Les jugements des Français
sur l'action du gouvernement de Lionel Jospin
Le 1er mars 2000 - Alors
que le gouvernement traverse une phase difficile, confronté à toute une série
de conflits spécifiques (agents des impôts, professeurs de l'enseignement professionnel,
etc.) et à une effervescence générale due au retour de la croissance, voici un
sondage qui va détonner car il fait entendre un son nettement positif. 61 % des
Français contre 32 %, soit près de deux sur trois, approuvent globalement l'action
du gouvernement de Lionel Jospin. C'est un bon chiffre, supérieur à ceux des années
précédentes. Les hommes, les jeunes, les cadres, les techniciens et bien entendu
les électeurs de gauche (PC inclus) se montrent les plus satisfaits.
Domaine par domaine, l'approbation
se nuance cependant fortement. En matière d'emploi, l'approbation l'emporte de
peu (46 % contre 44 %), le reflux du chômage jouant dans le bon sens. Fait important :
les jeunes y sont visiblement sensibles. La politique sociale obtient elle aussi
un court assentiment, les électeurs du PC apparaissent cependant nettement plus
réservés que ceux du PS. L'environnement et surtout la politique économique (43
% contre 36 %) obtiennent de bons scores, en particulier chez les cadres. En revanche,
la sécurité, l'éducation nationale et l'immigration suscitent des jugements négatifs.
Les personnes âgées sont particulièrement choquées par l'insécurité ;
les jeunes sont critiques vis à vis de l'éducation nationale, la politique en
matière d'immigration irritant notamment les milieux ouvriers et les plus dépolitisés
des Français.
Autre point positif pour le Premier
ministre, à contre-courant de ce que l'on entend souvent, une majorité relative
de Français (42 %) considère que l'action de Lionel Jospin profite à l'ensemble
des Français, contre 27 % qui jugent qu'elle bénéficie aux catégories privilégiés
et 17 % qui estiment que les catégories défavorisées reçoivent toute leur part.
Les plus aisés remarquent évidemment davantage les efforts en direction des plus
modestes et réciproquement. Ainsi 44 % des employés considèrent-ils que les plus
privilégiés sont les mieux servis.
35 % des Français pensent par
ailleurs que le Gouvernement sait où il va et poursuit une politique à long terme
(c'était 30 % l'an passé), contre 57 % qui jugent qu'il agit au jour le jour (63
% l'an passé). La progression reste modeste, les cadres étant les plus flatteurs
mais, à contre-courant là encore, il y a progrès. De même, 48 % des Français contre
38 % se disent satisfaits de l'action de Lionel Jospin depuis qu'il est Premier
ministre. C'est le meilleur chiffre qu'il ait jamais obtenu depuis son entrée
à l'Hôtel Matignon. Cette satisfaction globale n'est pas dans les habitudes des
Français. Elle est plus accentuée encore chez les hommes, les jeunes, les cadres
et les professions intermédiaires.
La présence des ministres communistes
au gouvernement semble, elle, se banaliser. Les mécontents sont stables, les satisfaits
sont moins nombreux (44 % contre 49 % l'an passé) mais ce sont les indifférents
qui augmentent (30 %, davantage chez les jeunes et les ouvriers). Le PC ne fait
plus peur.
Chez les ministres, les femmes
triomphent : cinq d'entre elles sont en tête des membres du gouvernement
faisant de bonnes choses aux yeux des Français. Toutes progressent. Martine Aubry
reste en tête mais c'est Elisabeth Guigou qui effectue la percée la plus impressionnante,
gagnant quinze points par rapport à l'an passé, preuve que sa dure bataille pour
une réforme de la justice a été appréciée. En revanche, Claude Allègre et surtout
Jean-Pierre Chevènement régressent, sanction due aux difficultés en matière d'insécurité
et d'encadrement enseignant.
Au total, ces questions-bilan,
moins sensibles que d'autres à l'air du temps et à la conjoncture de l'instant
sonnent de façon plutôt encourageante pour Lionel Jospin.
Alain
DUHAMEL
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