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Les Français et le Front national
Où en est le Front national ?
Le 3 juin 2000 -
Le Front national est véritablement né en politique lors des élections municipales
de 1983 et il a su occuper pendant les seize années qui ont suivi une place centrale
dans la vie politique française. Une position qui apparaît paradoxale.
En effet, le FN n'a jamais
obtenu plus de 15% à une élection nationale majeure. Certes, localement, il a
pu parfois atteindre 25% et 30% et il a conquis le pouvoir, ce qui n'est pas mince,
à Orange, Vitrolles, Marignane et Toulon. Certes également, de telles ressources
électorales lui ont donné une capacité de nuisance considérable, puisqu'il pouvait
faire battre la droite dans de nombreux cas.
Mais si le FN a pris
un tel poids dans la vie publique française, c'est surtout en raison de ses prises
de position : le Front national a réorganisé le débat public en y introduisant
en force des questions qui n'y figuraient pas ou plus : l'immigration et la sécurité.
Dans ses plus grands moments, il a même totalement organisé la controverse autour
de ces seuls thèmes : on se positionnait pour ou contre le FN. c'est-à-dire
encore et toujours par rapport à lui. Enfin, cette place centrale dans le débat
public, le FN la doit, bien évidemment, à son leader, à l'outrance de ses propos
savamment distillés, et à ses talents de tribuns.
Et puis Bruno Mégret
s'en est allé. Le capitaine a également vieilli et l'on sent bien que Jean-Marie
Le Pen n'est plus ce qu'il était. Enfin, la croissance est de retour. Est-ce à
dire que le Front national va disparaître ? Qu'il a déjà disparu ?
Les dernières enquêtes
réalisées par la Sofres permettent d'apporter plusieurs réponses. Tout d'abord,
l'image du Front National et celle de Jean-Marie Le Pen se sont fortement dégradées.
Il y à quatre ans, 15 à 20% des Français avaient une bonne opinion du Front national
et de son leader. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 8%.
De plus, le Front national
fait moins peur que dans le passé : les Français restent vigilants, puisque
62% d'entre eux considèrent que le FN et Jean-Marie Le Pen représentent un danger
pour la démocratie en France mais 33% pensent aujourd'hui le contraire. Soit une
augmentation de 9% par rapport à 1999 et l'un des plus forts taux recueillis depuis
l'existence de ce baromètre.
Pour autant et enfin,
17% des Français se disent d'accord avec les idées défendues par Jean-Marie Le
Pen, soit un résultat qui reste très en deçà des 28% obtenus en avril 1996 ou
des 32% d'octobre 1991 mais qui augmente de 6% par rapport à l'an dernier.
Il s'est donc passé quelque
chose de très simple : " la marque " Front national s'est
détériorée, tout comme son leader, mais les positions qu'il défend continuent
de trouver un certain écho dans l'opinion. Cela signifie que les Français ne sont
toujours pas satisfaits de la façon dont, par exemple, la sécurité est gérée ;
mais également, que le retour de la croissance, à court-terme, accroît les impatiences
davantage qu'elle ne calme les esprits
La question est donc
de savoir comment ce double phénomène - effondrement de la marque, permanence
d'une certaine adhésion au discours - peut se traduire dans les urnes. Comme pour
fabriquer du vote, il faut à la fois diffuser des idées qui rencontrent un certain
écho et être capable de les incarner dans un parti et un leader crédibles, on
peut faire l'hypothèse d'un fort tassement du Front national (d'autant plus net
si une petite partie des électeurs vont vers le MNR) mais sans doute pas une disparition
du Front national ou un retour à sa marginalité des années 70.
Enfin, il faut noter
qu'au sein de la droite, ce sont les sympathisants du RPF et, dans une moindre
mesure ceux de DL, qui expriment la plus forte proximité idéologique avec les
sympathisants du Front ntional.
Plus de la moitié des
électeurs de ces deux partis considèrent d'ailleurs qu'il faudrait s'allier avec
le FN quand c'est nécessaire pour remporter la victoire lors des prochaines élections
municipales. La résistance est en revanche beaucoup plus forte chez les sympathisants
du RPR et plus encore chez ceux de l'UDF. On peut donc dire que, d'une certaine
façon, le RPF peut jouer le rôle de machine à recycler une partie des électeurs
frontistes et donc, de ce point de vue, que la droite n'a pas intérêt à une implosion
du RPF.
Brice Teinturier
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