Comment l'extrême gauche
peut-elle peser sur les régionales ?





Le 1er mars 2004 - On a eu tendance dans les derniers mois, et particulièrement au moment du congrès de la LCR en novembre 2003, à surestimer l'influence de la mouvance trotskyste. Avec les premières enquêtes d'intention de vote, on est en mesure de relativiser cette impression. A deux mois du scrutin (TNS Sofres/ LCI / RTL / Le Monde, baromètre des élections régionales, réalisé le 14 /15 janvier 2003), seulement 6% des électeurs avaient l'intention, si l'élection avait lieu fin janvier, de voter pour l'extrême gauche.

Les sympathisants socialistes en retrait

Les groupes les plus susceptibles de faire ce choix restent similaires en termes de profils à l'électorat du 21 avril 2002 : plutôt un électorat jeune (15% des 18-24 ans et 10% des 25-34) et populaire (10% des employés et 14% des ouvriers). Les listes trotskystes mordraient plutôt chez les proches du PCF (15%) et des Verts (8%). En revanche, les sympathisants socialistes qui constituaient le gros des votes extrême gauche en 2002 semblent avoir retenu les leçons du 21 avril puisqu'ils ne sont que 3%, pour l'heure, à déclarer une telle intention. Enfin, elles auraient un certain succès chez les "sans préférence partisane" (14%), mais on sait que ces individus sont également les plus distants envers la politique et donc les plus susceptibles de s'abstenir.

Un choix électoral fragile

Dans la même étude, une question met d'ailleurs en cause la solidité des intentions de vote pour l'extrême gauche : "laquelle de ces phrases correspond le mieux à ce que vous pensez ? Je suis sûr de voter pour une liste d'extrême gauche, je voterai sans doute pour une liste d'extrême gauche mais je peux encore changer d'avis, je ne voterai sans doute pas pour une liste d'extrême gauche à moins que je ne change d'avis, je suis sûr de ne pas voter pour une liste d'extrême gauche". Une question identique a été posée pour l'extrême droite. Par la comparaison de ces deux questions, la fragilité du choix électoral en faveur de l'extrême gauche apparaît. 15% des individus ayant déclaré une telle intention sont sûrs de voter pour l'extrême gauche et 44% voteront sans doute pour elle, soit un total de 59%. En revanche, du côté du FN, le choix est plus sûr puisque les électeurs ayant l'intention de choisir le vote frontiste sont 62% à être sûrs de faire ce choix et 31% le feront sans doute (soit 95%).

Un étiage électoral supérieur à celui de 1998

Pour l'heure, l'extrême gauche, semble se situer à un étiage électoral assez faible, certes supérieur à son score de 1998 (4,41%), mais loin de son succès à la présidentielle de 2002 (plus de 10%). Cependant, les évolutions qu'a connues l'électorat français dans la dernière décennie incitent à la prudence. Les électeurs décident notamment de leur vote de plus en plus tard. Le vote d'isoloir, c'est-à-dire un choix au dernier moment peut être estimé à 14% des suffrages exprimés en 2002. Ils se caractérisent également, certes par une fidélité à un camp politique (la gauche par exemple), mais aussi par une plus grande volatilité au sein de chaque camp. L'extrême gauche peut donc bénéficier dans les derniers jours de la campagne des régionales d'un mouvement des électeurs en sa faveur, si la gauche traditionnelle ne réussit pas à convaincre ses troupes et si la propension au vote utile est moins faible qu'attendu.

Un électorat perdu pour la gauche ?

On peut se reporter aux intentions de vote des proches des partis trotskystes en cas de duel Chirac / Jospin avant le 21 avril mesurées lors du Panel Electoral Français. Dans ce contexte de désintérêt à l'égard de l'élection et d'indifférenciation entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, 57% d'entre eux ont déclaré une intention de vote en faveur de Lionel Jospin, 5% en faveur de Jacques Chirac et 38% qu'ils voteraient blanc ou nul ou s'abstiendraient. Une partie de leurs voix aurait pu être gelée (par le non-vote), mais elle est finalement assez minime, sachant que ce phénomène de glaciation n'était pas propre aux sympathisants des mouvements trotskystes. 29% des proches des Verts étaient prêts à agir de même et 26% des proches des communistes. Enfin, 65% des sympathisants du mouvement trotskyste se sont déclarés mécontents de l'élimination de Lionel Jospin après le second tour, confirmant ainsi leur sentiment d'appartenance à la gauche dans son ensemble.

Au final, ces électeurs sont finalement assez proches politiquement des autres individus de gauche et ne font pas montre d'un rejet de la gauche traditionnelle, bien au contraire. Le report de leur voix sur les listes de l'ancienne gauche plurielle en cas de non-qualification des listes LO-LCR est donc tout à fait plausible.


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