Le 1er février 2003 - Confiance en baisse pour Jacques Chirac (50%, -2) et plus encore pour Jean-Pierre Raffarin (53%, -5), tel est le principal enseignement de la dernière vague de notre baromètre mensuel réalisé pour Le Figaro-Magazine. Parmi les personnalités de droite que les Français souhaiteraient voir jouer un rôle plus important dans les mois à venir, Nicolas Sarkozy devance désormais Jean-Pierre Raffarin. Autre leçon majeure de notre étude : c'est la première fois depuis plus de deux ans que la lutte contre le chômage domine aussi largement les priorités qu'assigne l'opinion au gouvernement 42% (+8). Une préoccupation grandissante, donc, alors que la lutte contre la violence et la criminalité demeure stable ce mois-ci (32%) et retrouve son niveau le plus bas depuis décembre 2000 (32%).

Effritement des cotes de confiance de l'exécutif

La confiance des Français envers Jacques Chirac demeure toujours aussi timide : 50% (-2) lui accordent leur confiance, contre 49% (+4). Un mouvement croissant de défiance qui rejaillit de manière plus marquée sur son Premier ministre. Certes, celui-ci bénéficie d'un solide socle de confiance (53%, contre 42%). Non seulement sa cote de confiance perd 5 points et sa cote de défiance en gagne 6 par rapport au mois dernier, mais elle retrouve également le niveau de confiance enregistré en décembre 2002, soit le plus bas niveau depuis son entrée à Matignon.

Avec 31% de confiance, Jean-Pierre Raffarin perd ce mois-ci 10 points auprès des sympathisants de gauche - signe que l'on peut interpréter comme le début d'une repolarisation des sympathisants de gauche et de droite dans leurs camps respectifs et comme la fin d'un " effet Raffarin ".

Autre signe à observer à l'avenir : l'effritement de la popularité du Premier ministre auprès des personnes âgées. Certes, 62% d'entre elles lui accordent leur confiance, contre 33%. Mais en un mois, le Premier ministre perd 13 points de confiance auprès de cette catégorie qui lui était acquise depuis son entrée en fonction. Peut-être cette baisse sensible reflète-t-elle la montée des inquiétudes que nourrit le débat sur la réforme des retraites.

Bouleversement à droite

Nicolas Sarkozy s'empare ce mois-ci de la tête du palmarès des personnalités que les Français souhaitent voir jouer un rôle important dans les mois à venir : avec 55% (-3) de jugements positifs, il devance pour la première fois Jean-Pierre Raffarin (53%, -6). Autre évolution notable ce mois-ci : la percée du ministre de l'Education Luc Ferry, 35% de jugements positifs, +7 en un mois. Une évolution que l'on peut mettre sur le compte de sa prestation médiatique dans l'émission dominicale de Michel Drucker ce mois-ci. Un mouvement d'autant plus significatif que mis à part Edouard Balladur et Philippe de Villiers, il s'agit de la seule personnalité de droite à voir son crédit augmenter dans l'opinion. Enfin, avec 25% de jugements positifs, Alain Juppé enregistre ce mois-ci la plus forte baisse à droite (9 points) - une baisse qui coïncide avec la passe d'armes que le président de l'UMP a entretenue avec son partenaire de l'UDF François Bayrou.

Les personnalités de gauche à la baisse

Pas de bouleversement à gauche : Bernard Kouchner (57%) domine le classement, loin devant Bertrand Delanoë (47%) et Jack Lang (43%). Reste qu'en dehors de Jean-Pierre Chevènement et Robert Hue qui tout en fermant la marche du palmarès voient leur cote d'avenir augmenter légèrement - respectivement de 2 (22%) et 3 points (16%) - toutes les personnalités de gauche sont à la baisse ce mois-ci. Cas le plus emblématique : François Hollande, qui perd 8 points en un mois (30%). Autres personnalités marquées par le désamour de l'opinion : Laurent Fabius (31%), Elisabeth Guigou (30% et Dominique Voynet (22%) qui perdent chacun 5 points.

Les partis politiques à la peine

Tous les partis recueillent ce mois-ci davantage d'avis négatifs que positifs. La baisse la plus spectaculaire concerne le PS (42% de bonnes opinions, -7) qui retrouve son plus bas niveau depuis décembre 1994. Une évolution que l'on peut sans hésiter mettre sur le compte de la difficile préparation du congrès de Dijon en mai prochain. Autre exemple des dégâts causés dans l'opinion par les débats internes qui agitent les formations politiques : les Verts, qui perdent 5 points en un mois (40%, soit leur plus bas niveau depuis mars 1997). A droite, la situation n'est guère plus brillante : avec respectivement 38% et 36% de bonnes opinions, l'UDF et l'UMP perdent 6 et 5 points.

La lutte contre le chômage en tête des priorités d'action assignées au gouvernement

C'est la première fois depuis plus de deux ans que la lutte contre le chômage domine aussi largement les priorités assignées au gouvernement par l'opinion : 42% (+8 par rapport à la dernière vague), pour 41% en décembre 2000. Une préoccupation grandissante, donc, alors que la lutte contre la violence et la criminalité demeure stable ce mois-ci (32%) et retrouve son niveau le plus bas depuis décembre 2000 (32%). Principales catégories qui s'affirment préoccupées par la lutte contre le chômage : les sympathisants de gauche (54%) ; les cadres et professions intellectuelles (53%) ; les 50-64 ans (50%) ; les 35-49 ans (45%) ; les hommes (45%).

Dans ce contexte, pas étonnant que l'action du gouvernement en matière de lutte contre le chômage soit jugée si négativement. 80% des personnes interrogées la jugent inefficace, contre 15% - un niveau d'inefficacité qui n'avait pas été atteint depuis juillet 1999.

Craintes sur le front social

On assiste ce mois-ci à une remontée des craintes sur le front social : 65% (+4) des personnes interrogées estiment qu'il y aura beaucoup de conflits sociaux dans les mois à venir, contre 28% (-4). Une crainte qu'alimente entre autres la vague de plans de licenciements qui frappent les salariés de Daewoo, MetalEurope et Arcelor. Ce climat pèse de fait sur la manière dont les Français anticipent les négociations futures : ils sont 43% (+5) à penser que les conflits sociaux risquent d'entraîner un recours aux affrontements et à la violence, contre 51% (-6) qui estiment qu'ils pourront être résolus par la négociation et le compromis.

Néanmoins, une opinion moins pessimiste à l'égard du climat général

Ce tableau plutôt sombre contraste avec la perception de l'opinion à l'égard du climat général. On peut même noter une légère amélioration sur ce front puisqu'ils sont 61% à sombrer dans le pessimisme, pour 64% un mois plus tôt. Les femmes (65%), les tranches d'âge les plus jeunes (18-24 ans, 68% ; 25-34 ans, 70% ; 35-49 ans, 65%), et les catégories populaires (ouvriers, 77% ; professions intermédiaires et employés, 64%).

Léger satisfecit en matière de politique étrangère

Moins de personnes estiment ce mois-ci que le rôle de la France s'affaiblit dans le monde : 39%, pour 46% un mois plus tôt. Une forme de satisfecit donc, que l'on peut attribuer aux positions et aux actions défendues par la diplomatie française à l'égard de la Côte d'Ivoire (accords de Marcoussis) et de l'Irak au cours du mois de janvier. Mais elle ne constitue en rien un quitus : dans le même temps, la part de ceux qui estiment que le rôle de la France se renforce perd 3 points (36%). Au total, c'est le nombre de ceux qui ne voient aucun changement qui augmente le plus, 19%, +11 points.

Sylvain LEFORT


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