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L'Observatoire
de l'endettement des ménages
vague
1
Le
1er juillet 2002
- Depuis le milieu des années 90, la reprise de la
consommation de crédits a été sensible.
Elle a bénéficié d'un environnement
exceptionnel à de nombreux égards : des
taux d'intérêt particulièrement attractifs,
une amélioration du moral des ménages sans
précédent, des prix de l'immobilier redevenus
favorables à la réalisation des projets d'accession
à la propriété, une baisse du chômage
propice à l'engagement de dépenses nouvelles
d'équipement durable. Les hésitations de la
conjoncture constatées à partir du printemps
2001 n'ayant pas fondamentalement transformé le paysage.
Ainsi, à
la fin de l'année 2001, 52,9% des ménages
étaient endettés et l'encours total des crédits
détenus représentait 44,6% de leur revenu
disponible. L'évolution observée est rapide,
d'une année sur l'autre, puisqu'un an plus tôt,
à la fin de l'année 2000, 51,8% des ménages
étaient endettés et pour 44,2% du revenu disponible
total ; elle a permis de retrouver et même de
dépasser les niveaux observés à la
fin des années 80 puisqu'alors 52,8% des ménages
étaient endettés et pour 44,2% du revenu disponible
total.
Dans le même
temps, les ménages ont fait beaucoup plus largement
appel au découvert bancaire : 24,1% de l'ensemble
des ménages à la fin 2001 (35,9% des seuls
ménages endettés) contre 23,8% un an plus
tôt (respectivement 34,9%) et 22% à la fin
des années 80 (respectivement 32,6%). Et la proportion
de ceux qui ont l'intention de souscrire de nouveaux emprunts
immobiliers ou de nouveaux crédits de trésorerie
demeure à haut niveau.
En dépit
d'un recours au crédit plus intensif que par le passé,
le poids des charges de l'endettement ne s'est guère
alourdi : 59,1% des ménages endettés
estiment en effet que ces charges sont supportables voire
très supportables, contre 58,4% un an auparavant
et 57,9% à la fin des années 80.
Les ménages
paraissent donc, dans leur ensemble, mieux endettés
qu'ils ne l'étaient par le passé. Cela tient
largement à l'optimisme qu'ils expriment à
l'égard de leur situation financière. Mais
comme l'Observatoire de l'Endettement des Ménages
(OEM) l'illustre bien, ce n'est pas pour autant que tous
les ménages endettés ont bénéficié
de cette amélioration : une certaine proportion
d'entre eux, en légère diminution depuis quelques
années, relève en effet de cette catégorie
des ménages fragiles qui rassemblent toutes les conditions
pour ne pas pouvoir mener à terme le projet pour
lequel l'endettement avait été sollicité.
Cette évolution
n'a pas non plus été uniforme : c'est
un recours plus large aux crédits de trésorerie
qui explique le mouvement observé depuis 1995. Alors
qu'en revanche, le taux de détention des crédits
immobiliers recule, sous l'effet d'une érosion du
stock d'accession à la propriété.
Cette évolution, enfin,
ne s'est pas exprimée de manière identique chez tous les ménages.
Pour les plus jeunes d'entre eux, les moins de 30 ans, le relèvement du
taux global de détention avait été rapide entre 1997 et 2000.
Cela tenait à un usage plus large des crédits de trésorerie,
mais sans révéler une fragilité plus grande de ces ménages
ou des risques accrus. Avec la détérioration de leur situation sur
le marché de l'emploi, les moins de 30 ans ont, semble-t-il renoncé
à une partie de leurs projets de consommation et allégé leur
recours aux crédits. Les ménages de 55 à 64 ans ont en revanche
fait preuve d'une appétence remarquable à l'égard des crédits
de trésorerie. Ils confirment bien, en cela, leurs habitudes de consommation
et un dynamisme soutenu dans leurs projets d'équipement durable, notamment.
Les
tendances récentes de l'endettement des ménages
L'analyse de
la photographie que propose l'OEM permet d'estimer qu'en
novembre 2001, 52,9% des ménages étaient endettés :
17,5% ne détenaient que des crédits immobiliers,
11,6% des crédits immobiliers et des crédits
de trésorerie et 23,6% que des crédits de
trésorerie.
Le paysage
qui se révèle aujourd'hui est donc sensiblement
différent de celui qui prévalait, il y a quelques
années encore : les ménages sont en effet,
maintenant, beaucoup plus fréquemment endettés
au titre de la trésorerie qu'à celui de l'immobilier.
Durant la première
moitié des années 90, le mouvement de désendettement
des ménages avait été rapide. Partant
d'un point haut, 52,8% en 1989, la proportion des ménages
qui fait appel aux crédits était descendue
à 49,1% en 1995. Et dans le même temps, le
poids de l'encours total des crédits détenus
était passé de 44,2% à 39,7% du revenu
disponible des ménages.
La situation
s'est inversée dès 1996 et en novembre 2001,
ils étaient 52,9% à être endettés.
L'évolution a renforcé la place des crédits
de trésorerie (et du découvert bancaire) au
sein du passif des ménages, alors que la diffusion
de l'endettement immobilier continuait à fléchir,
en raison notamment de l'ampleur du mouvement de renégociation
constaté entre 1994 et 2000 :
- en novembre
2001, 66,9% des ménages endettés détenaient
ainsi au moins un crédit de trésorerie. Et
plus précisément 45% ne détenaient
que des crédits de trésorerie, 21,9% détenant
à la fois des crédits immobiliers et des crédits
de trésorerie ;
- 55% détenaient
alors au moins un crédit immobilier 33,1% ne détenant
que des crédits immobiliers ;
- par comparaison,
à la fin des années 80, ces ménages
étaient proportionnellement aussi nombreux à
détenir des crédits immobiliers et des crédits
de trésorerie : en 1989, 63,6% des ménages
endettés détenaient des premiers et 60,8%
des seconds. Et entre novembre 1995 et novembre 2001, le
taux de détention d'au moins un crédit immobilier
a reculé de 2,8 points. alors que celui des
crédits de trésorerie a progressé de
8,1 points.
Les évolutions
n'ont donc pas été uniformes, entre les différentes
composantes du passif des ménages puisque le relèvement
du taux global de détention des crédits vient
en réalité d'une diffusion plus large des
seuls crédits de trésorerie :
- même
si elle paraît stabilisée depuis quelques années,
la proportion des ménages en cours d'accession à
la propriété s'est contractée depuis
la fin des années 80. Elle s'est établie à
22,3% en novembre 2001 contre 24,2% en 1995, par exemple ;
- la diffusion
des crédits de trésorerie progresse, en revanche,
assez régulièrement. En novembre 2001, 35,2%
des ménages étaient endettés à
ce titre, soit la plus forte proportion observée
par l'OEM jusqu'alors. Et il faut souligner que cette mobilisation
accrue des crédits de trésorerie s'accompagne,
depuis trois ans, d'un usage plus large du découvert
bancaire : en novembre 2001, 24,1% des ménages
y avaient recours, soit le pourcentage le plus élevé
constaté par l'OEM.
En dépit
du mouvement général de désendettement
qui s'est observé jusqu'en 1995 et que confirme l'analyse
des évolutions du poids relatif de l'encours des
crédits détenus, ce n'est qu'à partir
des années 1997 et 1998 que les ménages ont
vraiment ressenti et exprimé un allègement
du poids de leurs charges de remboursement.
Des ménages
mieux endettés qu'au début des années
80
Pourtant, le
mouvement de désendettement s'est accompagné
d'une déformation de la structure de la population
des ménages endettés qui aurait dû renforcer
le sentiment d'un allègement des charges. En effet,
ils paraissent aujourd'hui plus aisés, donc a priori
mieux endettés qu'à la fin des années
80 :
- la proportion
des couples mariés s'est certes contractée
au bénéfice des couples non mariés,
des célibataires et des divorcés (59,8% et
37,0 % en 2001, contre 65,2% et 28,6% en 1995 et 74%
et 21,8% en 1989), plus consommateurs de crédits
de trésorerie ;
- mais celle
des ménages sans enfant a crû (64% en 2001,
contre 60,5% en 1995 et 55,1% en 1989) et dans l'ensemble,
l'âge moyen des ménages endettés s'est
sensiblement élevé (24,3% de 55 ans et plus
en 2001, contre 23,9% en 1995 et 20,6% en 1989) ;
- et le recul
des PCS les moins qualifiées (ouvrier, employé)
s'est observé au bénéfice des PCS a
priori plus à l'aise avec le crédit (profession
libérale, cadre supérieur) (39% et 13,4% en
2001, contre 36,8% et 13,3% en 1995 et 42,5% et 11,3% en
1989).
Néanmoins,
l'appréciation portée sur le poids des charges
de remboursement ne s'est améliorée que récemment.
En novembre 1998, le sentiment des ménages était
de ce point de vue comparable à celui qui s'exprimait
à la fin des années 80 : depuis, il s'est
encore bien amélioré. En novembre 2001, 59,1%
des ménages considéraient ainsi que leurs
charges étaient supportables ou très supportables,
pour 51,4% en 1998 et 57,9% en 1989.
L'évolution de la situation
financière des ménages endettés est en partie à l'origine
de cela : ce n'est qu'à partir de 1997 que les ménages estiment
que leur situation financière ne se détériore plus, et même
qu'elle s'améliore. Depuis cette date, ils ont bénéficié
outre de la décrue rapide des taux d'intérêt et donc, pour
une partie d'entre eux, d'un abaissement sensible de leurs mensualités
de remboursement, de l'amélioration de la situation du marché du
travail et de leur pouvoir d'achat. En novembre 2001, la proportion de ceux qui
considèrent que leur situation financière s'est récemment
dégradée était même la plus basse constatée
jusqu'alors par l'OEM.
La
persistance de situations largement contrastées
L'allègement
du poids des charges de remboursement a été
rendu possible, à la suite de la phase de désendettement,
par la décrue des taux d'intérêt et
l'amélioration de la situation financière
des ménages. Mais il n'a pas bénéficié
à tous les ménages dans les mêmes conditions,
comme le confirme par exemple l'examen de la sous-population
des ménages fragiles. Et en général,
ce sont ceux qui réalisent une opération immobilière
sans faire appel aux crédits de trésorerie
qui ont le plus nettement ressenti et bénéficié
de cette amélioration.
Le contraste
des situations que révèle un examen détaillé
de la photographie des ménages endettés illustre
donc une stabilité des comportements tout à
fait remarquable. Les ménages réputés
les plus fragiles n'ont pas bénéficié,
dans les mêmes conditions que les autres, d'un allègement
ressenti et exprimé du poids de leurs charges de
remboursement, lorsqu'ils sont endettés.
Cette sous
population représente un pourcentage de l'ordre de
3,8% de l'ensemble des ménages. 14,2 % d'entre
eux ne sont pas endettés. Ils représentent
alors 1,2 % de l'ensemble des ménages non endettés.
Lorsqu'ils sont endettés, ils correspondent à
6,2 % de l'ensemble des ménages endettés.
Ce sont alors 66,8 % d'entre eux qui ne détiennent
que des crédits de trésorerie, 19,4 %
disposant de crédits immobiliers et de crédits
de trésorerie et 13,8 % de crédits immobiliers
seulement.
La structure
des ménages fragiles
Même
si aucune caractéristique socio-démographique
ne permet de définir simplement ces ménages
fragiles, certains aspects révèlent une grande
fragilité : telle, par exemple, l'insuffisance
- voire même l'inexistence - de ressources d'épargne
les privant du matelas de sécurité indispensable
pour faire face aux choses de la vie. On peut remarquer
cependant que depuis quelques années certaines évolutions
transforment la structure de cette sous-population :
- la part des
jeunes ménages fléchit régulièrement :
elle est passée de 28,3% en 1997 à 15,3% en
2001. C'est la proportion des 65 ans et plus qui s'est alors
relevée en conséquence, passant de 6,6% à
13,5% dans le même temps ;
- la part des
accédants à la propriété à
sensiblement reculé, diminuant de 31,9% en 1997 à
18,7% en 2001 ;
- et ils sont
de plus en plus nombreux à avoir déposé
un dossier en Commission Neiertz ou auprès d'un juge :
22,2% en 1997 et 32,2% en 2001. Et à envisager, à
l'avenir, un recours de plus en plus large au crédit :
en 1997, par exemple, 4,7% envisageaient de souscrire de
nouveaux crédits de trésorerie ; ils
étaient 11,8% en 2001.
- et tous ces
ménages font très largement appel aux crédits
de trésorerie (74% des ménages fragiles en
novembre 2001) ou au découvert bancaire (respectivement,
69,8%) pour régler des dépenses de consommation
principalement que l'insuffisance de leurs revenus courants
ne leur permet pas de prendre en charge sinon.
Les fonctions
du crédit de trésorerie
Bien sûr,
cela ne permet pas de conclure que tous ceux qui utilisent
des crédits de trésorerie et le découvert
bancaire sont des ménages fragiles. Traditionnellement,
suivant la place du ménage dans son cycle de vie
et/ou la nature de ses préférences inter-temporelles,
les crédits de trésorerie remplissent en effet
deux fonctions principales :
- une partie
des ménages s'endettent à court terme pour
mieux réaliser un projet ou plus rapidement (voyage,
remplacement de la voiture, équipement du logement.).
Ces ménages rencontrent habituellement peu de difficultés
avec leur endettement, même si parfois certains connaissent
des taux d'effort a priori élevés (c'est le
cas des jeunes, célibataires, locataires en milieu
urbain) ;
- d'autres,
qui accèdent ou ont accédé récemment
à la propriété, font appel à
ces crédits pour accompagner la réalisation
de leur projet immobilier : équipement du logement,
mais aussi acquisition ou remplacement d'une voiture devenue
nécessaire du fait de leur délocalisation
résidentielle . ;
Les crédits
de trésorerie se conçoivent alors pour le
ménage dans le cadre d'une stratégie volontaire
d'anticipation de revenus futurs. Et sauf erreurs d'anticipation
ou accidents de la vie, cet usage ne devrait pas conduire
le ménage hors des limites du tolérable ou
du supportable si on raisonne en terme de taux d'effort.
Mais pour tous
ceux qui butent sur une grave insuffisance de ressources
et doivent faire appel aux crédits de trésorerie
et au découvert bancaire pour financer leurs dépenses
incompressibles (santé, vie courante, logement.),
le niveau de leur endettement et le poids des charges échappent
à leur contrôle. Ils étaient alors 32,2%
à avoir déposé un dossier en Commission
Neiertz ou auprès d'un juge en novembre 2001 (contre
22,2% en novembre 1997).
Il est alors
remarquable de constater que ces ménages fragiles
mobilisent leurs crédits de trésorerie auprès
des mêmes réseaux et dans les mêmes proportions
que les autres ménages.
Des situations
d'endettement contrastées
En général,
les situations d'endettement observées et leurs évolutions
sont donc loin d'être uniformes. On vérifie
ainsi qu'en novembre 2001, ceux qui ne détenaient
que des crédits immobiliers ne sont quasiment pas
concernés par ce risque de fragilité :
- ils financent
un projet préparé à l'avance et font
deux fois moins fréquemment que les autres appel
au découvert bancaire (19,5% contre 44,4% si dans
le même temps ils utilisent des crédits de
trésorerie) ;
- le poids
des charges de remboursement leur semble alors supportable
ou très supportable, tant en niveau qu'en évolution ;
- sauf s'ils
ont commis des erreurs d'anticipation de leurs revenus ou
s'ils sont victimes d'accidents de la vie, rien ne devrait
perturber la réalisation de leur projet. Ils sont
de l'ordre de 2,6% à être classés dans
la sous population des ménages fragiles, contre 5,5%
pour ceux qui utilisent des crédits immobiliers et
des crédits de trésorerie et 9,2% si on prend
les ménages endettés au seul titre de la trésorerie.
A contrario,
ceux qui n'utilisent que des crédits de trésorerie
(45% des ménages endettés) sont plus exposés
aux difficultés comme l'illustre l'appréciation
qu'ils portent sur le poids de leurs charges de remboursement
ou sur leur budget, même s'ils ne sont pas toujours
fragiles :
- ils sont
souvent jeunes, modestes. Ce sont fréquemment des
locataires. L'usage des crédits de trésorerie
traduit chez eux un essai d'anticipation et/ou de mobilisation
de toutes les ressources nécessaires pour réaliser
leurs projets ou prendre en charge des dépenses courantes.
Le poids des charges de remboursement est alors d'autant
moins bien supporté que des accidents de la vie surviennent ;
- ils peuvent
aussi être plus avancés dans leur cycle de
vie. Les crédits de trésorerie permettent
alors la réalisation de projets de consommation qui
seraient sinon inaccessibles.
Ainsi, les
évolutions constatées au cours des dernières
années sont bien celles d'une amélioration
de la situation des ménages (poids des charges de
remboursement, situation financière, niveau du budget)
lorsque ceux-ci sont endettés au seul titre de l'immobilier ;
et dans une moindre mesure lorsqu'ils mobilisent des crédits
de trésorerie dans le cadre de la réalisation
d'un projet immobilier. Mais la situation paraît s'être
dégradée pour une part non négligeable
de ceux qui font appel aux seuls crédits de trésorerie.
La baisse des taux d'intérêt
n'a pas bénéficié à tous les ménages dans les
mêmes conditions, comme cela est vrai d'ailleurs de l'amélioration
économique générale et de la remontée du pouvoir d'achat
des revenus.
Les
évolutions à venir
Le relèvement
du taux de détention des crédits de trésorerie
qui s'est observé dans la seconde moitié des
années 90 n'a pas concerné toutes les catégories
de ménages dans les mêmes conditions. Si le
mouvement a été sensible chez les ménages
de 55 ans et plus dès 1995, il a été
plus tardif chez les plus jeunes : ce n'est qu'à
partir de 1997 qu'un recours plus intensif aux crédits
de trésorerie s'observe chez eux.
Il s'inscrit
alors dans une dynamique qui conjugue reprise de la croissance,
amélioration de la situation de l'emploi, élargissement
de l'offre de crédit,. et s'exprime par une nette
évolution de leur situation financière. Une
utilisation plus large des crédits de trésorerie
et du découvert bancaire, c'est donc pour eux le
moyen le plus rapide de réaliser des projets de consommation
sans que cela ne paraisse soulever des difficultés
financières particulières.
La dégradation du marché
du travail constatée en 2001 et la détérioration de la situation
financière des moins de 30 ans sont ainsi à l'origine du fléchissement
du taux de détention des crédits par ces jeunes ménages.
Dans le même temps, cependant, les ménages de 55 à 64 ans
intensifiaient leur recours aux crédits.
Les
jeunes ménages mieux impliqués dans le mouvement
de désendettement
Les ménages
de moins de 30 ans avaient été particulièrement
impliqués dans le mouvement de désendettement
observé jusqu'en 1995.
- 61,4% des
plus jeunes ménages étaient endettés
en décembre 1989, essentiellement au titre des crédits
de trésorerie (82,9% des jeunes endettés l'étaient
alors à ce titre). Le taux de détention était
donc pour eux très supérieur à ce qui
s'observait pour l'ensemble des ménages (52,8% alors) :
- traditionnellement
moins endettés au titre de l'immobilier (notamment
en raison d'une moindre diffusion de l'accession à
la propriété qui s'explique par des habitudes
et des pratiques différentes à ce stade du
cycle de vie), les moins de 30 ans faisaient un usage très
intensif des crédits de trésorerie
41,7% d'entre eux ne détenaient alors que de tels
crédits, contre 19,2% pour l'ensemble des ménages
(et même 6,3% pour les 65 ans et plus) ;
- en novembre
1995, 48,6% des jeunes étaient encore endettés :
leur taux de détention global était cependant
descendu sous le taux observé dans l'ensemble de
la population (49,1%) illustrant bien la vigueur du mouvement
de désendettement qui avait alors opéré.
Toutes les composantes de l'endettement ayant fléchi
dans des proportions à peu près comparables.
Durant deux
années, entre novembre 1995 et novembre 1997, aucune
tendance particulière ne s'est véritablement
dessinée chez ces ménages : certes le
taux de détention des crédits immobiliers
paraît s'être légèrement redressé ;
mais en revanche celui des crédits de trésorerie
a de nouveau reculé (passant par exemple de 34,7%
à 33,7% pour les crédits de trésorerie
seulement). Ainsi, au total, le taux de détention
des crédits par les jeunes ménages a encore
doucement reculé alors que pour le reste des ménages,
il avait déjà commencé à remonter :
- il passe
de 49,1% à 50,2 % pour l'ensemble des ménages
durant la période sous revue et même de 19,8%
à 20,8% si on considère les ménages
de 65 ans et plus ;
- c'est alors
sous l'effet d'une progression sensible du taux de détention
des crédits de trésorerie que le mouvement
se réalise. Par exemple, pour l'ensemble des ménages,
27,3% d'entre eux détenaient au moins un crédit
de trésorerie en novembre 1995, ils sont 31,8% en
novembre 1997 (respectivement 11% et 14,8% pour les 65 ans
et plus).
Entre novembre
1997 et novembre 2000, en revanche, la remontée du
taux de détention des crédits par les moins
de 30 ans a été remarquable, bien plus vive
d'ailleurs que celle observée dans le même
temps pour l'ensemble des ménages :
- 55,8% des
jeunes ménages étaient endettés en
novembre 2000, contre 48,3% en novembre 1997. Dans le même
temps, la proportion de ménages endettés dans
l'ensemble de la population passait de 50,2% à 51,8% ;
- l'ensemble
de la remontée (84% précisément) s'explique
alors par un recours accru aux seuls crédits de trésorerie
dont le taux de détention passe de 33,7% à
40%.
L'année
2001 a stoppé le mouvement
L'année
2001 n'a pas confirmé cette tendance à la
reprise. La dégradation du marché du travail
et la détérioration de la situation financière
des moins de 30 ans ont pesé sur les projets d'endettement
des jeunes ménages :
- le taux de
détention des crédits a reculé de plus
de 3 points entre novembre 2000 et novembre 2001, passant
de 55,8% à 52,6% ;
- du fait d'une
moindre consommation des crédits de trésorerie,
le taux de détention a donc nettement reculé,
alors qu'il continuait à progresser pour l'ensemble
des ménages.
Le recours
aux crédits de trésorerie privilégié
par les jeunes ménages
Cependant,
en novembre 2001, 43,9% des moins de 30 ans utilisent des
crédits de trésorerie contre 32,1% pour les
55 à 64 ans, 17,7% pour les 65 ans et plus et 35,4%
pour l'ensemble de la population. Et 40,1% font appel au
découvert bancaire contre, respectivement, 13,8%,
6,1% et 24,1%.
L'usage des
crédits de trésorerie exprime traditionnellement
un mode de vie répandu chez ces jeunes : une
dépense immédiate, là où leurs
aînés auraient épargné avant
de consommer et qui leur permet de réaliser des projets
bien plus souvent que de faire face à des contraintes .
Ainsi, lorsque
les moins de 30 ans utilisent des crédits de trésorerie,
c'est pour une grande majorité d'entre eux pour financer
l'achat d'une automobile ou d'une moto : 59,9% des
jeunes endettés au titre de la trésorerie
sont concernés par cette forme de dépense
(soit 26,3% de l'ensemble des moins de 30 ans) contre respectivement
47,1 % pour les 55 à 64 ans (soit 15,1%) et
52,8% pour l'ensemble de la population (soit 18,7%). Equiper
la maison ou financer des loisirs sont en revanche des utilisations
également répandues chez tous les ménages
. et les jeunes ne sont ni plus ni moins nombreux, au total,
à recourir aux crédits de trésorerie
pour leur consommation courante que l'ensemble des ménages
(respectivement 9,4% et 9,1% des univers concernés).
Il est vrai
qu'en moyenne, lorsque les jeunes s'endettent, ils n'estiment
pas que le poids des charges de remboursement soit beaucoup
plus lourd que celui ressenti par les autres ménages :
15% des moins de 30 ans considèrent que les charges
de remboursement sont trop ou beaucoup trop élevées
contre 12,9% pour l'ensemble des ménages et 53,2%
estiment que leurs charges sont supportables ou très
supportables contre 58,5%.
Une analyse
plus détaillée montre alors que lorsque les
jeunes ménages n'ont que des crédits immobiliers,
leur situation est particulièrement favorable :
seule une très faible proportion d'entre eux (1%)
estime que les charges sont beaucoup trop élevées
et aucun ne considère que c'est difficile ou que
les dettes sont nécessaires (contre 8,5% lorsqu'ils
ne sont pas endettés) ; alors que 25% seulement
recourent au découvert bancaire.
La situation
est plus tendue, en revanche, lorsqu'ils font appel aux
crédits de trésorerie. D'autant qu'ils sont
alors plus de 50% (57,8% dans le cas d'un endettement au
double titre de l'immobilier et de la trésorerie,
60,4% dans le cas d'un recours aux seuls crédits
de trésorerie) à utiliser un découvert
bancaire. Le poids des charges leur paraît dans ces
conditions plus lourd et leur situation budgétaire
plus difficile : 17,5% de ceux qui n'utilisent que
des crédits de trésorerie et 10,7% de ceux
qui utilisent des crédits immobiliers et des crédits
de trésorerie estiment que les charges de remboursement
sont trop ou beaucoup trop élevées et, respectivement
14% et 8,1% que c'est difficile ou que les dettes sont nécessaires.
Mais pour autant, les jeunes ne
sont guère plus fragiles que les autres ménages : d'ailleurs,
leur part dans la population des ménages fragiles s'est réduite
depuis 1997 pour s'établir bien en dessous de ce qu'ils représentent
dans la population totale.
Les
ménages de plus de 55 ans recourent de plus en plus
aux crédits de trésorerie
Le recours
accru aux crédits de trésorerie qui se constate
depuis quelques années chez les jeunes paraît
donc répondre à une plus grande appétence
pour la consommation, de la part de ménages dont
les habitudes de dépense immédiate sont plus
répandues que dans le reste de la population. A cet
égard, ces ménages se distinguent de leurs
aînés : la montée de l'usage des
crédits de trésorerie par les ménages
de 55 ans et plus (et principalement par ceux de 60 à
69 ans avec, dans leur cas, une utilisation plus large du
découvert bancaire) paraît en effet tenir à
deux causes principales :
- une habitude
plus répandue pour beaucoup du financement des biens
d'équipement de la maison et des automobiles, pour
eux-mêmes ou pour d'autres (enfants et petits-enfants).
Ceci exprimant sans aucun doute un effet de génération
mais aussi, pour une bonne part d'entre eux, une capacité
nouvelle de réalisation de projets que leur situation
financière leur permet de nourrir ;
- une pratique
qui se répand pour d'autres, celle du recours aux
crédits de trésorerie pour pallier les insuffisances
de leur budget habituel. Et à cet égard, la
montée de la part des 65 ans et plus ou des retraités
parmi les ménages réputés fragiles
est remarquable.
Le redressement
du taux de détention des crédits de trésorerie
a en effet été rapide chez les 55 ans et plus :
- entre 1995
et 2001, ce taux progresse de 10,5 points pour les 55 à
64 ans, passant de 21,6% à 32,1% et de 6,7 points
pour les 65 ans et plus, passant de 11% à 17,7% ;
- il s'est
même poursuivi récemment pour les 55 à
64 ans, puisque le taux est passé de 30,8% à
32,1% entre novembre 2000 et novembre 2001 ;
- et cette dynamique du taux de
détention des crédits de trésorerie paraît particulièrement
solide.
Conclusion
Au-delà
des évolutions qui se dessinent, plus ou moins lentement
au rythme des transformations de l'environnement des ménages,
la conclusion qui se dégage de plusieurs années
d'observation des pratiques d'endettement et des situations
rencontrées est celle d'une amélioration générale :
pour la plupart d'entre eux, les ménages endettés
vivent mieux leur rapport à l'endettement aujourd'hui
qu'il n'y a six ou même douze ans.
Le poids ressenti
et exprimé des charges de remboursement s'est par
exemple sensiblement allégé pour une majorité
d'entre eux. Et le recours intensif aux différentes
formules qui s'offrent à eux paraît beaucoup
moins fréquent. Le recours au crédit est bien
avant tout un élément décisif de réalisation
des projets, tant immobiliers que de consommation.
Certes une partie des ménages
endettés rencontrent des difficultés, notamment à rembourser
ses emprunts. Mais la proportion de ménages concernés, déjà
faible, semble se réduire depuis quelques années. Et l'origine des
difficultés est plus que très souvent extérieure à
l'emprunt lui-même.
Michel MOUILLART
Université de Paris X-Nanterre
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