L'Europe,
source des politiques environnementales





Le 2 juin 2004 - S'il est un domaine où l'action de l'Europe s'est fait sentir de façon centrale, c'est bien celui des politiques de protection de l'environnement et de maîtrise des risques, aussi bien classiques (catastrophes naturelles) qu'émergents (OGM, ESB). Dans la continuité la première conférence de l'ONU sur l'environnement (Stockholm, 1972) les institutions européennes ont mis en place leurs premiers plans d'action spécifiques (lutte contre les pollutions identifiées, protection d'espaces sensibles) et se sont doté peu à peu d'institutions publiques (ministère, services régionaux, agences). 30 ans plus tard, le cadre normatif est considérable (plus de 300 directives) et dans tous les Etats de l'Union, on constate que les trois quarts (voire davantage) des mesures environnementales ont une source communautaire.

Un bilan considérable

Le traité de Rome (1957) traitait de façon implicite cette question à travers l'harmonisation des conditions de concurrence (art. 100). A partir de 1973 ont été mis en place des programmes quinquennaux centrés sur la lutte contre les pollutions chroniques et la préservation d'espaces naturels sensibles. Quinze plus tard et face aux lacunes observées, l'action européenne a changé de direction en cherchant à intégrer les actions environnementales dans chaque politique sectorielle (agriculture, équipement, consommation) afin d'éviter les mesures contradictoires. Ce mouvement se généralise avec l'Acte unique de 1987 (art 100 A et 130 R) et le traité de Maastricht en 1993 qui intègre l'idée de " développement durable ", c'est-à-dire qui recherche un équilibre entre croissance économique et mesures environnementales. Malgré l'officialisation de ce compromis (les justifications qu'il fournit), l'Europe se donne pour un objectif de renforcer toutes ses normes afin d'atteindre un haut niveau de protection. Elle a aussi formulé des principes généraux de prévention précaution, réparation des dommages écologiques et d'information-participation des citoyens. La création en 1994 d'une Agence européenne (Copenhague) permet de centraliser les informations sur l'état des milieux et de mieux évaluer les résultats des programmes.

Le bilan est considérable mais aujourd'hui les questions se multiplient. Tout d'abord, pour beaucoup d'observateurs la politique européenne atteint un seuil critique. L'avalanche de textes normatifs et la multiplication d'incitations économiques sont loin d'avoir résolu tous les problèmes. Les résultats globaux restent insatisfaisants, tant pour les pollutions chroniques (air, eau, élimination des déchets), que pour la maîtrise des crises graves (accidents industriels, marées noires) et la préservation des ressources naturelles (espaces naturels, faune et flore). Quels nouveaux modes d'action faut-il inventer ?

Des lacunes très importantes subsistent

Ensuite, le nouveau contexte lié à l'élargissement de l'Union repose de façon urgente la question de l'unité de ce secteur communautaire dans la mesure où les disparités sont énormes et où on demande aux nouveaux entrants d'intégrer les acquis communautaires avant 2004... Certains sont déjà en négociation pour reporter l'échéance à 2015, ne serait-ce, par exemple, que pour la mise en conformité avec les normes d'eau potable. De plus, le passif environnemental dont plusieurs pays sont porteurs a conduit à évaluer le coût de l'intégration à des sommes situées entre 80 et 120 milliards d'euros, et la Commission les incite à trouver des cofinancements privés. Dans plusieurs pays, des " écomafias " ont bien compris les sources de profit générées par ces nouveaux marchés. La politique environnementale, déjà mal assurée, se voit ainsi fortement bousculée et les huit principales ONG européennes viennent de dénoncer un risque important de marche arrière. Un dernier indicateur tout aussi alarmant est donné par les projets en cours de Constitution européenne qui ne fait pas de l'environnement un des enjeux majeurs à protéger.

Enfin, malgré l'importance des efforts accomplis, les crises successives de l'ESB et des produits transgéniques, n'ont pu être prévenues. Des lacunes très importantes sont apparues à trois niveaux : dans la capacité de détection et d'expertise des nouveaux risques, dans la réactivité des instances communautaires tiraillées entre des objectifs contradictoires ; enfin dans la coordination des politiques nationales. Ces événements tendent à donner raison à U. Beck dans son analyse de la " Société du risque ". Elle est prise dans une spirale infernale où la recherche de la sûreté publique appelle toujours à plus de sciences et de techniques, alors que dans une certaine mesure celles-ci contribuent à entretenir l'existence même des dangers. Dans un tel contexte, l'élaboration de politiques d'ensemble et de programmes de traitement spécifique devient une gageure que nul Etat ou organisme international n'est parvenu à tenir réellement. L'Europe est directement confrontée à ce défi.


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Brice Teinturier
Département Politique et Opinion
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Pierre LASCOUMES
Chercheur au Cevipof



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