L'image
de Jacques Chirac
Le 1er janvier 2000 - Après
deux ans et demi de cohabitation, à moins de deux ans et demi de l'élection présidentielle,
Jacques Chirac bénéficie d'une bonne image auprès des Français. Ce jugement flatteur
doit cependant être nuancé : sur un plan personnel, le chef de l'État est
presque plébiscité ; sur un plan politique, il est plus contesté.
Près de deux Français sur trois
(62 % contre 34 %) éprouvent de la sympathie pour le président de la République.
C'est un score élogieux et sans ambiguïté. Il améliore encore celui de l'an
passé (59 % contre 39 %), triomphe dans toutes les catégories sociales, n'est
contredit que par l'électorat du Front national. Il constitue même le record absolu
depuis l'élection de Jacques Chirac en 1995. Comme de surcroît le président est
crédité de beaucoup de chaleur, et aussi de compétence, d'énergie et de tolérance,
plus encore qu'en 1999, il peut donc se sentir satisfait. Les défauts qu'on lui
prête (change souvent d'avis, démagogue, autoritaire, superficiel) sont ressentis
avec moins d'intensité que les qualités qu'on lui attribue - Jacques Chirac est
bien aimé.
Cela ne signifie pas qu'il inspire
le même enthousiasme sur le terrain politique. Certes, la cohabitation aidant,
il est regardé comme un président consensuel, un homme de rassemblement :
59 % des Français contre 35 % le voient d'ailleurs en président de tous et non
pas seulement de ceux qui ont voté pour lui. La proportion fléchit légèrement
par rapport à l'année dernière (63 % contre 34 %) mais reste à un niveau très
élevé, notamment chez les hommes, les plus de cinquante ans, les agriculteurs
(qui l'adulent), les cadres et les inactifs ou retraités. Les ouvriers les électeurs
communistes, ceux du Front national sont cependant plus réservés. Dans son rôle
de symbole de la République et de garant de l'unité nationale, Jacques Chirac
reste très apprécié.
Le bilan devient en revanche beaucoup
plus contrasté lorsqu'il s'agit de juger son action. Le chef de l'Etat conserve
certes une majorité relative qui juge son bilan positif (48 % contre 36 %), moins
enthousiaste néanmoins que lorsque les questions sont plus personnelles. Le score
reste positif comme l'an passé mais ce résultat est en lui-même ambigu. Jacques
Chirac voit son action plus appréciée en phase de cohabitation, lorsqu'elle est
limitée, qu'en période normale, quand son autorité s'impose. Catégorie par catégorie,
les Français apparaissent d'ailleurs particulièrement perplexes.
Ils considèrent, à une faible
majorité relative, il est vrai, (47 % contre 40 %) qu'il a perdu l'essentiel de
ses pouvoirs depuis que Lionel Jospin a fait son entrée à l'Hôtel Matignon. Ce
jugement s'accentue depuis l'année dernière et s'enracine particulièrement au
sein de la population active, cadres en tête. Même les électeurs du RPR et de
Démocratie libérale jugent que c'est le Premier ministre qui domine politiquement.
Dès qu'il s'agit d'action, de décisions concrètes concernant l'hexagone, les Français
tendent à se partager en deux blocs de taille comparable.
Cela ne les pousse cependant pas
à souhaiter une élection présidentielle anticipée, bien au contraire. Une majorité
claire (55 % contre 35 %) souhaite en effet que l'élection présidentielle ait
lieu à la date prévue, dans deux ans. La proportion a nettement baissé depuis
l'an passé (48 % contre 45 %). En fait, les Français semblent satisfaits de la
répartition actuelle des pouvoirs entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. Le chef
de l'Etat apparaît donc apprécié sur un plan personnel, plus contesté sur celui
de l'action mais approuvé comme président de cohabitation.
Alain DUHAMEL
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