Le 7 mars 2002 - Réalisée au moment de l'officialisation de la candidature de Lionel Jospin, la dernière vague du baromètre Le Figaro Magazine atteste de la transformation des statuts respectifs du président de la République et du Premier ministre en candidats à l'élection présidentielle. Les cotes de confiance de Jacques Chirac (43%) et de Lionel Jospin (48%) baissent toutes les deux de trois points. Chacun baisse fortement dans le camp adverse et mobilise le sien. La popularité des personnalités politiques de droite comme de gauche s'en trouve mécaniquement affectée. C'est dans un climat de mécontentement et de pessimisme de l'opinion que démarre la campagne.

Polarisation de la popularité de l'exécutif

Les deux têtes de l'exécutif ne bénéficient plus de la protection de leurs fonctions. Jugés davantage comme candidats que comme Président et Premier ministre, leur popularité repose désormais sur un socle partisan. Jacques Chirac retrouve un niveau d'impopularité qu'il n'avait pas connu depuis octobre 2000 lors du conflit des routiers. Les Français ne sont plus que 43% à lui faire confiance (-3) - 78% (stable) des sympathisants de droite et 20% des sympathisants de gauche (-8) - contre 54% à lui manifester leur défiance (+3). Cette baisse est particulièrement sensible les commerçants, artisans et industriels (-7), les employés (-13) et chez les 25-34 ans (-9). La cote de confiance de Lionel Jospin n'a, quant à elle, jamais été aussi basse depuis son entrée à Matignon. Pour la première fois également, l'indice de confiance du Premier ministre est nul. Les Français sont aussi nombreux à lui faire confiance qu'à ne pas lui faire confiance (48%). Il recueille 74% d'opinions positives à gauche (-2) et 21% à droite (-4). Parmi ses soutiens traditionnels, les jeunes (-6 chez les 18-24 ans, et -10 chez les 25-34 ans) et les professions intermédiaires (-9) lui font aujourd'hui défaut.

A titre de comparaison, Edouard Balladur, Premier ministre devenu candidat, a connu un phénomène similaire. En mars 1995, sa popularité avait atteint son plus bas niveau (49%) pour un indice de confiance lui aussi nul. L'exemple de Jacques Chirac Premier ministre est moins significatif. Si sa cote s'établissait aussi à 43% en mars 1988, ce niveau était le sien depuis un an. Face à lui, François Mitterrand maintenait une forte popularité depuis le début de la cohabitation, avec 61%.

Effet domino sur les personnalités politiques

Le phénomène de polarisation observé pour le couple de l'exécutif se répercute sur les personnalités politiques, candidates ou non. A quelques exceptions près, leur cote d'avenir est en baisse. Parmi les personnalités de droite que les personnes interrogées souhaiteraient voir jouer un rôle important dans les années à venir, Alain Madelin (24%, -5), Alain Juppé (29%, -3) - le plus populaire chez les sympathisants de droite -, Philippe de Villiers (14%, -3) et Nicolas Sarkozy. (25%, -2) enregistrent les plus fortes baisses. Philippe Douste-Blazy gagne un point (29%) et se place en seconde position mais le baromètre a mesuré sa popularité avant le couac du meeting de l'UEM à Toulouse. Charles Pasqua (+2), Jean-Louis Debré (+3) et Jean-Marie Le Pen (+1) voient également leur cote augmenter ce mois-ci.

Parmi les personnalités de gauche, Lionel Jospin continue de culminer aussi bien dans l'ensemble de la population (58%, -2) que chez les sympathisants de gauche (85%, -1). Pour le reste, seul Jack Lang progresse dans l'opinion (47 %, +4). Quatre des premiers ministrables de Lionel Jospin enregistrent même de fortes baisses de popularité parmi les sympathisants de gauche : Elisabeth Guigou (-7), Martine Aubry (-4), Dominique Strauss-Kahn (-4) et François Hollande (-3). Enfin, la cote d'avenir de Jean-Pierre Chevènement chute fortement (42%, -6), principalement chez les sympathisants de droite (38%, -12). L'entrée en lice des deux principaux protagonistes dans la campagne présidentielle semble faire échec à la stratégie de rassemblement au-delà des clivages du candidat du Pôle Républicain.

Du côté des partis politiques, l'image du PCF (30, -2) et celle de l'UDF (32, -2) se dégradent légèrement. Les communistes paraissent souffrir du faible score obtenu par un Robert Hue débordé sur sa gauche par Arlette Laguiller dans les intentions de vote tandis que les centristes donnent l'image d'un parti déchiré entre pro-chiraquiens et partisans de François Bayrou. La popularité du PS (52%, stable), des Verts-Ecologie (49%, +1), du RPR (39%, stable) et du FN (10%, stable) n'évoluent pratiquement pas.

Préoccupations sécuritaires et pessimisme généralisé

La campagne sur les rails, le niveau d'exigence des Français s'est encore accru. La sévérité de leur jugement sur la politique gouvernementale et le climat politique et social aussi. Parmi les priorités assignées au gouvernement, la lutte contre la violence et la criminalité reste ancrée à la première place (49%, -4), reléguant au second plan la lutte contre le chômage (28%, stable). Ce qui n'empêche pas les Français de juger inefficace l'action du gouvernement dans ce secteur (77%, +4). Avec un nouveau dérapage constaté en janvier par l'Insee, la politique gouvernementale de lutte contre la hausse des prix est aussi perçue très négativement (72% d'insatisfaits, stable), notamment chez les deux populations les plus sensibles à toute fluctuation en la matière : les commerçants, artisans et industriels (76%, +11) et les retraités (71%, +4).

Dans un contexte de crise de confiance des ménages français, le climat général est au pessimisme. Si la dégradation de la perception du climat politique et social marque une pause par rapport au mois précédent (63%, -2), seul 19% des personnes interrogées pensent que les choses vont en s'améliorant. En un an, les optimistes ont perdu 13 points, et les pessimistes gagné 12 points. Les inquiets se recrutent parmi les femmes (67%), les commerçants, artisans et industriels (69%), les employés (69%) et les sympathisants de droite (70%).

Georges BUISSON


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