Les perspectives des Français pour 2001

 

Le 2 janvier 2001 - En dépit d'un léger fléchissement par rapport aux niveaux records de l'an dernier, les pronostics des Français pour 2001 restent très optimistes. Si la poursuite de l'amélioration de la situation économique de la France est largement alimentée par les perspectives encourageantes de l'emploi, les Français privilégient toutefois le statu quo pour ce qui concerne leur situation personnelle en raison, notamment, de doutes persistants sur l'évolution de leur pouvoir d'achat. Ils continuent par ailleurs d'accorder leur confiance au gouvernement de Lionel Jospin pour améliorer la situation économique. Tels sont les principaux enseignements de l'étude réalisée par la Sofres pour le magazine Challenges.

Un optimisme soutenu par les perspectives encourageantes de l'emploi

49% des personnes interrogées à la mi-novembre 2000 estiment que la situation de l'économie française " va rester la même " en 2001, 29% qu'elle va s'améliorer et 19% qu'elle va se détériorer. En léger retrait par rapport à la fin de l'an dernier, ces pronostics restent toutefois très optimistes. Les pronostics d'amélioration (29%) sont certes inférieurs de 7 points à ceux enregistrés fin 1999 (le plus haut niveau enregistré par cet indicateur depuis 1985), mais ils retrouvent leur deuxième record historique de la fin 1997. Les pronostics de dégradation de la situation économique se situent pour leur part au niveau le plus bas depuis 1985, et très loin du pessimisme majoritaire du début des années 1990. L'année 2000 a été marquée par une forte progression de l'emploi et de l'activité économique, mais aussi par un ralentissement de la consommation à partir du printemps, et par les conséquences de la hausse des prix des carburants et de la baisse de l'euro sur le pouvoir d'achat des ménages. Des éléments qui peuvent expliquer ce fléchissement.

Alors que les conjoncturistes prévoient un ralentissement de l'activité économique tant aux Etats-Unis qu'en Europe, les Français demeurent donc optimistes. Un moral largement alimenté par les perspectives encourageantes de l'emploi : 38% d'entre eux estiment en effet que le chômage va diminuer en 2001 (+6 points par rapport à 1999), 43% qu'il restera stable (-1) et seulement 16% qu'il va augmenter (-6). Cet indicateur est à son plus haut niveau depuis 1996.

Les catégories de la population les plus optimistes au sujet de l'activité économique comme du chômage sont les jeunes, les cadres supérieurs et les personnes disposant des plus hauts revenus. Les sympathisants de gauche, et notamment ceux du PS, sont pour leur part plus optimistes que ceux de droite, confirmant ainsi, au-delà de la structure sociologique de ce groupe, que lorsque la majorité que l'on soutient est au pouvoir, on tend à se montrer plus optimiste.

Le gouvernement bénéficie toujours d'un soutien majoritaire

D'ailleurs, c'est à gauche que culmine la confiance manifestée au gouvernement de Lionel Jospin pour améliorer la situation de l'économie française : 81% des sympathisants de gauche la lui accordent, pour seulement 26% de ceux de droite. Ce soutien massif ne doit toutefois pas cacher celui, plus faible, des sympathisants du PC (53%) et des écologistes (57%), de même que les interrogations des catégories populaires, plus partagées : respectivement 48% et 49% des employés et des ouvriers lui manifestent leur confiance (contre 45%). Dans l'ensemble de la population, si une majorité des personnes interrogées (51%) continue d'accorder sa confiance au gouvernement, 42% ont un avis contraire. Les jugements atteignent ici leur plus bas niveau depuis 1997 (55% de confiance fin 1997, 56% en 1998 et 1999). Notons que 7% des personnes interrogés ne se prononcent pas, témoignant d'un attentisme plus fort que les années précédentes.

On peut lire ce résultat de plusieurs manières. Considérer que 3 ans et demi après son arrivée à Matignon, Lionel Jospin a évité de sombrer dans les affres du rejet et du mécontentement de l'opinion, phénomène exceptionnel pour un Premier ministre sous la Véme République. Sa cote de popularité en témoigne. Considérer qu'à l'approche d'échéances électorales capitales, se produit une cristallisation de l'opinion, et que les sympathisants de droite rejoignent peu à peu le camp des opposants. Considérer enfin que le mécontentement manifesté à l'automne 2000 témoigne de certaines demandes de l'opinion non satisfaites, notamment en matière de pouvoir d'achat, et que les jugements moins positifs enregistrés à la fin de l'année 2000 en portent les traces. D'autant plus que les baisses d'impôts annoncées par Laurent Fabius au courant de l'été ont été court-circuitées médiatiquement par les hausses du prix des carburants, et juridiquement, voici quelques jours, par l'avis du Conseil Constitutionnel au sujet de la baisse de la CSG sur les bas salaires.

Des perspectives personnelles moins encourageantes notamment pour les retraités, inquiets de l'évolution de leur pouvoir d'achat

De même que la situation de l'emploi alimente les jugements sur les perspectives économiques du pays, l'évolution du pouvoir d'achat influence les jugements sur la situation personnelle des Français. Et l'on constate qu'à la fin de l'année 2000, les personnes interrogées, plus encore que l'année précédente, envisagent un statu quo (59% pour 51% fin 1999), 27% optant pour une amélioration de leur situation personnelle (-2) et 13% une détérioration (-6). Les jeunes et les chômeurs, plus sensibles aux questions d'emploi dans la mesure où ils sont les premiers bénéficiaires de la baisse du chômage, sont les plus optimistes pour leur propre situation et se montrent même enthousiastes (65% des jeunes et 61% des chômeurs espèrent une amélioration). En revanche, les espoirs d'amélioration se réduisent à mesure que l'âge des enquêtés augmente et les retraités sont les plus pessimistes. Sur ce point, sympathisants de gauche et de droite envisagent leur propre avenir de manière identique.

Même si cette inquiétude est traditionnelle, les retraités s'inquiètent, plus que les autres, de l'évolution de leur pouvoir d'achat : 32% estiment ainsi qu'il va diminuer l'an prochain, 9% seulement augmenter, et 58% rester stable. Ils se montrent ainsi bien plus pessimistes sur ce sujet que l'ensemble de la population qui, dans son ensemble, ne nourrit que de faibles espoirs : 18% envisagent une augmentation, 22% une diminution, et 59% une stabilité. Ces doutes constituent un des éléments majeurs de l'appréciation de la situation personnelle, et l'on constate que les jeunes, plus aptes à tirer profit des créations d'emploi et à les transformer mécaniquement en pouvoir d'achat, se montrent une fois encore les plus optimistes, les catégories populaires se distinguant peu, sur ce point, des cadres supérieurs et professions intermédiaires.

Au total, cette étude confirme les bonnes dispositions des Français pour 2001. Certaines catégories de la population - jeunes et chômeurs notamment - espèrent directement en tirer profit. Pour les autres, notamment ceux qui sont en situation activité, la question du pouvoir d'achat reste centrale. Et sur ce point, les perspectives ne sont pas, selon eux, des plus encourageantes, même si le statu quo devrait l'emporter. Dans sa " Note de conjoncture " de décembre 2000, l'INSEE prévoit toutefois " une accélération notable " du pouvoir d'achat des ménages dans le courant de l'année, en raison d'un " redressement des salaires ", de la baisse des prélèvements fiscaux mais aussi de " la légère baisse de l'inflation ".

Enfin, les retraités sont, de loin, les plus pessimistes. Pronostiquant, plus que les autres catégories de la population, une dégradation de leur situation personnelle et une diminution de leur pouvoir d'achat, ils ne manqueront pas de s'inquiéter des négociations sur l'avenir des retraites complémentaires entre le MEDEF et les syndicats, actuellement dans l'impasse, qui occuperont l'actualité de ce début d'année. Avec une autre inquiétude en point de mire qui devrait, elle aussi, enfler au cours de l'année et les toucher plus que les autres catégories de la population : le remplacement définitif du franc par l'Euro.

Stéphane Marcel


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Carine Marcé
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