plus petites (60% ont moins de 10 salariés).
Leurs dirigeants ont plus souvent que ceux des exportateurs
actuels une formation d'ingénieur et parlent moins
souvent une langue étrangère. L'enjeu vis-à-vis
de ces entreprises est de positiver l'expérience export,
de générer des opportunités, de leur
faire connaître les outils et dispositifs d'accompagnement
et de les accompagner de manière très opérationnelle
dans leur première expérience export.
Une cible à éveiller :
les PME " non concernées ". Les dirigeants de ces PME
ont un niveau d'études souvent inférieur à ceux des autres
cibles, ils voyagent moins et parlent moins souvent une langue étrangère
que ceux qui exportent déjà. Dans cette cible, un nombre important
d'entreprises évoque l'inadaptation de ses produits pour l'exportation,
ce qui est certainement une réalité pour une partie. . De plus,
bon nombre de dirigeants de cette cible ont des freins psychologiques importants
vis-à-vis de l'export et d'autant plus importants que le dirigeant est
âgé. L'enjeu vis-à-vis de ces PME consiste à leur faire
prendre conscience que l'exportation est un moyen de sécuriser leur activité
à moyen terme et de valoriser l'entreprise à long terme et de convaincre
une partie d'entre elles qu'il y a de vraies opportunités à l'exportation.
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Nathalie Léauté
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