Les enjeux politiques
des élections européennes
du 13 juin en France





Le 1er juin 2004 - Les élections européennes se caractérisent par leur totale absence d'enjeux de pouvoir au niveau national ou local. De plus, leur insertion dans le processus de décision politique au niveau européen est difficile à saisir pour les électeurs. L'enjeu national des élections européennes pour les forces politiques françaises est ainsi essentiellement symbolique, ce qui ne signifie pas qu'il est faible : c'est une sorte de super sondage qui marque leur influence politique à un moment donné. Ce qui pousse chacun à se compter, d'autant plus qu'il n'y aura sans doute pas d'autres consultations électorales avant les échéances de 2007 (municipales, présidentielle et législatives).

A priori, pas d'autres consultations électorales avant 2007

A gauche, le Parti socialiste peut espérer capitaliser, comme aux régionales et aux cantonales, le mécontentement antigouvernemental et obtenir son meilleur résultat à ce type d'élection. Le succès serait incontestable s'il atteignait 25% (1999 : 21,9% avec le PRG et le MDC) et arrivait en tête dans les 7 circonscriptions de France métropolitaine. L'autorité de son premier secrétaire en serait renforcée. L'ampleur de la domination socialiste au sein de la gauche devra aussi retenir l'attention.

Pour les Verts, le scrutin risque de faire apparaître un recul par rapport au résultat de 1999 (9,7%) obtenu par Daniel Cohn-Bendit. Dans ce cas, les partisans d'un rapprochement avec le PS se trouveraient renforcés par rapport à la direction actuelle. Le Parti communiste lutte pour sa survie, risquant fort d'être en recul sur le résultat de Robert Hue en 1999 (6,8%). Il lui faut impérativement devancer l'alliance LO-LCR et sauver quelques sièges. Pour l'alliance LO-LCR, après l'échec des régionales, l'objectif est d'obtenir au moins 1 ou 2 élus et devancer le PC, afin de s'imposer comme la force principale de la gauche anticapitaliste. Mais le risque est grand pour les trotskistes de l'alliance LO-LCR, comme pour les communistes, d'être encore en recul sur les régionales de par la concurrence des listes PT et Euro-Palestine. Un échec du PC accentuerait sa crise et ses divisions. Pour le couple LO-LCR, un nouvel échec marquerait très probablement la fin de l'alliance.

Pour l'UMP, la succession d'Alain Juppé en jeu

A droite, les enjeux sont au moins aussi lourds. Le résultat de l'UMP aura une importance majeure en vue de la succession d'Alain Juppé à la présidence et pour le maintien du Premier ministre à son poste. Si le résultat est supérieur à 18%, le Premier ministre pourrait estimer ne pas être désavoué dans un scrutin marqué par une assez forte dispersion. La comparaison sera immédiatement faite avec le mauvais résultat de Nicolas Sarkozy en 1999 (12,8%), affaiblissant son éventuelle candidature à la présidence de l'UMP. De plus, un résultat de cet ordre pourrait permettre de limiter l'écart avec le PS - dont tout le monde s'attend à ce qu'il arrive en tête - et de creuser l'écart avec l'UDF et les souverainistes. Mais inversement, un résultat à 16% ou moins apparaîtrait comme un nouvel échec indiscutable, rendant difficile le maintien à Matignon de Jean-Pierre Raffarin et faisant apparaître Nicolas Sarkozy comme le seul sauveur possible en vue des échéances de 2007.

Pour François Bayrou (UDF), il est impératif de dépasser son résultat de 1999 (9,3%) pour maintenir la crédibilité de sa stratégie présidentielle après son échec des régionales en Aquitaine. En ce qui concerne les souverainistes, leurs résultats, même cumulés (MPF+RPF) seront sans doute en deçà des 12-13% de 1994 et 1999. Mais s'il arrivait en tête de la droite dans la grande région Ouest, en concurrence avec le général Philippe Morillon (UDF), Roselyne Bachelot (UMP) et Michel Hunault (UMP dissident), l'élection serait un succès pour Philippe de Villiers. Pour Charles Pasqua, le seul objectif est de sauver son siège.

Des élections traditionnellement peu favorables au FN

On doit remarquer que l'extrême droite n'a jamais dépassé les 12% aux élections européennes en France (maximum 11,7% en 1989). Ces élections ne lui sont pas particulièrement favorables car elle a du mal à y mobiliser son électorat populaire et elle subit depuis 1994 la concurrence des souverainistes dans l'électorat de droite antieuropéen. Ces élections devraient donc lui être moins favorables que les régionales. Le Front national est assuré de dépasser largement son résultat catastrophique de 1999 (5,7%), obtenu en pleine crise après la scission du MNR de Bruno Mégret. Mais pour ne pas être considéré comme un échec, son résultat devra être supérieur à 10%.

Pour les autres listes, notamment les chasseurs de CPNT, l'objectif sera de décrocher au moins un siège, afin de ne pas disparaître complètement, comme aux régionales.

Une participation influencée par le niveau d'impopularité du gouvernement ?

La participation électorale est elle aussi un enjeu de ces élections où elle est traditionnellement faible. Elle sera probablement en recul sur celle des régionales de mars. Mais si elle est en net redressement par rapport à 1999 (47,8%) et peut-être même supérieure à celle de 1994, alors on aurait la confirmation que la participation électorale à ces élections, comme à toutes les élections intermédiaires en général, est fortement influencée par le niveau d'impopularité du pouvoir gouvernemental : plus l'impopularité est grande, plus nombreux sont alors les électeurs qui utilisent ce scrutin pour exprimer leur insatisfaction.


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Brice Teinturier
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Pierre MARTIN
Chercheur au CNRS



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