Le 6 décembre 2001 - La dernière vague de notre baromètre politique réalisé pour Le Figaro-Magazine connaît ce mois-ci des évolutions paradoxales. Premier point remarquable : le jugement des Français sur la situation du pays est le plus pessimiste enregistré depuis janvier 1998. Les annonces de hausse du chômage, de licenciements et les manifestations de policiers qui constituent la toile de fond de la réalisation de notre enquête expliquent en partie ce pessimisme. Pour autant, l'opinion ne semble pas en tenir rigueur au Premier ministre, dont la cote de confiance ne baisse que d'un point ce mois-ci, ni aux principales personnalités de son gouvernement - Elisabeth Guigou voit sa cote se redresser de 4 points - ni aux partis de la majorité. Inversement, la cote de confiance du chef de l'Etat - pourtant a priori moins exposé sur ces questions intérieures - baisse sensiblement ce mois-ci (- 6 points) - baisse dont on peut trouver la source dans l'atténuation des effets du 11 septembre dans l'opinion. Tels sont les principaux enseignements de la vague de décembre de notre baromètre mensuel.

Popularité de l'exécutif : retour à l'avant-11 septembre pour Jacques Chirac

Jacques Chirac retrouve ce mois-ci un niveau de confiance comparable à ceux enregistrés avant les événements du 11 septembre. La cote de confiance de Jacques Chirac baisse ainsi de 6 points, 50% des personnes interrogées lui faisant confiance, contre 48% (+7). On peut l'expliquer par une baisse mécanique due à l'atténuation progressive de l'effet 11-septembre dans l'opinion. Effet qui avait particulièrement profité au Président de la République en termes de popularité, étant donné ses prérogatives en matière de politique internationale. Les plus fortes baisses de confiance envers Jacques Chirac ce mois-ci concernent les femmes (-12 points par rapport à novembre), les ouvriers (-11), les plus de 65 ans (-11), les cadres et intellectuels (-8) et les jeunes (-8).

Dans le même temps, Lionel Jospin reste quasiment stable, 52% (-1) des interviewés lui faisant confiance, contre 45% (+1). C'est un retour à la situation classique enregistrée par notre baromètre qui s'effectue dans l'opinion : mis à part le phénomène enregistré en novembre dernier, le Premier ministre retrouve ce mois-ci un niveau de confiance légèrement supérieur à celui du Président de la République.

Moral au plus bas depuis janvier 1998

La dégradation de la perception du climat économique et social se poursuit ce mois-ci. 64% des personnes interrogées pensent que les choses ont tendance à aller plus mal ce mois-ci, contre 19%. Les pessimistes se recrutent parmi les sympathisants de droite (74%), les commerçants et artisans (72%), les employés (69%), les ouvriers (69%) et les femmes (67%).

Le nombre de pessimistes augmente régulièrement depuis la fin de l'été : 53% en août, 54% en septembre, 56% en octobre, 61% en novembre. Jamais la part des pessimistes n'avait été aussi importante depuis janvier 1998 (66%). Rappelons qu'en janvier dernier, les pessimistes ne représentaient " que " 47% des personnes interrogées.

Accentuation des préoccupations sécuritaires

Parmi les domaines dont le gouvernement devrait s'occuper en priorité, la lutte contre la violence et la criminalité recueille l'assentiment de 55% des personnes interrogées (+5), devant la lutte contre le chômage (28%, -3). Rappelons que la période de réalisation de notre enquête a été marquée par les manifestations répétées de policiers, ce qui pourrait expliquer pour partie l'ampleur de la hausse de cette préoccupation ce mois-ci. Reste qu'on observe depuis décembre 2000 dans l'opinion la montée progressive de cette préoccupation, à un point tel que la lutte contre le chômage - domaine largement prioritaire dans l'opinion telle que l'enregistre notre baromètre depuis janvier 1980 - est reléguée au second plan. L'action du gouvernement en ce domaine ne subit qu'une très légère dégradation dans les jugements par rapport au mois dernier, 27% la jugeant très ou assez efficace (=), 71% (+1) pas très ou pas efficace du tout.

Partis et personnalités de gauche épargnés par l'opinion

Dans ce contexte - également marqué par l'annonce d'une hausse du chômage - il peut paraître paradoxal de constater que ni le Premier ministre, ni les principales personnalités de gauche en charge des affaires du pays, ni les partis de la gauche plurielle ne voient leur niveau de confiance baisser ce mois-ci. Ainsi, parmi les personnalités de gauche que les personnes interrogées souhaiteraient voir jouer un rôle important dans les années à venir, Elisabeth Guigou (+4, 44%), Michel Rocard (+3, 25%), Ségolène Royal (+2, 47%) et Jack Lang (+2, 46%) enregistrent les plus fortes hausses. La popularité des autres personnalités de gauche augmente légèrement ou stagne. Seuls Claude Allègre, François Hollande et Catherine Trautman voient chacun leur cote baisser d'un point (respectivement 30%, 26% et 26%). Inversement, on observe à droite un mouvement parfaitement symétrique : la plupart de personnalités sont à la baisse (Nicolas Sarkozy, 25%, -5 ; Jean-Louis Debré, 14%, -2 ; Michèle Alliot-Marie, 21%, -2). Seuls Philippe Douste-Blazy, Alain Juppé, Edouard Balladur et Jean-Marie Le Pen voient leur cote augmenter ce mois-ci.(respectivement +1, +1, +2 et +2).

Même constat pour ce qui est des partis politiques : l'image des partis de la gauche plurielle s'améliore significativement, tandis que celle des partis de l'opposition s'affaiblit. Le PS, les Verts et le PC gagnent chacun 4 points de bonnes opinions (respectivement 53%, 49% et 30%). Inversement, l'UDF (-2) et le RPR (-1) voient leur image s'effriter ce mois-ci (respectivement, 32% et 38% de bonnes opinions).

Sylvain LEFORT


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