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Les potentiels de vote présidentiel
au 2ème tour
Le 3 mai
2002 - La situation singulière de ce second tour
d'élection présidentielle trouble la plupart
des repères politiques qui président aux déterminants
traditionnels du vote : des électeurs de gauche
sont invités à voter pour l'adversaire de
la droite parlementaire au nom de la lutte contre l'extrême
droite, sous une pression morale avivée par les manifestations
du 1er mai. Un tel contexte renforce à
la fois l'indécision d'une partie de l'électorat
et la difficulté à avouer dans les sondages
que l'on s'apprête à voter pour le leader de
l'extrême-droite. Il oblige les instituts comme la
Sofres, qui ne renoncent pas à appréhender
le vote quelques jours avant l'élection, mais n'ignorent
pas non plus les difficultés de l'exercice, à
mettre en place d'autres manières de recueillir les
intentions de vote des électeurs.
L'étude
qui suit tente de donner divers scénarios de second
tour à partir d'un recueil d'information qui ne se
fonde pas uniquement sur des intentions de vote traditionnelles.
Les interviewés ont pu ainsi donner plusieurs hypothèses
de comportement, sans avoir à effectuer un choix
non encore décidé. La mobilisation potentielle
des électeurs de gauche joue également dans
ce scrutin un rôle essentiel, si l'on suppose que
les électeurs de la droite modérée
et de l'extrême-droite au premier tour se porteront
sur leur champion au second.
La mobilisation
potentielle
Calculée
sur la base des personnes " tout à fait certaines
d'aller voter ", la mobilisation potentielle mesurée
dans cette enquête s'élève à
79%, soit une abstention potentielle de 21%. Un tel niveau
de participation semble en accord avec la tendance observée
à toutes les présidentielles d'une meilleure
mobilisation au second tour, ce qui peut apparaître
étonnant compte tenu de la configuration exceptionnelle
de celui-ci. Un autre indicateur accrédite l'idée
d'une brusque prise de conscience civique entre les deux
tours : l'intérêt pour l'élection
progresse de presque 20 points entre la veille du premier
tour et la veille du second (82% contre 63%). Cette remobilisation
est très sensible chez les jeunes : moins intéressés
que la moyenne avant le 21 avril (57%), ils le sont davantage
aujourd'hui (86%, +29 points). En revanche, l'abstentionnisme
apparaît plus élevé chez les électeurs
d'Arlette Laguiller (24%), ce qui n'est guère surprenant,
mais aussi chez ceux de Le Pen (24%), ce qui l'est plus.
Le vote potentiel
Trois hypothèses
ont été élaborées à partir
des comportements possibles des électeurs dans 48
heures. Elles ont toutes été élaborées
en observant avant tout les électeurs potentiels
de Jacques Chirac, car ceux de Jean-Marie Le Pen sont trop
peu nombreux à avouer leur intention de vote dans
nos sondages. Le premier scénario repose sur une
évaluation de l'électorat " noyau
dur " de Jacques Chirac, construit selon le schéma
suivant : sont tout à fait " certains d'aller
voter " ; " expriment une intention de vote
pour Jacques Chirac " ; sont " tout à
fait sûrs de leur choix et excluent de voter pour
Jean-Marie Le Pen ".
Cet ensemble
représente aujourd'hui 64% des électeurs rapportés
aux exprimés, soit un rapport de force Chirac / Le
Pen de 64% / 36% proche de l'observation des circonscriptions
à duel Droite - FN aux législatives de 1993
et 1997 (voir l'article de Jérôme Jaffré
dans Le Monde du 29 avril 2002). Dans cette hypothèse,
l'électorat Chirac apparaît très clivé :
les moins de 35 ans sont beaucoup plus nombreux à
être acquis au Président (74%) que les plus
de 35 ans (60%), et les couches sociales supérieures
se distinguent par un engagement chiraquien plus marqué
que les catégories populaires (80% chez les cadres
contre 52% des ouvriers).
Une seconde
hypothèse que l'on a baptisée " électorat
captif " consiste à élargir l'électorat
potentiel de Jacques Chirac aux personnes s'apprêtant
à voter pour lui et " tout à fait ou
pratiquement sûres " de leur choix, qu'elles
excluent ou non de voter pour Le Pen. Dans ce cas, le rapport
de force devient beaucoup plus favorable au Président,
dont le score s'élève alors à 75% (et
25% pour Jean-Marie Le Pen), avec une progression chez les
personnes de plus de 50 ans (73%) et les catégories
moyennes salariées (81% des professions intermédiaires,
76% des employés).
L'hypothèse
la plus favorable au Président, qui verrait une mobilisation
massive en sa faveur, et qui regroupe son électorat
potentiel complet (sûr ou pas de son choix) suggère
un score d'environ 82% (contre 18% pour son adversaire).
Dans ce cas, les clivages disparaissent logiquement mais
on observe toujours un engagement plus fort des jeunes et
des femmes.
D'autres variables
peuvent évidemment influer sur ces hypothèses,
en particulier la part - difficile à évaluer
- des électeurs qui choisiront le vote blanc, ou
une abstention très différenciée entre
les électeurs de gauche et de droite du premier tour.
Mais nos évaluations, très larges au demeurant,
dressent un éventail raisonnable des possibles dans
un contexte électoral inédit.
Didier
WITKOWSKI
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