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Les pronostics
pour 2002
Le 9 janvier
2002 - L'Europe ne
sait sur quel pied danser, tandis que les Etats-Unis et la
Russie retrouvent le swing. A la lumière de notre enquête
réalisée pour Libération
et RTL, tels sont les sentiments qui semblent
animer les opinions publiques de sept pays - Etats-Unis, Russie,
France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Espagne - interrogées
sur leurs perspectives concernant 2002. La panne de la croissance
économique au niveau mondial et la crise internationale
née des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis nourrissent
deux types de craintes particulièrement fortes en Europe,
et notamment en Allemagne : l'augmentation du chômage
et des conflits sociaux et l'accroissement du nombre de conflits
dans le monde.
L'Amérique
et la Russie moins moroses que les Européens
Les Européens
abordent l'année 2002 dans une certaine morosité,
à l'inverse de leurs voisins américains et russes.
Les Américains se montrent les plus optimistes :
52% pensent que l'année 2002 sera meilleure que 2001,
contre 11% qui estiment qu'elle sera pire. De tous les pays
étudiés, c'est le seul qui comprenne à
la fois le plus grand nombre de pronostics optimistes et la
plus faible part de pessimistes. Apparemment paradoxal au
regard de ce que la population américaine a subi sur
son territoire le 11 septembre dernier, cet optimisme peut
s'expliquer néanmoins par son inclination à
espérer que le pire est désormais derrière
elle. Un optimisme renforcé par le succès de
l'intervention américaine en Afghanistan.
Autre pays
qui affiche des couleurs : la Russie, où 52% également
des sondés estiment que 2002 sera meilleure que 2001,
contre 18%. Le retour sur la scène internationale de
la diplomatie russe depuis la crise du 11 septembre peut contribuer
à expliquer cet optimisme.
Dans les pays
européens étudiés au cours de notre enquête,
l'optimisme l'emporte également à de moindres
niveaux qu'en Russie et aux Etats-Unis. C'est en France qu'il
est le plus élevé (45%), suivi de l'Espagne
(43%), de la Grande-Bretagne (41%) et de l'Italie (37%). Toutefois,
cet optimisme doit se modérer à l'aune des pronostics
pessimistes qu'on recueille dans chacun de ces pays. En effet,
c'est également en France que l'on relève le
plus grand nombre de pessimistes pour 2002 (36%), suivie de
l'Italie (27%), de l'Espagne (20%) et de la Grande-Bretagne
(17%).
Reste le cas
isolé de l'Allemagne, seul pays où les pessimistes
sont plus nombreux que les optimistes : 39%, contre 36%.
Pour l'Allemagne,
la situation économique en 2002, noir, c'est noir.
On peut distinguer
trois groupes de pays concernant les pronostics sur la situation
économique en 2002 : les résolument optimistes,
les optimistes mesurés voire sceptiques, et les pessimistes.
Dans le premier
groupe, les Etats-Unis affichent un optimisme à tout
crin. C'est effectivement le seul pays où ceux qui
prévoient une amélioration de la situation économique
sont les plus nombreux de tous les pays interrogés
(35%, pour 23% en Russie, 20% en Espagne, 19% en Italie, 15%
en France, 13% en Grande-Bretagne et 10% en Allemagne). En
conséquence, c'est également le seul pays où
la part des pronostics pessimistes est aussi faible (20%).
Dans le groupe
des optimistes mesurés se trouvent les pays dont les
opinions prédisent au mieux une stagnation de la situation
économique - prévision à tempérer
immédiatement par le fait qu'on y relève dans
le même temps une part plus importante de pessimistes
que d'optimistes. Dans ce groupe figurent la France, la Grande-Bretagne
et l'Italie.
Enfin, le dernier
groupe rassemble les pays où les pronostics pessimistes
l'emportent non seulement sur les optimistes, mais également
sur les tempérés : c'est le cas de la Russie,
de l'Espagne, la palme de la déprime revenant encore
une fois à l'Allemagne.
L'augmentation
du chômage, une inquiétude tenace
Conséquence
du climat économique plutôt perçu avec
morosité : les perspectives en matière
de chômage penchent elles aussi vers le noir. Toutes
les opinions publiques s'accordent à penser que le
nombre de chômeurs va plutôt augmenter au cours
des 12 prochains mois que diminuer. En Allemagne, ils sont
63% à être de cet avis, contre 14% ; en
France, 56% contre 14% ; en Grande-Bretagne, 54% contre
18% ; en Espagne, 46% contre 16% ; en Italie ,
44% contre 18%. Les Américains présentent des
pronostics contrastés sur l'évolution du chômage
en 2002. Certes, près d'un Américain sur deux
(49%) estime que le chômage va plutôt augmenter ;
mais 30% envisagent une diminution - soit la part la plus
élevée de tous les pays interrogés. Optimisme
en matière de chômage qui se nourrit d'une sérénité
à l'égard de la perte d'emploi : 59% des
Américains interrogés estiment en effet que
s'ils perdaient leur emploi, ils en retrouveraient un autre
rapidement - sérénité également
perceptible en Grande-Bretagne, où 61% des personnes
interrogées partagent le même avis.
Autre inquiétude
liée au pessimisme de l'opinion en matière économique :
l'augmentation du nombre de grèves et de conflits sociaux
est particulièrement redoutée en Allemagne (49%),
aux Etats-Unis (48%) et en France (47%), l'Italie se montrant
résolument optimiste en la matière, plus d'un
Italien sur deux (54%) pensant que leur nombre va diminuer
en 2002.
Davantage
de conflits internationaux en 2002
Dans un bel
unanimisme, les opinions des différents pays interrogés
s'accordent à reconnaître qu'au niveau international,
2002 sera une année moins pacifique que 2001, avec
beaucoup de tensions et de conflits. Là encore, les
Allemands se distinguent en affichant un pessimisme plus marqué
que les autres pays (61%), rejoints toutefois en cela par
les Espagnols (61%), suivis des Russes (54%), des Italiens
(54%), des Britanniques (50%), des Américains (48%)
et des Français (43%).
Si l'on peut
toutefois noter en France une relative sérénité
liée au fait que ceux qui estiment que la situation
internationale en 2002 ne sera ni pire ni meilleure qu'en
2001 sont quasiment aussi nombreux (40%) que ceux qui estiment
qu'elle sera pire (43%), une crainte particulièrement
marquée s'y manifeste : l'extension de l'intervention
américaine en Afghanistan en guerre globale contre
l'islam. 55% des personnes interrogées nourrissent
de telles inquiétudes, à l'instar des Russes
(52%). Une crainte que l'on doit au fait que la France compte
le plus grosse communauté musulmane de l'ensemble de
l'Union européenne.
Dans les autres
pays européens , cette éventualité divise
les opinions publiques entre pessimistes et optimistes.(Italie,
47% contre 48% ; en Grande-Bretagne, 48% contre 46%).
Fait notable : outre les Américains (55%), les
Allemands se montrent pour une fois optimistes sur cette question
(54%). Un sentiment qu'a pu nourrir la tenue de la conférence
sur l'après-taliban en Allemagne même, à
Bonn, début décembre, pendant la réalisation
de notre enquête.
Sylvain
LEFORT
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