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Les Espagnols et l'immigration
Le 3 octobre 2007 - Selon notre étude, réalisée pour France 24, les Espagnols considèrent l'immigration comme une chance plus que comme une menace, que ce soit pour l'Europe ou pour leur propre pays. En effet 43% pensent que l'immigration est plutôt une chance pour l'Europe, 40% pour l'Espagne alors que respectivement 16% et 23% considèrent qu'il s'agit plutôt d'une menace. Les Espagnols se révèlent par conséquent légèrement plus méfiants en ce qui concerne leur pays.
L'immigration comme une chance pour l'Espagne et plus encore pour l'Europe
Dans le détail, l'immigration est surtout vue comme une chance pour l'économie espagnole : cette vision est partagée par 55% des Espagnols interrogés, contre seulement 20% qui la voient comme une menace. L'immigration est également perçue comme une chance pour la culture espagnole par 49% des répondants (contre 23% pour qui elle est une menace). La question qui partage le plus les Espagnols est celle de l'identité de leur pays : 32% voient l'immigration de manière positive mais 25% considèrent qu'elle menace leur identité.
Les effets positifs de l'immigration sur l'économie sont fortement ressentis par les Espagnols. Parmi les éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance, ceux-ci retiennent d'abord l'apport de main d'œuvre dans certains secteurs (79%), devant l'ouverture plus grande aux autres et aux différences de culture et de modes de vie (73%). Viennent ensuite le dynamisme accrû de la démographie dans un pays vieillissant (71%), le soutien à la croissance et au dynamisme économique (67%) ainsi que l'enrichissement culturel (66%). Dans une bien moindre mesure, les Espagnols soulignent que l'immigration permet des échanges plus importants entre leur pays et les pays d'origine (55%).
Les effets négatifs de l'immigration :
la maîtrise des flux migratoires comme principal problème
Si les Espagnols reconnaissent les atouts de l'immigration, ils sont également nombreux à souligner les problèmes posés par celle-ci, le premier d'entre eux étant l'immigration clandestine : 80% des Espagnols pensent en effet que l'immigration clandestine constitue un des éléments qui peuvent faire de l'immigration un problème, devant la concentration d'immigrés dans certains quartiers (73%) et le trop grand nombre d'immigrés (72%). Les problèmes soulevés ont donc davantage trait à la capacité de maîtrise et de régulation de la population immigrée qu'aux difficultés posées par la rencontre et le mélange des cultures. Ainsi, les différences de modes de vie, de même que les différences de religion sont moins fréquemment relevées : respectivement par 46% et 45% des Espagnols interrogés. Les préoccupations quantitatives l'emportent donc sur les jugements qualitatifs.
Ceci se retrouve au niveau de la hiérarchie des problèmes posés par l'immigration. Quand on leur demande de désigner le problème le plus important aujourd'hui en matière d'immigration, 65% des Espagnols se prononcent pour l'immigration clandestine quand seulement 21% choisissent l'intégrisme religieux et 13% l'intégration des immigrés.
Des jugements balancés sur le modèle d'intégration espagnol
et nettement plus tranchés sur le partage des responsabilités
La question de l'intégration des immigrés, si elle arrive seulement en troisième place des problèmes posés par l'immigration, n'est pas toutefois sans poser problème. Ainsi, pour une courte majorité d'Espagnols, le processus d'intégration des immigrés reste perfectible : 51% estiment que la plupart des immigrés ont des difficultés d'intégration quand 43% estiment que la plupart sont plutôt bien intégrés.
Les causes de ces difficultés d'intégration sont à chercher, aux yeux des Espagnols, du côté des immigrés eux-mêmes plus que de la société. Ainsi, pour 57% des répondants, ce sont avant tout les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer, pour 28% qui pensent que c'est avant tout la société espagnole qui ne donne pas aux personnes d'origine étrangère les moyens de s'intégrer.
Les attentes en matière de politique d'immigration :
une politique intégratrice mais une ouverture limitée et contrôlée
Les politiques d'immigration souhaitées par les Espagnols sont des politiques plutôt intégratrices, sans toutefois aller jusqu'à accepter une plus grande ouverture des frontières. Ainsi, 81% des Espagnols souhaitent que l'on favorise le développement des pays d'origine et 77% désirent que la situation des immigrés irréguliers qui ont construit leur vie en Espagne soit régularisée.
La question des quotas à l'entrée du pays suscite des avis nuancés selon qu'il s'agit de quotas par profession ou par pays mais dans l'ensemble, une majorité lui est favorable : 72% des Espagnols souhaitent que des quotas par profession soient fixés pour les immigrés qui viennent en Espagne et 54% souhaitent des quotas par pays d'origine.
Les flux d'entrée semblent partager les Espagnols en deux, 51% souhaitent qu'un grand nombre d'immigrés soient renvoyés dans leur pays, de même que les flux de sortie : 49% pensent qu'il faut empêcher l'entrée de nouveaux immigrants en Espagne. Seuls 39% des Espagnols désirent que l'on favorise l'immigration économique mais freine le regroupement familial.
Enfin, une vision totalement ouverte des frontières ne semble plus d'actualité puisque seulement 18% souhaitent que les frontières de l'Espagne soient bien plus ouvertes qu'actuellement.
Le gouvernement de José Luis Zapatero n'a pas toute la confiance du pays pour conduire une politique adaptée à la situation en ce qui concerne l'immigration. Les Espagnols sont en effet divisés sur la question de confiance au gouvernement : 50% lui font confiance, dont 17% tout à fait, et 48% ne lui font pas confiance, dont tout de même 25% pas du tout.
L'Union Méditerranéenne : un moyen perçu comme plutôt efficace
pour traiter les questions d'immigration
Si la confiance dans le gouvernement espagnol pour résoudre les problèmes liés à l'immigration n'est pas très élevée, la solution est peut-être à chercher à un niveau supranational. Qu'en est-il d'une structure élargie à l'ensemble du pourtour méditerranéen ? La proposition faite par la France de mettre en place une Union Méditerranéenne, organisation visant à renforcer la coopération avec les pays du bassin méditerranéen qui ne font pas partie de l'Union Européenne semble plutôt bien perçue par les Espagnols.
Si son efficacité pour résoudre les questions liées à l'immigration est reconnue par 58% des Espagnols, ceux-ci considèrent davantage encore que cette organisation sera efficace pour lutter contre l'immigration clandestine (64%) et pour le dialogue et le resserrement des liens entre les deux rives de la Méditerranée (73%), dont près d'un sur cinq tout à fait efficace.
Au total, l'Union Méditerranéenne apparaît globalement du point de vue de l'opinion publique espagnole comme une structure adaptée et prometteuse pour résoudre les grandes questions du bassin méditerranéen.
Perception d'un monde musulman unitaire
Ce qu'on appelle « le monde musulman » est vu par les Espagnols comme un ensemble unitaire, dans lequel ce qui rassemble les musulmans serait plus fort que ce qui les distingue. En effet, 59% d'entre eux considèrent que ce qui rassemble les musulmans, c'est-à-dire leur religion, est plus fort que ce qui les distingue, (pays et régimes politiques différents, histoires différentes) quand 35% pensent l'inverse.
Sentiment que l'intégrisme musulman se renforce,
en Espagne mais surtout dans le monde
Lorsqu'on leur demande s'ils ont le sentiment que l'intégrisme musulman gagne du terrain en Espagne, recule ou ni l'un ni l'autre, 48% ont le sentiment qu'il progresse et 40% se retranchent sur la position intermédiaire. Seuls 6% estiment que l'intégrisme musulman recule dans leur pays.
Les avis sont nettement plus tranchés lorsque l'on se place à un niveau mondial et non plus national : 59% des Espagnols pensent que l'intégrisme musulman gagne du terrain dans le monde, 26% se situent sur la position intermédiaire et 8% qu'il recule.
Au total, les Espagnols ont donc une vision relativement positive de l'immigration, même s'ils sont conscients des difficultés d'intégration que celle-ci engendre et surtout, des problèmes liés à l'immigration clandestine. L'Union Méditerranéenne semble être perçue comme une structure efficace pour traiter des sujets d'immigration, et notamment d'immigration irrégulière.
Sarah Basset
Fiche Technique : Enquête réalisée pour France 24 du 20 au 26 septembre 2007, par téléphone, auprès d'un échantillon national de 921 personnes, représentatif de l'ensemble de la population espagnole âgée de 18 ans à 75 ans.
Méthode aléatoire, avec stratification par région et catégorie d'agglomération et contrôle des quotas (sexe et âge) des répondants.
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