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L'avenir dans l'Espace rhénan
vu par les Allemands, Suisses et Français
qui y résident
Le 2 février 2006 - Notre étude réalisée pour la Fondation Entente Franco-allemande porte sur la perception de l'avenir dans l'Espace rhénan par les Allemands, Suisses et Français qui y résident. L'Espace rhénan est un espace transfrontalier qui regroupe les régions proches du Rhin d'Allemagne, de Suisse et de France. La couverture géographique de l'étude s'étend au Pays de Bade, au Palatinat, à la Sarre, à la région de Bâle ainsi qu'à l'Alsace et à la Moselle.
Principaux enseignements :
- Notre étude confirme l'existence d'un socle de valeurs et de préoccupations communes dans l'Espace rhénan, de part et d'autre des frontières, auprès d'une population mobile mais encore imparfaitement bilingue ;
- La confiance en la coopération transfrontalière en ce qui concerne l'amélioration de l'avenir des jeunes de la région, lesquels envisagent principalement de construire leur avenir au sein de leur espace national et régional (y compris mais non limité à l'Espace rhénan).
- Le souhait de voir renforcer la coopération transfrontalière, autour des objectifs prioritaires suivants: favoriser le bilinguisme ; mettre en place un plan de développement économique régional transfrontalier ; assurer l'amélioration des liaisons routières.
Les habitants de l'Espace rhénan :
une population mobile, mais très partiellement bilingue
Tous motifs confondus, 19% des habitants de l'Espace rhénan se rendent dans un autre pays de l'Espace rhénan au moins une fois par semaine. Seuls 10% ne traversent jamais les frontières.
Le premier motif de déplacement sont les loisirs (seuls 17% des habitants ne se sont jamais rendus dans un autre pays de l'Espace rhénan pour leurs loisirs). En revanche, les déplacements transfrontaliers à but professionnel ne concernent que 30% des actifs. 4% d'entre eux se déplacent tout de même de façon quotidienne pour leur travail.
Les populations les plus mobiles d'un pays à l'autre sont les jeunes, les professions intermédiaires et les ouvriers ainsi que les habitants de la Sarre/Rhénanie-Palatinat (29%) et de l'Alsace (21%).
Seul un quart environ (26%) des habitants de l'Espace rhénan parlent bien ou couramment une autre langue de l'Espace rhénan (allemand ou français) en plus de leur langue maternelle. 37% de ces habitants ne parlent pas du tout de seconde langue de l'Espace rhénan.
Les populations les plus douées pour le bilinguisme français-allemand sont, dans une certaine mesure, les jeunes de 16 à 24 ans (32% parlent " assez bien " ou " couramment " cette seconde langue) et les seniors (30% des 65 ans et plus), mais également les professions supérieures (41%) et les étudiants (43%), les Français (43%) et les Suisses (37%) ainsi que les habitants effectuant des déplacements transfrontaliers fréquents (46%). Les Allemands sont seulement 12% à parler " assez bien " ou " couramment " le français.
Un espace partageant des valeurs et des préoccupations communes
Les personnes interrogées se définissent d'abord comme citoyens de leur pays (48%), puis de leur commune (39%), puis de l'Europe (34%). Cependant l'appartenance à leur région, comprise comme englobant les pays voisins de l'Espace rhénan, recueille 31% de citations, devant le fait d'être citoyen du monde (22%) ou citoyen de sa région, de son Land ou de son canton (21%). Les catégories se voyant le plus comme citoyens d'un espace transfrontalier sont les chefs d'entreprises et professions libérales (46%) ainsi que les Allemands (37%).
Le sentiment d'appartenance dominant n'est pas le même selon les pays. En Allemagne, c'est l'appartenance à sa commune (50%) puis au pays (43%) qui prévaut. En Suisse, l'appartenance au pays devance largement les autres (59%). En France enfin, le sentiment d'appartenance au pays arrive en tête des citations (51%), mais le sentiment européen (41%) et plus encore d'appartenance à la région (34%) y sont plus développés qu'ailleurs.
Dans l'ensemble, les habitants de l'Espace rhénan, qu'ils soient Allemands, Suisses ou Français, partagent des valeurs identiques. Etre en bonne santé (77%), avoir du temps pour sa famille (64%) et avoir un emploi (52%) sont, dans cet ordre, leurs trois priorités principales. Cela est vrai tant dans l'ensemble de la région que dans chacun des pays qui la composent. Chez les jeunes, l'emploi est cependant la priorité n°1 (64%).
Les habitants de l'Espace rhénan ont des sujets de préoccupation voisins pour les 5 ans à venir, avec cependant des nuances plus prononcées par pays. Le chômage est la préoccupation n°1 au global (49%) et dans chaque pays, suivi par les maladies graves, n°2 au global (43%), en Allemagne (47%) ainsi qu'en Suisse (43%).
En revanche, les Français sont plus particulièrement préoccupés par la violence et l'insécurité (conséquence probable des violences urbaines du mois de novembre 2005) mais moins inquiets au sujet des menaces de guerre et de terrorisme, et les Suisses sont moins préoccupés par le problème du financement des retraites que leurs voisins Allemands et Français.
La coopération transfrontalière moteur du développement régional
Lorsqu'on leur demande de citer spontanément des noms d'organisations ou d'institutions impliquées dans la coopération transfrontalière, les répondants citent d'abord des ONG et associations (14%), des institutions ou programmes de l'Union Européenne (8%), puis Europapark Rust (7%) qui bénéficie d'une excellente notoriété spontanée en Allemagne. Lorsqu'on leur demande quelles sont les organisations ou institutions qu'ils connaissent, parmi une liste de noms suggérés, Europapark Rust se retrouve également en tête (75%), devançant largement Eurodistrict (38%) et Euro-Institut (26%). Avec 21% de citations, la Fondation Entente Franco-Allemande bénéficie d'un bon niveau de reconnaissance.
Dans leur majorité (54%), les habitants de l'Espace rhénan estiment que la coopération transfrontalière doit être renforcée. Seuls 2% jugent qu'elle devrait être abandonnée (35% estiment qu'elle fonctionne bien sous sa forme actuelle). Les populations les plus attachées à un renforcement de cette coopération sont les 50 à 64 ans (61%), les cadres et professions supérieures (67%) et les individus ayant fait des études supérieures (67%). Les Français sont également relativement plus attachés au renforcement de la coopération transfrontalière (60%) que leurs voisins Allemands (52%) ou Suisses (48%).
De même, plus des trois quarts (76%) des habitants de la région du Rhin Supérieur sont favorables au transfert de compétences et de moyens d'actions de l'Union Européenne et des Etats vers les régions transfrontalières d'Europe. C'est à nouveau en France que cette proposition recueille le plus fort soutien (85%).
Les habitants du Rhin Supérieur citent une variété d'objectifs à développer prioritairement pour améliorer la situation transfrontalière dans la région. Favoriser le bilinguisme est la priorité numéro 1 au global (56%), en Allemagne (62%) où le taux de bilinguisme est comparativement le plus faible, ainsi qu'en France (53%). En Suisse, pays officiellement multilingue, cet objectif ne vient qu'en second (44%), derrière l'amélioration des liaisons ferroviaires (52%). Mettre en place un plan de développement économique régional transfrontalier est l'objectif numéro 2 au global (40%), suivi de l'amélioration des liaisons routières (37%).
L'avenir de l'Espace rhénan passe bien entendu par sa jeunesse. La coopération entre pays frontaliers (France, Allemagne, Suisse) recueille 65% de confiance parmi les habitants de l'Espace rhénan en ce qui concerne l'amélioration de l'avenir des jeunes dans la région. Elle devance, principalement grâce au soutien qu'elle rencontre dans les régions françaises, dans cet ordre, les citoyens eux-mêmes, les mouvements associatifs, les entreprises, les responsables politiques locaux, les partis politiques nationaux et enfin les médias. Seul le système scolaire et universitaire fait mieux avec 72% de confiance.
Les jeunes en retrait en ce qui concerne la coopération transfrontalière
Quant aux jeunes de 16 à 24 ans, ils envisagent principalement de construire leur avenir aux niveaux régional et national. Ils sont 64% à citer leur région, Land ou canton comme l'endroit où ils envisagent de construire leur avenir personnel et professionnel dans les 5 années à venir. 18% citent un pays de l'Espace rhénan autre que le leur. S'installer dans un autre pays d'Europe, voire dans un pays non européen, n'est respectivement envisagé que par 11% et 10% des jeunes.
Cependant, il faut noter que les jeunes sont par ailleurs en retrait en ce qui concerne la coopération transfrontalière. Bien qu'étant la population la plus mobile (24% des 16-24 ans se déplacent de façon hebdomadaire dans un autre pays de l'Espace rhénan), les jeunes sont en effet en retrait sur les questions d'appartenance (ils se considèrent volontiers comme citoyens de leur pays ou du monde, mais peu comme citoyen de leur espace transfrontalier) ou dans le souhait de voir la coopération transfrontalière se renforcer (49% contre 54% dans l'ensemble de la population).
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Emmanuel Rivière / Marc-André Allard
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