Usages et attentes des Européens
en matière de services publics sur Internet

 

Le 2 septembre 2003 - Un an après l'enquête réalisée en juillet 2002, notre étude réalisée pour Cap Gemini Ernst&Young permet de suivre l'évolution du rapport des Français aux services publics sur Internet, tout en élargissant l'observation aux grands pays européens - l'Allemagne et la Grande-Bretagne. A cette fin, TNS Sofres a coordonné la réalisation d'une étude en face-à-face auprès d'échantillons représentatifs des populations nationales âgées de 18 ans et plus en France (1000 personnes), Allemagne (517 personnes, étude réalisée par TNS Emnid) et Grande-Bretagne (617 personnes, étude réalisée par TNS UK). Principal enseignement : l'Internet public peut constituer un véritable levier de la modernisation des structures étatiques et de l'amélioration de leur rapport aux citoyens. Cela passe par un développement structurel de l'Internet public et de l'accès des citoyens à celui-ci, développement qui doit se faire selon des modalités permettant de lever les réticences et incertitudes existant dans des opinions publiques, qui se montrent dans l'ensemble très ouvertes à une telle évolution.

Les usages actuels des services publics sur Internet

Avec 38% d'internautes déclarés, la France apparaît très légèrement en retrait de l'Allemagne (40%) et de la Grande-Bretagne (44%). Cependant, outre que ce chiffre est en augmentation continue (5% en 1998 , 36% dans l'étude de juillet 2002), il atteste d'un rattrapage par la France du retard qu'elle avait en terme de pratique d'Internet par rapport à ses pays européens quelques années auparavant. Enfin, au-delà des comparaisons, il convient surtout de retenir de cette mesure que dans les grands pays européens, près d'un citoyen adulte sur deux est internaute, ce qui donne la mesure de l'enjeu d'un développement des services publics sur Internet.

Le rapport à Internet demeure cependant fortement indexé sur le profil socio-démographique des individus, et ce dans les trois pays couverts par l'enquête. La connexion à Internet reste une pratique plus caractéristique des hommes, des jeunes (en France, 72% des 18-25 ans vont sur Internet, et un tiers des moins de 35 ans se connectent quotidiennement ou presque), des catégories moyennes et supérieures, des actifs employés, des haut diplômés et des habitants de grandes villes. En France comme en Grande-Bretagne se confirme également l'influence primordiale de la présence d'une connexion Internet dans le foyer.

L'audience des sites publics

Sur l'ensemble des trois pays couverts par l'enquête, plus d'un internaute sur deux s'est connecté à un site Internet de service public ou d'administration nationale ou locale au cours de l'année écoulée. Cette audience culmine en France (65%, dont 19% régulièrement), mais est également importante en Allemagne (54%) et à un moindre degré en Grande-Bretagne (49%) - peut-être du fait d'une place moins importante des services publics dans la vie quotidienne des Britanniques et du rapport moins fort que ceux-ci entretiennent avec l'État.

Si la fréquentation des sites de services publics est aussi typée, du point de vue de la catégorie sociale et du niveau de diplôme, que la pratique d'Internet en général, il n'en va pas de même pour les autres indicateurs. Ainsi en terme d'âge, c'est entre 25 et 50 ans, au cour de la vie active et familiale (et des besoins et démarches afférents), que l'on a le plus tendance à recourir à l'administration sur Internet - tandis que les jeunes apparaissent légèrement en retrait. De même, le taux de connexion aux sites publics est inversement proportionnel à la taille de l'agglomération, à l'inverse donc de la pratique d'Internet elle-même. Et en France, les femmes internautes se connectent autant que les hommes à des sites publics (65% contre 64%). Ainsi se confirme dans les trois principaux pays européens la tendance observée en France en 2002 : les inégalités propres au rapport à Internet ne se retrouvent pas dans le recours à l'Internet public, signe que le développement de celui-ci n'est pas synonyme de développement d'un service administratif destiné à une élite - sous condition bien entendu d'une démocratisation de la pratique d'Internet lui-même. L'Internet public peut même être correcteur d'inégalités dans l'accès au service publics, comme en atteste la fréquentation plus élevée des sites dans les zones rurales.

Globalement attractifs auprès des internautes, et ce de façon plus marquée en France que dans les pays voisins, les sites Internet de services publics français remportent cependant des succès différenciés.

Les sites du ministère de l'Education nationale et de l'ANPE restent de loin les plus fréquentés. Le fait le plus remarquable est cependant la forte progression du site de l'Éducation nationale : 33% des internautes disent s'y être déjà connectés, soit une hausse de 7 points en un an qui en fait le site le plus consulté parmi ceux testés. Son audience est particulièrement élevée chez les 18-34 ans (37%), les diplômés de l'enseignement supérieur (44%), les professions intermédiaires (44%) et les agents de la fonction publique (55%). Face à un marché de l'emploi toujours difficile, le site de l'ANPE constitue également un outil très utilisé : 30% des internautes y ont recours, et ce taux est plus élevé encore chez les 25-34 ans (40%), les salariés du secteur privé (42%), les ouvriers (38%), et bien entendu les chômeurs (80%).

Viennent ensuite les sites de mairie (23%, mais 25% chez les plus de 35 ans et 35% dans l'agglomération parisienne), les sites de services sociaux comme la CNAM ou les CAF (20%, et 27% chez les jeunes parents de 25-34 ans), et le site du Ministère de l'Economie et des Finances (19%, mais 25% au-delà de 35 ans et chez les cadres supérieurs, commerçants et chefs d'entreprise) - ce qui confirme que les sites fournissant des services pratiques bénéficient des meilleures audiences.

Enfin, les sites locaux attirent un public par nature plus ciblé, mais important dans les petites villes : ainsi les sites départementaux (14%, mais 23% d'audience en zone rurale) et régionaux (11% nationalement, mais 18% dans les communes de moins de 20 000 habitants.

Au total, 76% des internautes interrogés déclarent avoir visité au moins un site de service public ou d'administration, contre 74% en 2002, et si cette audience est plus élevée encore chez les internautes les plus assidus (86%), elle reste majoritaire chez ceux qui ne se connectent qu'occasionnellement (57%), confirmant que la fréquentation des sites publics s'inscrit pleinement dans l'usage d'Internet. Soulignons également que l'audience systématiquement plus marqué des divers sites testés chez les salariés du secteur public confirme l'impact de la notoriété des sites sur leur fréquentation, ouvrant par là des pistes pour l'élargissement de celle-ci.

La connexion aux sites publics : usages et motifs

Si la recherche d'information (en matière d'emploi, de services de sécurité sociale, etc.) reste de loin le principal usage que les internautes font des sites de service public, les usages plus interactifs sont en progression significative depuis un an.

En effet, 41% des internautes déclarent recourir à l'administration en ligne avant tout pour y trouver un renseignement. En comparaison, les démarches interactives viennent loin derrière - mais sont en nette hausse : ainsi 11% ont déjà utilisé Internet pour obtenir un formulaire d'État civil (et 18% chez les 25-34 ans et 16% dans le communes de moins de 2000 habitants) contre 8% en 2002, et surtout 10% ont déjà payé leurs impôts en ligne, contre 5% en 2002 (démarche à laquelle on peut associer l'obtention de formulaires fiscaux - 6% - ou la déclaration de revenu ou le calcul de l'impôt en ligne - 2%). Les 25-34 ans (17%), les professions intermédiaires (15%) et les internautes les plus assidus (16%) apparaissent comme les moteurs de cette nette progression du rapport interactif à l'administration fiscale en ligne.

Au total, la simple visite de découverte apparaît en recul (seuls 25% des internautes s'étant déjà connectés à des sites publics déclarent n'avoir ni cherché d'information, ni effectué de démarche en ligne, contre 35% en 2002), au profit d'une avancée des usages propres à Internet de la nouvelle vitrine des services publics et des administrations que sont les sites. L'élargissement de la pratique d'Internet et de la fréquentation des sites publics s'accompagne donc d'un développement qualitatif de la " culture internaute " des Français.

Au-delà des usages spécifiques qu'ils en font, un certain nombre de caractéristiques propres à l'Internet public motivent son utilisation par les internautes.

Au premier de celles-ci vientl'aspect pratique de sites qui permettent de contourner les écueils traditionnellement associés, dans l'opinion publique, aux relations avec l'administration. Ainsi, 61% de ceux qui ont déjà visité un site public ou effectué une démarche en ligne l'ont fait parce que cela leur épargnait un déplacement et une attente dans un lieu administratif (premier motif, en hausse de 3 points par rapport à 2002). Les moins de 35 ans, les salariés du privé (68%), les actifs des catégories moyennes et supérieures, pour des raisons d'emploi du temps, mais aussi les habitants des zones rurales pour des motifs géographiques, apparaissent particulièrement sensibles à cet atout d'Internet.

Dans le même ordre d'idée, l'économie de coups de téléphones dans les administrations (28%), de paperasserie(21%) ou encore l'impossibilité de se déplacer aux horaires d'ouverture des administrations sont mis en avant comme autant de raisons de recourir aux services publics en ligne - et ce de façon systématiquement plus marquée par les salariés du secteur privé. Ces observations confirment qu'Internet peut non seulement contribuer à un désengorgement des centres administratifs, mais aussi à une amélioration de leur image dans l'esprit des Français, sur la base d'un rapport plus flexible et aisé.

Un autre type de motif de recours aux services publics sur Internet joue un rôle non négligeable pour certaines catégories : le temps qu'il procure pour approfondir les questions et résoudre les problèmes éventuels au cours d'une démarche administrative (21%, 4e motif). Les employés, les personnes peu diplômées et les internautes occasionnels apprécient plus particulièrement cet avantage.

Enfin, même s'ils constituent un levier de séduction plus qu'un véritable motif d'utilisation, le goût pour la nouveauté (14% chez les 50 ans et plus) ou l'aspect ludique d'Internet (23% chez les 18-24 ans) contribuent également à amener certaines catégories d'internautes aux sites de services publics.

En France, une anticipation très positive de l'impact de l'Internet public

Les Français continuent d'afficher un a priori très favorable quant aux bénéfices de l'administration en ligne : 64% estiment que l'Internet public peut contribuer à améliorer les relations entre usagers et administrations, dont 21% estimant qu'il peut y contribuer fortement, contre 21% qui ne croient pas à un tel effet. Partagée par plus de 7 personnes sur 10 en dessous de 50 ans, cette opinion rassemble des catégories aussi diverses que les cadres supérieurs (82%) et les ouvriers (70%), ou encore les salariés du privé (73%) et ceux du public (75%). Plus encore, si elle est très marquée chez les internautes (84%, et 91% chez les plus assidus), elle est aussi majoritaire chez ceux qui ne se connectent jamais (52%), ce qui atteste d'un a priori positif à l'égard de ce mode de relation administratif. Soulignons également que 88% des internautes ayant déjà fréquenté un site public partagent ce jugement, ce qui tend à montrer que l'expérience en la matière s'avère positive.

France, Allemagne, Grande-Bretagne : une contribution différenciée d'Internet à l'amélioration des services publics

La hiérarchie des domaines dans lesquels les habitants des trois principaux pays européens attendent des bienfaits d'Internet en matière de prestation des services publics reflète en partie celle de leurs préoccupations respectives.

En France, les attentes se concentrent essentiellement sur les services de recherche d'emploi (40%, première préoccupation nationale - les jeunes, les chômeurs et les internautes étant ici en pointe), et en second lieu un apport dans le domaine la gestion de l'éducation (23%), de la santé (21%) et des services sociaux (21%). Le recul de l'intérêt en matière d'information sur les droits civiques et la vie démocratique de 16% à 10% est quant à lui lié avant tout à une moindre actualité électorale par rapport à 2002.

En Allemagne prédomine également l'espoir d'une amélioration des services de recherche d'emploi (45%, et là encore des scores plus élevés chez les jeunes et ceux qui ont un emploi à temps partiel), mais les autres attentes apparaissent plus importantes : dans le domaine de l'éducation (32%), de la santé (26%), des services sociaux (26%) mais aussi de la formation professionnelle, thème important dans ce pays (23%, contre 18% en France et 14% en Grande-Bretagne) et surtout de la fiscalité (31%, soit la 3e attente, ce qui reflète un certain mécontentement sur les services existant en la matière). Au total, seuls 18% des Allemands n'anticipent aucune amélioration de la prestation des services publics à travers Internet.

En Grande-Bretagne prédomine l'attente d'un apport positif d'Internet dans les deux grands domaines de préoccupation nationale que sont l'amélioration du système éducatif (31%) et du système de santé (25%), tandis que la recherche d'emploi n'est évoquée que par 19% des répondants. Les attentes des jeunes à l'égard d'une amélioration de l'information sur la formation professionnelle et en matière de recherche de logement apparaissent également importantes.

L'Internet public : un puissant moyen d'amélioration de l'image des services publics et de la satisfaction des usagers

Au-delà de ces différences thématiques nationales, il apparaît surtout qu'il existe au moins un domaine du secteur public de trois des pays les plus avancés en la matière dans lequel plus de 30% des citoyens, qu'ils pratiquent Internet ou pas, estiment que celui-ci peut amener une amélioration du service fourni. Par ailleurs, quel que soit le pays considéré, les internautes affichent des anticipations positives sur la contribution d'Internet à l'amélioration des services publics nettement supérieures à la moyenne, et que moins de 10% d'entre eux n'attendent ce type d'effet dans aucun des domaines testés.  Il y a là le signe que le développement de l'Internet public peut être un puissant moyen d'amélioration de l'image des services publics et de la satisfaction des usagers à leur égard.

La création d'un compte administratif personnalisé pour chaque citoyen

La création d'un compte administratif personnalisé pour chaque citoyen, permettant un accès plus facile et une relation plus efficace à l'administration, est accueillie diversement selon le pays considéré.

Elle est envisagée favorablement par la majorité des Français (57% y sont favorables, dont 22% très favorables, contre 43% défavorables). L'accueil est très largement favorable en dessous de 50 ans (et même enthousiaste chez les 18-24 ans : 80% favorables), ainsi que chez les internautes, qui se prononcent aux trois quarts en faveur d'une telle mesure - les réticences provenant principalement des plus âgés , des catégories populaires et des non internautes.

Les Britanniques se montrent plus partagés : 47% y sont favorables, contre 53% opposés. Là encore cependant, les moins de 50 ans, les actifs, les urbains et les internautes envisagent très positivement une telle perspective. Peut-être faut-il voir dans cette opinion globalement partagée un reflet de la moindre culture étatique et centralisatrice, et des traditions en matière d'enregistrement des individus, qui caractérisent la Grande-Bretagne par rapport à la France.

L'extrême vigilance en oeuvre en Allemagne depuis 50 ans en matière de protection des informations sur les individus explique en partie la plus grande réticence affichée a priori sur cette question par les Allemands : 63% sont opposés à la création de comptes administratifs personnalisés, contre 37% qui s'y déclarent favorables. Notons cependant que parmi les 18-34 ans, les actifs à temps plein et les internautes, au moins 50% accueillent positivement cette proposition.

Le développement des sites locaux en France

Le développement de sites Internet propres aux administrations et institutions locales (département, commune, école, Centre des impôts par exemple), accompagnant le mouvement de décentralisation administrative et la demande de proximité dans la gestion publique exprimée de multiple façon par les Français depuis quelques années, peut constituer une autre voie d'expansion de l'Internet public.

En effet, une majorité relative des Français estime que les institutions et administrations locales n'offrent pas assez d'informations et de possibilités d'effectuer des démarches administratives en ligne, et en souhaitent le développement(40% contre 17% d'un avis contraire). Le taux élevé de personne sans opinion sur cette question (43%) indique cependant que l'enjeu échappe assez largement au grand public, faute de connaissances suffisantes sur l'existant en la matière.

L'opinion des internautes est, dès lors, beaucoup plus significative, et indique clairement l'intérêt d'un développement de l'Internet public local : 60% des usagers d'Internet, et 65% de ceux qui se sont connectés à un site public, souhaitent un accroissement de l'offre en ce domaine.

Développer l'accès, adapter l'offre

La contribution d'Internet à l'amélioration des prestations des services publics et de la relation des administrations aux usagers est enfin soumise, aux yeux des Français, à un certain nombre d'aménagements et de mesure.

Il convient en premier lieu d'élargir encore l'accès à Internet : le développement de centres d'accès gratuits est ainsi la première condition évoquée (41%, en hausse de 6 points par rapport à 2002), et l'on peut y associer la formation des Français aux nouvelles technologies (39%, 3e condition), ainsi que des fonctionnaires (17%), et la mise en ouvre d'une communication élargie sur les services existant sur Internet (18%).

L'offre des services publics sur Internet doit également croître en qualité : par la mise à jour régulière des informations (39%, en hausse de 3 points, et 59% chez les internautes, dont c'est la première revendication), par l'accès à l'ensemble des informations à partir d'un portail unique (une demande croissante et qui, associée au faible score de fréquentation de servicepublic.fr relevé dans l'enquête, suggère un déficit de notoriété de ce site) ou encore la création de sites plus faciles et agréables d'utilisation (17%, et 4e attente chez les non-internautes).

Gilles CORMAN



Fiche Technique

Enquête réalisée du 4 au 15 juillet 2003 pour Cap Gemini-Ernst & Young auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en face à face à leur domicile (France), 517 personnes (TNS-Emnid, Allemagne), 617 personnes (TNS-UK, Grande-Bretagne). Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération.




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Marc-André Allard
Département Politique et Opinion
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