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Les Français
et les accidents domestiques
Le 2 novembre 2005 - Notre étude réalisée pour la FNATH (Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés) met en relief le décalage entre la perception qu'ont les Français des accidents domestiques et la réalité de ces phénomènes qui représentent à eux seuls 50% des accidents observés sur le territoire. Les Français sont traditionnellement perçus comme les mauvais élèves de l'Europe en matière d'accidents domestiques. Notre enquête montre qu'ils y songent mais qu'ils ne se sentent pas vraiment préoccupés par le problème. Ils ont le sentiment d'être plutôt bien informés et de savoir ce qu'il faut faire pour se protéger. L'étude qui suit de leurs comportements aurait tendance à révéler le contraire.
Des représentations qui sous-estiment l'importance des accidents domestiques
En premier lieu, notre enquête montre que la réalité des accidents domestiques est très sous-estimée par les Français. En effet, lorsqu'on leur demande le type d'accident qui, selon eux, fait le plus de victimes, les accidents domestiques n'arrivent qu'en deuxième position, cités seulement par 25% des personnes interrogées. En réalité, ils entraînent trois fois plus de décès que les accidents de la route (Réponse citée en première position par 67% des interviewés). La méconnaissance de ce fait est partagée par toutes les catégories de la population, notamment par les personnes se sentant les mieux informées sur les accidents de la vie courante.
Les populations concernées par ces accidents sont, de même, mal identifiées par une majorité de Français. Ainsi, si les personnes âgées représentent dans les faits une très large majorité des décès engendrés par les accidents domestiques, les Français ne sont que 33% à les percevoir comme les victimes les plus concernées alors qu'ils citent les enfants à 92%.
De par sûrement leur manque d'information, les types d'accidents domestiques les plus courants ne sont pas ceux que les Français craignent principalement. Ainsi, pour eux et leurs proches et parmi les principaux types d'accidents de la vie courante proposés, 50 % des Français craignent les brûlures, 45% les chutes, 36% les incendies, 36% les risques liés au gaz et à l'électricité, 24% les intoxications, 19% les risques liés aux produits chimiques et ménagers, 14% les risques liés aux machines et outils, 12% les risques liés à l'eau et aux noyades et enfin 12% les accidents par étouffements.
L'étude Santé et protection sociale réalisée par l'Irdes en 2002 montre que les brûlures, craintes par un Français sur deux, sont en réalité une cause plutôt marginale d'accident domestique. Elles sont caractéristiques des lésions survenant chez les enfants de moins de 10 ans, ce qui renforce l'idée qu'en France on a tendance à associer accidents domestiques et petite enfance. 65% des personnes âgées de plus de 65 ans craignent, elles, principalement les chutes qui sont effectivement (selon la même enquête de l'Irdes) le type d'accident le plus dévastateur.
Une implication relativement faible
Les Français se sentent moyennement concernés par les accidents domestiques. Si 51% des personnes interrogées y pensent souvent, 41% y pensent rarement et 8% jamais. En conséquence, les comportements individuels des Français sont révélateurs de leurs carences en terme de prévention : 97% des Français déclarent ne pas disposer de système d'alarme incendie, 76% ne pas mettre de revêtements antidérapants sur les sols glissants, 73% ne pas avoir d'extincteur à leur domicile, 57% n'avoir ni mis leur four en hauteur ni équipé ce dernier d'une porte froide, 28% n'avoir pas fait vérifier ou mis aux normes leur installation électrique ou de gaz. Enfin, 25% des Français déclarent encore ne pas ranger les produits dangereux en hauteur.
Les individus ayant des enfants vivant au foyer ne sont pas plus prévoyants, et ceci quel que soit l'âge de leurs enfants. Les mesures de précaution destinées à protéger les plus jeunes ne sont pas devenues autant de réflexes.
Si 61% des Français (64% des individus ayant des enfants de moins de 6 ans au foyer) ont déjà mis des cache-prise pour protéger leurs enfants des risques d'électrocution, seulement 48% des individus vivant avec des enfants ont déjà installé des barrières pour empêcher l'accès au escalier, 34% posé des coins en plastique sur les coins de meubles pointus, 32% mis des systèmes de blocage sur les portes de placards et 25% posé des gardes fous ou des entrebailleurs de fenêtre.
Des Français trop sûrs d'eux-mêmes
Ces chiffres sont révélateurs de l'attitude légère des Français par rapport à ce problème. Les mauvais résultats de la France et son nombre élevé d'accidents domestiques attestent également de notre retard en ce domaine. Untravail de prévention et d'information reste donc à fournir pour provoquer une réelle prise de conscience. Les Français ont en effet le sentiment d'être plutôt bien informés sur les accidents domestiques (à 69%), même si ils sont peu nombreux à se déclarer très bien informés (seulement 16% d'entre eux) ce qui peut être le signe d'un certain doute sur leur propre niveau de connaissance.
Dans le même ordre d'idée, on observe que les Français sont plutôt confiants en leur capacité à anticiper et réagir face aux accidents domestiques, bien que 58% d'entre eux déclarent ne pas avoir suivi de formation sur les premiers gestes à appliquer en cas d'accident. 85% des personnes interrogées déclarent en effet savoir ce qu'il faut faire pour éviter les accidents domestiques (Les plus informés sont même 97% à avoir ce sentiment). Ils sont également 82% à déclarer se sentir aptes à réagir si un accident se passait chez eux.
Les Français ont confiance dans les associations
Pour combler leurs lacunes et parmi les différents acteurs proposés pour informer sur les accidents domestiques, 46% des Français déclarent faire le plus confiance aux associations, loin devant les pouvoirs publics (18%), les fabricants de produits (16%), les journalistes (13%) et enfin les grandes surfaces (2%).
Concernant les modes de diffusion des informations relatives aux accidents domestiques, 67% des interviewés pensent qu'organiser des campagnes de prévention auprès des enfants dans les écoles maternelles et primaires serait un bon moyen d'améliorer l'information sur les accidents domestiques. Les grandes campagnes institutionnelles dans les média arrivent en deuxième position des réponses proposées (38% des Français pensent qu'elles sont un bon moyen d'informer les citoyens), juste devant les stages de sécurisation auprès des adolescents dans les collèges et les lycées. Les campagnes de prévention auprès des personnes âgées ne sont perçues comme prioritaire que par 11% des Français, preuve encore une fois de la méconnaissance du grand public.
La communication et l'information sur les accidents domestiques représentent donc un enjeu important car une prise de conscience est nécessaire. Si les mentalités ne changent pas, le vieillissement de la population pourrait continuer d'amplifier un phénomène, aujourd'hui encore trop méconnu, dévastateur dans la classe d'âge des plus de 65 ans.
Guillaume Rainsard

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