L'image des syndicats

Le 1er février 2000 - Voici un sondage dont les résultats devraient plutôt embarrasser les syndicats au moment où ils doivent amorcer des négociations essentielles, qu'il s'agisse des 35 heures, des régimes des retraites, du statut de la sécurité sociale, du pouvoir d'achat des salariés ou encore de la redéfinition de l'espace social avec le MEDEF. Au beau milieu de cette phase cruciale, l'image que les Français en général et les salariés en particulier ont d'eux ne peut en effet pas les satisfaire.

Les Français et, dans des proportions très comparables, les salariés se divisent profondément sur la confiance à accorder aux syndicats pour la défense de leurs intérêts. Dans les deux cas, ils se divisent en deux blocs antagonistes de taille comparable. Une petite majorité relative de Français fait confiance aux syndicats (46 % contre 44 %), une majorité relative à peine plus forte de salariés (49 % contre 43 %) en font autant. Si pour les Français, cette balance est le plus favorable depuis quinze ans, pour les salariés, elle régresse par rapport à l'an passé. Les électeurs de gauche, les techniciens, les ouvriers sont les plus encourageants, les électeurs de la CGT et de FO sont nettement plus confiants que ceux de la CFDT.

Les syndicats pourront certes se consoler un peu en constatant que les Français et, a fortiori les salariés, sont assez nombreux à regretter qu'ils n'exercent pas plus d'influence : c'est le point de vue de 38 % des Français et de 48 % des salariés, ceux qui jugent leur influence excessive n'étant respectivement que 18 % et 13 %. Ces chiffres se situent actuellement au-dessus de la moyenne. En dehors des catégories classiquement allergiques aux syndicats, il faut cependant relever que les jeunes se satisfont beaucoup mieux que leurs aînés de la faiblesse actuelle des syndicats. Le chômage des moins de 25 ans y est évidemment pour quelque chose.

Plus dérangeant cependant, une majorité de Français et de salariés (50 % et 51 % contre 42 % et 44 %) considère que les syndicats traduisent mal les aspirations des travailleurs. Ces chiffres sont inférieurs à ce qu'ils étaient au moment où la gauche est arrivée au pouvoir. Les hommes, les jeunes, les techniciens, les professions indépendantes et la droite bien sûr, mais aussi les sympathisants de la CFDT et les non-syndiqués sont les plus critiques. Peut-être le retour des la croissance stimule-t-il les attentes et les demandes mais il y a de l'insatisfaction dans l'air. Ceci est confirmé par un diagnostic très clair : 56 % des Français contre 29 % et 63 % des salariés contre 24 % souhaitent que les syndicats relancent leurs actions revendicatives. C'est, pour les premiers, le chiffre le plus élevé depuis 1992 et, pour les seconds, depuis les grandes grèves de novembre/décembre 1995. Il y a là une nette frustration, les chômeurs, les ouvriers, les jeunes et les hommes, les proches de la CGT et de FO se montrent les plus virulents. L'impatience est patente.

C'est, selon les Français et selon les salariés, la CGT, c'est-à-dire le syndicat le plus offensif, traduit le mieux les revendications des travailleurs, FO et la CFDT venant loin derrière et les autres syndicats (SUD et la CGC) pâtissant de leur plus faible notoriété. La prime appartient encore ici au plus pugnace et au plus revendicatif, notamment chez les salariés modestes. La CFDT, mieux considérée que les autres par les cadres, l'est beaucoup moins chez les jeunes, sans doute parce qu'elle se refuse aux surenchères.

De tout cela, il ressort un mécontentement estompé par le retour de la confiance, mais qui signifie que les distances vis-à-vis des syndicats ne sont en tout cas pas dus à leur excès de combativité. Au contraire : en cette phase de reprise et de reflux du chômage, les salariés ne se sentent pas assez vigoureusement soutenus par les syndicats. Il y a un signal d'alarme à l'intention du gouvernement.

Parmi les leaders syndicaux, Nicole Notat recueille plus de sympathie que les autres en particulier chez les cadres, les plus de 50 ans, les techniciens, les salariés du secteur public et les électeurs UDF. Son énergie et son talent y sont certainement pour beaucoup, son style moderne aussi (chez les salariés, sa position s'est améliorée régulièrement mais elle faiblit chez les moins de 25 ans et chez les chômeurs). Bernard Thibault, leader de la CGT, pâtit de sa plus faible notoriété. Marc Blondel convient moins qu'auparavant, malgré (ou à cause) de son éloquence enflammée.

En revanche, un large consensus redoute que le MEDEF quitte les organismes paritaires (assurance maladie, assurance chômage, régime de retraites, etc.). C'est le cas de 66 % des Français contre 17 % et de 68 % des salariés contre 18 %. Tout le monde est inquiet mais en particulier les électeurs de gauche et les salariés intermédiaires. L'organisation patronale paraît donc en situation de force, à l'initiative, ce qui ne rassure pas les Français qui retrouvent l'espoir mais redoutent la pression de la concurrence internationale.

Alain DUHAMEL


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