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Les
Français et le vélo
Le 3 avril
2003 - D'après
notre étude réalisée pour le Club
des villes cyclables, le vélo apparaît
comme un mode déplacement occasionnel : 14%
des personnes interrogées le citent comme mode de
transport, loin devant l'automobile (84%), la marche à
pied (45%) et les transports publics (24%). Son attractivité
n'en demeure pas moins réelle, notamment par rapport
à celle des transports en commun : s'ils en
avaient le choix, 16% des Français utiliseraient
les transports en commun, contre 13% le vélo. Principaux
freins cités par les réfractaires au vélo
à son utilisation : les distances à parcourir
(22%) et la forme physique (21%).
Le vélo
constitue encore un mode de déplacement occasionel
Interrogé
sur les moyens de transport qu'ils utilisent " pour
leurs déplacements ", c'est-à-dire
dans une acception assez large englobant les trajets quotidiens
et les loisirs, 84% des Français citent la voiture,
qui confirme ainsi son caractère dominant parmi les
modes de transport. Mais il n'est pas exclusif : seuls
38% n'utilisent que la voiture. En réalité,
les automobilistes sont aussi occasionnellement piétons,
cyclistes ou en transport en commun.
Le second mode
de déplacement cité est la marche à
pied (45%), mais elle est constamment combinée avec
un autre mode de transport, les transports en commun ou
le vélo principalement. Les transports publics sont
utilisés par 24% et le vélo par 14%, les deux
roues à moteur par 5%.
Le vélo
apparaît donc comme un moyen de déplacement
encore peu utilisé comparé à la voiture,
mais il faut noter qu'en milieu rural, il est le second
mode de déplacement, après la voiture mais
devant la marche à pied seule et les transports en
commun.
En réalité,
il existe une concurrence entre les transports en commun
et le vélo, défavorable à celui-ci
dans les centres urbains. Par ailleurs, le vélo correspond
davantage à une multiplicité de motivations,
et demeure marginal comme mode de transport quotidien domicile
/ travail. Ainsi, ce taux de 14% d'utilisation toutes raisons
confondues, est bien supérieur aux taux mesurés
dans
l'étude réalisée pour le GART en octobre
2001, qui évaluait à environ 5% le
taux d'utilisation du vélo parmi les actifs et les
étudiants dans les agglomérations de plus
de 30 000 habitants, pour les déplacements domicile
/ lieu de travail. Les utilisateurs occasionnels sont donc
le vivier essentiel de la clientèle du vélo.
Petite sociologie
du cycliste
La sociologie
du cycliste montre quelques lignes de force et de faiblesse.
Très également répandu dans toutes
les catégories d'âge jusque 65 ans (entre 13%
et 19%), le cycliste se fait plus rare après cet
âge, sans disparaître toutefois : on en
trouve encore 9% entre 65 et 74 ans, et même 8% au-delà
de 75 ans. Chez les hommes âgés de 75 ans et
plus, l'utilisation se maintient même à plus
de 10%. Le vélo est un mode de transport plutôt
populaire et " rurbain " : 20%
des commerçants et des ouvriers font du vélo,
contre 11% chez les cadres ; les femmes en font moins
que les hommes (12% contre 17%), sauf entre 18 et 25 ans
où elles en font presque deux fois plus que les jeunes
hommes (16% contre 9%).
Les différences
géographiques sont également présentes :
si 19% des provinciaux roulent à vélo, seuls
5% des habitants d'Ile-de-France font de même, taux
qui remonte un peu en agglomération parisienne :
7%. Cette situation reflète une différence
qui sépare le centre-ville de la périphérie
urbaine (13% contre 9%), mais aussi une utilisation plus
importante du vélo en milieu rural, ou plus précisément
en milieu " rurbain ", c'est à
dire en espace rural sous influence urbaine d'une ville
proche : dans ces communes, le taux d'usage du vélo
monte à 21%.
L'attractivité
du vélo concurrence celle des transports en commun
Interrogés
surle mode de transport qu'ils souhaiteraient utiliser
" s'ils avaient le choix ", les Français
expriment un attachement majoritaire à la voiture :
45% citent ce moyen de locomotion, loin devant les transports
en commun (16%), la marche (16%), le vélo (13%) et
un deux roues à moteur (6%). Si le vélo ne
s'impose pas comme le moyen de transport alternatif,
on notera que son attractivité n'est pas très
éloignée de celle des transports publics.
Par ailleurs, on relèvera que ce taux de 13% concerne
les déplacements quotidiens : il doit donc être
mis en comparaison, non pas avec les 14% d'utilisateurs
occasionnels, mais avec les 4% d'actifs et étudiants
qui les utilisent pour leurs trajets domicile / travail.
Le potentiel de passage au vélo est donc réel,
et il est loin d'être négligeable.
On relèvera
également que l'utilisation de la voiture est essentiellement
un usage contraint puisque seuls 45% des Français
le citent comme mode préféré, sur 85%
d'utilisateurs ; les utilisateurs exclusifs sont par
ailleurs moins de six sur dix à déclarer préférer
la voiture (57%).
Les logiques
de substitution potentielle montrent que si 43% des automobilistes
exclusifs pourraient utiliser d'autres modes de transport,
la voiture séduit aussi un nombre non-négligeable
de ceux qui utilisent d'autre moyens : 28% des transports
en commun, 37% des cyclistes et 43% des motocyclistes préfèreraient
en réalité la voiture, ce qui explique le
caractère dominant de l'automobile comme moyen de
transport préféré.
Le vélo :
un mode de transport associé à des distances
courtes et à une condition physique qui exclut un
âge avancé
Interrogés
sur les raisons pour lesquelles ils n'ont pas recours au
vélo pour se déplacer, les non-cyclistes (86%
de l'échantillon) donnent en premier deux raisons
principales : les distances à parcourir (22%) ;
la forme physique (21%).
Ces deux raisons
segmentent deux types distincts de population. Pour les
moins de 50 ans, les distances parcourues quotidiennement
sont trop longues pour être faites à vélo :
33% donnent cette réponse, très loin devant
la peur de se faire renverser (11%) et le besoin d'emmener
des passagers (8%). Chez les plus de 50 ans, c'est la forme
physique insuffisante qui est avancée comme première
raison par 40%, réponses qui augmentent avec l'âge
et qui témoignent de l'idée que ce mode de
transport est inadapté à la vieillesse :
26% entre 50 et 64 ans, 46% entre 65 et 74 ans, 62% après
75 ans.
La question
des distances est évidemment un obstacle chez les
actifs, en particulier ceux qui vivent en périphérie
urbaine (44% d'entre eux citent cette réponse en
premier) et en milieu rurbain (41%). Les actifs des centres
villes avancent un peu plus la peur de se faire renverser
par les voitures (14%) tandis que ceux du rural reprochent
au vélo sa lenteur (19%).
Le total de
toutes les réponses obtenues montre l'ensemble des
raisons avancées, sans hiérarchie. On y retrouve
les distances trop longues (32%) et la condition physique
(24%), mais aussi deux autres raisons citées de façon
secondaire : la peur de se faire renverser par les
voitures (25%) et l'insuffisance des pistes cyclables (23%).
La question des intempéries vient ensuite (17%),
suivie du besoin d'emmener des passagers (16%), la nécessité
de charger des courses (14%) ou la lenteur du vélo
(13%). A noter : la question des pistes cyclables n'est
pas qu'un problème rural car il est cité par
26% des citadins des centres-villes.
L'âge
demeure un clivage pertinent pour analyser les résultats,
au-delà de celui déjà repéré
plus haut : la nécessité d'emmener des
passagers et la crainte des intempéries sont plus
souvent avancées par les moins de 50 ans. Mais il
n'est pas le seul : les habitants des centres-villes
sont les plus nombreux à craindre la cohabitation
avec la voiture (30%), qui devient chez eux la crainte principale,
en particulier chez les femmes (34%). Les femmes urbaines
évoquent également davantage la nécessité
de charger des passagers ou des courses.
Les cyclistes
portent une grande attention aux aménagements
les
protégeant des voitures
Si l'on examine
enfin les freins qui retiennent les cyclistes potentiels
de franchir le pas, on observe que la question des pistes
cyclables occupe une importance très nette :
39% d'entre eux citent cette raison, derrière les
distances à parcourir (44%) et devant la peur de
se faire renverser (32%).
Cette interpellation
des pouvoirs publics chargés de l'aménagement
des voies cyclistes est confirmée par le fait que
si 33% des Français perçoivent des efforts
pour faciliter la circulation des vélos là
où ils habitent, 62% ont le sentiment qu'on n'a pas
fait grand chose. Les cyclistes sont un peu plus indulgents
(39% contre 59%), ainsi que les jeunes (40% contre 55%),
les cadres (46% contre 50%) et les habitants des centres-villes
(39%). En zone rurale, en revanche, les jugements sont très
sévères : 73% ont le sentiment qu'il
n'y a pas eu d'amélioration. Cette question d'aménagement
a sans doute une influence sur la pratique du vélo
lorsqu'on constate que les cyclistes satisfaits (ceux qui
pratiquent et qui ne souhaitent pas changer de mode de déplacement)
sont ceux qui ont le plus le sentiment que des choses ont
été faites pour eux là où ils
habitent, même si la faiblesse des effectifs incite
ici à la prudence.
Didier WITKOWSKI
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