Le 1er
novembre 2003 - Réalisée
avant la polémique sur le jour férié,
la dernière vague de notre baromètre confirme
le discrédit dont souffre le couple exécutif
auprès de l'opinion. Avec 33% de confiance (-4),
Jean-Pierre
Raffarin perd 4 points par rapport au mois précédent.
Depuis le début de l'année, la cote de confiance
du Premier ministre a ainsi perdu 25 points, dont près
de la moitié (12) sur les trois derniers mois.
Fait très marquant ce mois-ci : ce mouvement
à la baisse affecte significativement Jacques
Chirac dont la cote de confiance chute de 3 points
pour s'établir à 40% - le plus bas niveau
de confiance depuis mai 1997. A l'inverse du mois dernier,
cette tendance baissière profite à l'ensemble
de l'opposition : toutes les personnalités
politiques de gauche voient leur cote d'avenir prendre
des couleurs, notamment Martine
Aubry. A droite, François
Bayrou s'invite dans le tiercé de tête
des personnalités d'avenir, loin derrière
Nicolas
Sarkozy, mais désormais devant Jean-Pierre
Raffarin. Enfin, dans un climat général
qui verse clairement dans le pessimisme, les Français
se montrent de plus en plus inquiets en matière
de lutte contre le chômage : la quasi-totalité
d'entre eux (88%) jugent inefficace l'action du gouvernement
en la matière - un niveau record jamais atteint
depuis mai 1997. Tels sont les principaux enseignements
de la dernière vague de notre baromètre
mensuel réalisé pour Le Figaro Magazine.
Jacques
Chirac à son plus bas niveau depuis la dissolution
de 1997
Réalisée
juste après son déplacement à Valenciennes,
la vague de novembre de notre baromètre ne traduit
pas dans l'opinion de mouvement en faveur de Jacques Chirac,
bien au contraire. Avec 40% (-3) de jugements positifs,
contre 59% (+5), la confiance que lui accordent les Français
est à son plus bas niveau depuis sa réélection
et égalise son niveau d'avril 2002.
En outre,
c'est là le plus faible niveau de confiance qu'enregistre
Jacques Chirac depuis mai 1997 (38%), juste avant la dissolution
de l'Assemblée nationale.
Hormis les
sympathisants de gauche (18%), les ouvriers (26%, -11),
les 35-49 ans (29%, -9), les professions intermédiaires
(33%, -9), les cadres et professions intellectuelles (33%,
-4) et les jeunes de 18-24 ans (33%, +3) sont les catégories
qui accordent la plus faible confiance envers le locataire
de l'Elysée.
L'automne
en pente raide pour Jean-Pierre Raffarin
En lui accordant
33% (-4) de confiance, contre 64% (+5), l'opinion confirme
son désamour pour Jean-Pierre Raffarin. Elle s'en
détourne à un rythme accéléré :
depuis le début de l'année, la cote de confiance
du Premier ministre a ainsi perdu 25 points, dont près
de la moitié (12) sur les trois derniers mois.
Principales
catégories qui accordent le moins leur confiance
à Jean-Pierre Raffarin : les ouvriers (18%,
-6) et les 18-24 ans (20%, -5). Symbole s'il en est du
désarroi de l'opinion : c'est la première
fois depuis son entrée à Matignon que Jean-Pierre
Raffarin obtient un solde de confiance négatif
auprès des plus de 65 ans (43% de confiance contre
52%), soit une baisse de 5 points en un mois. Seule catégorie
auprès de laquelle il peut trouver un peu de réconfort :
les sympathisants de droite, auprès desquels il
augmente son capital de confiance par rapport au mois
dernier (67%, +5).
Hausse du
prix du gazole et des taxes sur le tabac, augmentation
du chômage, suppression de l'allocation pour les
chômeurs de longue durée en fin de droit,
débat sur les 35 heures, tels sont quelques-uns
des facteurs influant sur la chute de la cote de confiance
du Premier ministre auprès de l'opinion. A noter :
notre étude a été réalisée
avant la polémique sur la suppression d'un jour
férié.
Depuis 1978,
4 Premiers ministres ont atteint et dépassé
ce seuil. Alain
Juppé et Edith
Cresson l'ont atteint seulement quelques mois
après leur entrée en fonction, et ce sans
pouvoir remonter la pente. Pour Pierre
Mauroy, ce seuil (juin 1983) correspond au tournant
de la rigueur et marque son entrée dans une impopularité
chronique jusqu'à son remplacement par Laurent
Fabius en juillet 1984. Enfin, le cas de Raymond
Barre est particulier : si sa cote de confiance
atteint les 33% en septembre 1979, c'est pour remonter,
puis baisser de nouveau par la suite.
Forte progression
de François Bayrou et Martine Aubry
Ce mois-ci,
toutes les personnalités politiques de gauche,
tous bords confondus, voient leur cote d'avenir augmenter,
à l'exception de Bernard Kouchner qui en restant
stable par rapport au mois dernier culmine à 53%.
Derrière
lui, Jack Lang (47%, +1) et Bertrand Delanoë (43%,
+1) progressent légèrement, tandis que Ségolène
Royal (38%, +6) et surtout Martine Aubry (33%, +9) progressent
fortement ce mois-ci. Une progression à l'origine
de laquelle le débat sur les 35 heures, et par
conséquent, le retour médiatique de l'ancienne
ministre de Lionel Jospin, n'est sûrement pas étranger.
A droite,
Nicolas Sarkozy caracole en tête (54%). Mais il
est désormais secondé par François
Bayrou (37%, +5) qui engrange là en terme de popularité
le bras de fer engagé avec le gouvernement à
propos du vote du budget. A l'inverse, Jean-Pierre Raffarin
baisse fortement (33%, -6) et ne devance désormais
que d'une courte tête Dominique de Villepin (31%,
+3), Luc Ferry (31%, +3) et Michèle Alliot-Marie
(30%, +2). .
Prime au
PS, aux Verts et à l'UDF
L'opinion semble ce mois-ci accorder
une prime aux partis exprimant une position alternative. Principaux bénéficiaires :
les partis d'opposition. Le
PS recueille ainsi 46% de jugements positifs et progresse de 8 points,
tandis que les
Verts progressent dans une moindre proportion (46%, +4). Le
PC reste en panne (20% de jugements favorables, -1). Autre bénéficiaire
des faveurs de l'opinion : l'UDF,
qui recueille 40% de jugements favorables et progresse de 3 points. Petit bémol :
dans le même temps, les jugements négatifs de l'opinion envers la
formation de François Bayrou sont également en progression (47%,
+2). Quant à l'UMP,
elle reste stable avec 35% de bonnes opinions, mais les jugements négatifs
à son égard progressent de 3 points (52%). Avec 10% de bonnes opinions,
le Front
national recule de 4 points ce mois-ci.
Aggravation
du pessimisme général
De manière
générale, un peu plus de 3 Français
sur 4 (77%, -1) ont l'impression que les choses ont tendance
à aller plus mal, contre 11% (=). Après
une aggravation du pessimisme, on assiste ce mois-ci à
une relative stabilité. Au global, il s'agit d'un
niveau particulièrement élevé, jamais
atteint depuis décembre 1996, mis à part
le cas particulier de mai 2002.
Principales
catégories qui broient du noir : les ouvriers
(91%), les commerçants et artisans (87%) ;
les sympathisants de gauche (86%), les 25-34 ans (85%)
et les employés (83%).
Fortes
inquiétudes sur le front du chômage
Comme priorité
d'action gouvernementale, la lutte contre le chômage
domine fortement (47%, +5) dans l'opinion, devant la lutte
contre la violence et la criminalité (22%, -2).
Une préoccupation qui progresse auprès de
l'ensemble des catégories, et qui reste particulièrement
prégnante chez les jeunes (51%, +12), les sympathisants
de gauche (54%, +1) et les cadres et professions intellectuelles
(58%, +7). Dans ce contexte, 88% des personnes interrogées,
contre 10%, jugent inefficace l'action du gouvernement
en matière de lutte contre le chômage - un
record depuis mai 1997, mois où ils étaient
alors 91% à partager cet avis.
Dans le même
temps, en restant au même niveau que le mois dernier
(14%), la lutte contre la hausse des prix se maintient
comme sujet d'inquiétude pour l'opinion. Elle accède
à un niveau jamais atteint depuis novembre 2000
(20%). Principales catégories préoccupées
par la lutte contre la hausse des prix : les ouvriers
(22%) ; les commerçants et artisans (16%) ;
les 25-34 ans (16%).
Sylvain LEFORT