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Le 1er
juin 2002 - La première
vague de notre baromètre mensuel réalisé
après le deuxième tour de l'élection
présidentielle atteste de l'attentisme qui prévaut
dans l'opinion. Loin d'être gagnée par l'euphorie
de la réélection de Jacques Chirac, elle
témoigne à son endroit d'un certain
scepticisme qui prive ce dernier du traditionnel
état de grâce qui suit une élection
présidentielle. Mais dans le même temps,
elle accueille avec bienveillance l'arrivée
de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, comme
en témoigne sa percée dans le baromètre
réalisé pour Le Figaro Magazine.
Pour expliquer les bouleversements qui se manifestent
dans l'opinion tels qu'on les observe dans notre baromètre,
on peut invoquer un effet Présidentielle.
Qui se perçoit à un double niveau : à
l'égard des personnalités et des partis
politiques. C'est ainsi qu'il joue à plein en faveur
ou en défaveur des nouveaux ministres (Nicolas
Sarkozy, Michèle Alliot-Marie) ; des nouveaux
leaders, qu'ils soient de droite (François Bayrou)
ou de gauche (François Hollande) ou des grands
perdants des scrutins des 21 avril et 5 mai (Jean-Pierre
Chevènement, Robert Hue). Autre conséquence
logique du bouleversement imputable aux effets de l'élection
présidentielle dans l'opinion : les
partis de droite retrouvent les faveurs de l'opinion,
tandis que ceux de gauche soient véritablement
discrédités. Enfin, en matière de
climat général, on peut noter un
léger regain d'optimisme ce mois-ci dans
l'opinion, tandis que la lutte contre
le chômage (+9 par rapport à l'avant-présidentielle)
revient avec davantage d'acuité ce mois-ci comme
priorité d'action gouvernementale, derrière
la lutte contre la violence et la criminalité.
Pas
d'état de grâce pour Jacques Chirac
En dépit
d'une réélection jamais vue sous la Vème
République - plus de 82% des voix au second tour
de l'élection présidentielle - Jacques Chirac
ne bénéficie pas d'état de grâce
dans l'opinion : avec 50% d'opinions positives, contre
48%, la cote de confiance du Président de la République
retrouve son niveau de fin d'année 2001. Comme
le montre le tableau ci-dessous, le niveau de confiance
enregistré par Jacques Chirac ce mois-ci est le
plus faible qu'un Président ait atteint lors de
son accession à l'Elysée.
Popularité
des Présidents de la République lors de
leur accession à l'Elysée
| |
Confiance
|
Pas confiance
|
|
Jacques Chirac - juin 2002
|
50
|
48
|
| |
|
Jacques Chirac - juin 1995
|
64
|
32
|
|
François Mitterrand - juin
1988
|
63
|
35
|
|
François Mitterrand - juin
1981
|
74
|
20
|
|
Moyenne
|
67
|
29
|
Comme le
montre ce tableau, sa popularité se trouve très
en-dessous de la moyenne obtenue par un Président
de la République lors de son premier mois passé
à l'Elysée. Elu Président de tous
les Français dans les conditions que l'on sait
le 5 mai dernier, Jacques Chirac ne parvient pas à
dépasser le clivage gauche-droite en termes de
popularité : 77% des sympathisants de droite
lui font confiance, pour 26% de sympathisants de gauche.
Autant de signes tangibles de l'absence d'état
de grâce dont est l'objet Jacques Chirac cette année.
La
percée de Jean-Pierre Raffarin
A l'inverse,
son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin fait une entrée
remarquée dans notre baromètre : 60% des
Français lui font confiance, contre 24%. Certes,
son niveau de confiance n'atteint pas les niveaux de ses
trois prédécesseurs lors de leur désignation
à Matignon, Lionel Jospin, Alain Juppé et
Edouard Balladur, ni celui de Michel Rocard en 1988 ou
de Pierre Mauroy en 1981 (cf tableau ci-dessous).
Popularité
des Premiers ministres lors de leur désignation
à Matignon
| |
Confiance
|
Pas confiance
|
Sans opinion
|
|
Jean-Pierre Raffarin
|
60
|
24
|
16
|
| |
|
Lionel Jospin (juin 97)
|
63
|
32
|
5
|
|
Alain Juppé (mai 95)
|
65
|
26
|
9
|
|
Edouard Balladur (avr 93)
|
73
|
17
|
10
|
|
Pierre Bérégovoy
(mai 92)
|
54
|
35
|
11
|
|
Edith Cresson (juin 91)
|
49
|
35
|
16
|
|
Michel Rocard (juin 88)
|
66
|
26
|
8
|
|
Jacques Chirac (avr 86)
|
57
|
33
|
10
|
|
Laurent Fabius (sept 84)
|
53
|
27
|
20
|
|
Pierre Mauroy (juin 81)
|
71
|
16
|
13
|
|
Moyenne
|
61,2
|
27,4
|
11,3
|
NB :
les dates figurant dans ce tableau correspondent aux entrées
des personnalités dans notre baromètre
Par ailleurs,
Jean-Pierre Raffarin bénéficie d'un capital
de réserve non-négligeable - en l'occurrence
les 16% de sans opinion. C'est 5 points de plus que la
moyenne de ses prédécesseurs. Un chiffre
que l'on peut attribuer à sa relativement faible
exposition médiatique auprès de l'opinion
publique avant son arrivée à Matignon le
6 mai dernier.
Une popularité
due avant tout à une image personnelle
La cote de
confiance de Jean-Pierre Raffarin se situe donc tout juste
en-dessous de la moyenne des opinions positives recueillies
par un Premier ministre lors de son accession à
Matignon (61,2). Pour autant, ce score est d'autant plus
remarquable que le nouveau Premier ministre était
quasiment inconnu du grand public avant sa nomination
à Matignon. Comme l'atteste le tableau ci-dessous,
on peut attribuer sa popularité dans l'opinion
sur des traits d'image liés à sa personnalité
plutôt qu'au courant politique qu'il représente.
Avec un indice de 18, il apparaît comme celui de
tous les Premiers ministres qui doit le plus sa popularité
à sa personnalité qu'au courant politique
qu'il représente.
|
Premiers ministres
|
Confiance
|
Popularité du parti dont
est issu le Premier Ministre
|
Indice
|
|
Jean-Pierre Raffarin
|
60
|
42
|
18
|
| |
|
Lionel Jospin (juin 97)
|
63
|
61
|
2
|
|
Alain Juppé (mai 95)
|
65
|
56
|
9
|
|
Edouard Balladur (avr 93)
|
73
|
57
|
16
|
|
Pierre Bérégovoy
(mai 92)
|
54
|
37
|
17
|
|
Edith Cresson (juin 91)
|
49
|
53
|
-4
|
|
Michel Rocard (juin 88)
|
66
|
64
|
2
|
|
Jacques Chirac (avr 86)
|
57
|
51
|
6
|
|
Laurent Fabius (sept 84)
|
53
|
45
|
8
|
|
Pierre Mauroy (juin 81)
|
71
|
79
|
-8
|
La structure
de la popularité du Premier ministre s'appuie sur
les catégories penchant traditionnellement à
droite : les personnes âgées (72% de confiance
chez les plus de 65 ans, 64% chez les 50-64 ans), les
femmes (61%) et les commerçants, artisans et chefs
d'entreprise (59%). Notons au passage que parmi les sympathisants
de gauche, il recueille quasiment autant d'opinions favorables
(42%) que défavorables (40%).
L'effet
Présidentielle
Si l'élection
présidentielle ne semble pas bénéficier
à Jacques Chirac en terme de confiance, en revanche,
elle bouscule l'appréciation par l'opinion des
personnalités politiques. Premier signe tangible
: Jean-Pierre Raffarin, avec 60% d'opinions positives,
prend la tête du palmarès, toutes couleurs
politiques confondues. Deuxième signe : l'effet
Présidentielle joue à plein en faveur des
personnalités de droite au détriment de
celles de gauche, avec pour conséquence principale
de bousculer la hiérarchie du peloton de tête
de notre baromètre de popularité. Alors
qu'en avril 7 personnalités de gauche dominaient
notre baromètre, les trois premières places
sont désormais occupées par des personnalités
de droite : Jean-Pierre Raffarin (60%), suivi de François
Bayrou (47%) et Nicolas Sarkozy (46%).
Premiers
bénéficiaires de cet effet présidentielle
: les personnalités récemment promues ministres.
Les cotes d'avenir de Michèle Alliot-Marie (33%)
et Nicolas Sarkozy (46%) grimpent chacune de 9 et 20 points
depuis la vague réalisée avant l'élection
présidentielle. Autres bénéficiaires
de l'effet présidentielle à droite : les
ex-candidats ayant conquis un leadership. François
Bayrou (47%, +12) et Alain Madelin (32%, +7) en sont les
exemples les plus flagrants. Quant à Philippe Douste-Blazy,
avec 35% d'opinions positives, il voit sa cote d'avenir
augmenter de 6 points entre l'avant et l'après-5
mai.
De l'autre
côté de l'échiquier politique, le
tableau est plus nuancé. Certes, mis à part
Dominique Strauss-Kahn (36%, +4) et François Hollande
(35%, +6) , toutes les personnalités sont à
la baisse entre avril et juin. L'effet présidentielle
a pour conséquence spectaculaire de faire reculer
les cotes d'avenir des ex-candidats Jean-Pierre Chevènement
(32%) et Robert Hue (18%) respectivement de 11 et 13 points
par rapport à avril. Mais les baisses restent de
faible ampleur pour les autres personnalités de
gauche (-3 pour Laurent Fabius (37%), Elisabeth Guigou
(36%), et Dominique Voynet (29%) ; -2 pour Jack Lang (42%)
; -1 pour Ségolène Royal (44%) et Martine
Aubry (38%)) par rapport à l'avant-5 mai.
Les
partis politiques de droite retrouvent les faveurs de
l'opinion.
L'effet Présidentielle
joue également dans l'opinion à l'égard
des partis politiques. Au détriment des partis
de gauche - vraisemblablement sanctionnés pour
leur échec à l'élection présidentielle
(-7 pour le PC ; -4 pour le PS ; -2 pour les
Verts) et en faveur des partis de droite (+7 pour l'UDF ;
+3 pour le RPR) et du FN (+2). Conséquence directe
de ce phénomène de vase communicant :
avec 47% d'opinions positives, le PS atteint son plus
bas niveau depuis mai 1997, et le PC (24%) depuis janvier
1995. Inversement, avec 42% d'opinions positives, l'UDF
atteint son meilleur niveau depuis décembre 1995,
le RPR (44%) depuis février 1996, et le FN (15%)
depuis mars 1997.
.sans que
les partis de gauche soient l'objet d'un rejet
Pour autant,
hormis le PCF, les partis politiques de gauche ne suscitent
pas de rejet massif de la part de l'opinion, malgré
l'alternance gouvernementale qui a suivi le scrutin du
5 mai. Avec 47% d'opinions positives chacun, le PS et
les Verts devancent le RPR (44%) et l'UDF (42%).
Léger
regain d'optimisme
Enfin, le
climat général suscite ce mois-ci un peu
plus d'optimisme pour retrouver un niveau proche de celui
qu'on observait en début d'année. Certes,
la part des personnes qui broient du noir (61%) domine
largement celle de ceux qui voient la vie en rose (19%).
Les ouvriers (69%), les 25-34 ans (66%) et les femmes
(64%) sont les catégories les plus pessimistes.
Pour autant, on peut noter une sensible diminution des
opinions pessimistes (-9) depuis l'avant-Présidentielle.
Du coup, en indice (part des optimistes - part des pessimistes),
le pronostic sur le climat retrouve son niveau de début
d'année, -42.
La
lutte contre le chômage refait surface
Enfin, parmi
les priorités assignées au gouvernement,
l'opinion désigne toujours la lutte contre la violence
et la criminalité (46%) comme priorité numéro
un. Mais elle diminue de 14 points par rapport à
l'avant-présidentielle. Inversement, la lutte contre
le chômage (32%) fait un bond de 9 points sur la
même période - signe d'une préoccupation
grandissante dans l'opinion, quelque peu éclipsée
par la campagne présidentielle davantage focalisée
sur la lutte contre l'insécurité.
Sylvain LEFORT
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