Le 1er décembre 2000 - La passe d'armes entre Jacques Chirac et Lionel Jospin sur le farines animales, si elle a affolé les cantines et les boucheries, n'a pas eu de réel impact sur la popularité de l'exécutif. A première vue, en tout cas. C'est en effet la stabilité qui prédomine dans ce baromètre de décembre ; pas de refroidissement du climat d'opinion, mais pas non plus de rattrapage de la bourrasque d'octobre qui a entraîné une dépression brutale de l'indice de confiance : à +14 aujourd'hui comme en novembre, la France n'a pas retrouvé son optimisme printanier et estival. Mais on pourrait aussi se féliciter que la crise des farines n'ait pas entamé davantage l'humeur des Français compte tenu de leur sensibilité à la sécurité alimentaire.

Apparemment, la popularité de ceux qui ont suscité ou géré la crise n'est pas bousculée : le Président et le Premier ministre voient leur score de confiance évoluer de manière peu sensible. Mais pour le premier, qui a pris l'initiative d'alerter l'opinion et de demander des mesures drastiques, le bénéfice apparaît plutôt négatif puisqu'il perd deux points de confiance (de 49% à 47%), soit une cote de nouveau légèrement négative (-2). On discerne même un durcissement politique des opinions à son égard puisqu'il perd 10 points (de 42% à 32%) chez des sympathisants de gauche qui lui reprochent sans doute son imprudence, tandis que le bénéfice à droite demeure modeste : 68% de confiance contre 66% le mois dernier.

Pour Lionel Jospin, l'évolution est également modeste mais mieux orientée : +1 point de confiance et -2 points de défiance, soit une cote qui progresse de +18 à +21. Mieux soutenu dans son propre camp que Jacques Chirac (79% à gauche), le Premier ministre gagne également des points à droite (de 38% à 41%), ce qui indique que dans cette bataille rapide mais violente qui a ébranlé la cohabitation, le Président rassemble moins l'opinion sur son initiative que le Premier ministre sur sa réaction. Et il a irrité un électorat de gauche (qui, certes, lui importe peu pour l'instant) en essayant de déstabiliser son champion.

D'autres personnalités ou partis politiques tirent-ils avantage de ce changement de physionomie de la cohabitation ? Là aussi la stabilité prédomine, même si l'opposition voit plus souvent ses leaders progresser que la gauche. Quant aux partis, on notera que le RPR est aujourd'hui moins populaire que l'UDF dans l'opinion (30% contre 31%) et que sa présidente, Michèle Alliot-Marie, recule de 3 points. En revanche, les Verts enregistrent un score exceptionnel dans leur histoire puisque 51% des Français déclarent en avoir une bonne opinion (contre 38%). S'il faut trouver un bénéficiaire de la " crise des farines ", le parti de Dominique Voynet est le candidat le plus plausible. et le plus naturel.

Didier WITKOWSKI


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