Les représentations des électorats
vis-à-vis de la politique



Le 1er novembre 1999 - L'étude qualitative réalisée pour le compte de la Mairie de Venissieux dresse un constat mitigé des représentations qu'entretiennent les Français avec la politique. La politique en tant que système de décision et de participation des citoyens reste fortement valorisée. De plus, même si l'internationalisation de l'économie suscite des inquiétudes quant aux marges de manouvres des acteurs politiques aujourd'hui, elle ne débouche pas sur une remise en cause des attributions dévolues au politique, bien au contraire. On attend plus de volontarisme de la part des acteurs politiques et l'affirmation de leur capacité à réguler l'économie. Il n'en reste pas moins vrai qu'aujourd'hui, le contrat passé entre gouvernants et gouvernés est de moins en mois opérant, traduisant ici une crise de la représentation politique plus que de la politique. Dans ce contexte, les personnes interrogées formulent deux types de demandes : présence accru des responsables politique nationaux et participation plus grande des citoyens à la décision.

L'attachement des Français au système politique reste élevé.En effet, la politique est au fondement de l'organisation économique et sociale et remplit trois fonctions essentielles aux yeux des interviewés: produire des décisions et des orientations communes, gérer et répartir les richesses du pays dans un souci de cohésion et de justice sociale et, plus minoritairement, faire vivre la pluralité du débat d'idées.

Autre signe d'attachement au système politique, le vote s'apparente à un devoir moral pour le citoyen et marque un sentiment d'appartenance à une communauté. Mais si le vote est un devoir pour le citoyen, il a aussi pour fonction d'assigner à l'élu le respect de ses engagements électoraux. Le vote signe en ce sens un engagement contractuel entre l'électeur et l'élu.

Enfin, les fondements idéologiques de la vie politique, structurés autour des notions de gauche et de droite ne sont pas remis en cause par les interviewés ; la plupart se reconnaissent toujours dans ces notions. Toutefois, les territoires de valeurs des interviewés se révèlent de plus en plus mouvants, et les notions de droite et de gauche semblent de moins en moins incarnées par une politique et un Gouvernement. Cette situation traduit une crise plus profonde de l'offre politique.

Le contrat électoral en tant que mécanisme de représentation et de délégation n'apparaît plus en effet opérant. C'est par conséquent bien plus une crise de la représentation politique que de l'action politique qui est en jeu, cette crise se manifestant autour des quatre points suivants.

Les électeurs n'arrivent plus à choisir entre des alternatives politiques lisibles et différenciée. L'image et la crédibilité des partis de gouvernement apparaissent affaiblies par l'effet d'usure des alternances politiques. Le débat politique actuel n'apparaît plus structuré autour du clivage gauche/droite et les partis de gouvernement souffrent aujourd'hui d'une image profondément indifférenciée. Les partis politiques ne jouent plus le rôle de laboratoire d'idées et apparaissent essentiellement motivés par la recherche du pouvoir.

L'action des gouvernants souffre d'un manque d'efficacité, qui renvoie à la fois à la perception d'un trop grand immobilisme politique, mais aussi à l'étroitesse des marges de manouvre du politique, face au poids jugé grandissant des acteurs économiques.

Les citoyens se sentent totalement coupés de leurs gouvernants, qui apparaissent comme une caste corrompue et fermée sur elle-même.

Enfin, la participation des citoyens au débat politique est freinée par la dilution des pouvoirs intermédiaires : les partis politiques ne jouent pas leur rôle de porte-parole et de contre-pouvoir, le pouvoir législatif apparaît absent des perceptions  et le mouvement social apparaît comme un moyen de se faire entendre et d'exister dans le débat politique, mais pour une partie de l'électorat de gauche seulement.

Dans ce contexte, seul le maire représente un point d'ancrage positif dans le rapport des interviewés à la politique. Il apparaît comme une figure apolitique, comme un gestionnaire proche de ses administrés et accessible ; il est perçu à l'écart des querelles partisanes de la classe politique.

Au total, cette crise de la représentation politique débouche sur une demande de visibilité accrue des représentants politiques nationaux sur le terrain et, plus ponctuellement, sur une demande de participation des citoyens à la vie politique (consultations, référendums). Enfin, au-delà de cette démarche de proximité, il apparaît aujourd'hui nécessaire de réintroduire de la pédagogie et du volontarisme dans le discours politique.

Claire DE BEIR


Fiche Technique : Etude réalisée en face-à-face du 22 septembre au 2 octobre 1999 pour la Mairie de Vénissieux auprès de 34 entretiens individuels approfondis auprès des classes moyennes et populaires.

Téléchargez l'ensemble des résultats de cette étude au format .pdf


Plus d'informations :
Carine Marcé
Département Politique et Opinion
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