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Les grands enjeux
des élections municipales de 2001
Le 4
janvier 2001 - Un an avant les grands rendez-vous
électoraux de 2002, les municipales de mars prochain
représentent un enjeu très important :
sur les 448 villes de plus de 20 000 habitants,
209 sont actuellement dirigées par la droite, 222 par
la gauche et 17 par des personnalités indépendantes.
Or, les experts électoraux considèrent aujourd'hui
que la gauche serait en mesure de conquérir davantage
de villes que la droite et pourrait éventuellement
remporter Paris et Lyon, ce qui constituerait un mini-séisme
politique. Le suspense vient surtout de l'incertitude
qui règne sur les résultats dans ces deux
villes, le passage à gauche de l'une des deux,
voire des deux, serait évidemment le fait marquant
du scrutin. Moins médiatisées, d'autres
situations sont également intéressantes :
les villes conquises par l'extrême-droite en 1995,
les villes actuellement détenues par la droite
où se présentent des ministres du gouvernement
de Lionel Jospin et les autres espoirs de conquête
de la gauche et de la droite.
La
bataille de Paris
L'élection
parisienne constitue l'élection phare de ce scrutin
avec ses nombreux rebondissements qui sont sans doute
loin d'être terminés.
Bertrand
Delanoë, déjà tête de liste en
1995, avait réussi il y a six ans à conquérir
six arrondissements : les 3e, 10e,
11e, 18e, 19e et 20e face aux listes de Jean Tibéri. Crédité
dans le dernier sondage de la SOFRES de 51 % des suffrages
contre 49 % aux listes de Philippe Séguin, le candidat
socialiste, qui dispose d'une meilleure image personnelle
que ses deux rivaux, MM. Séguin et Tibéri,
pourraient bien l'emporter en mars prochain.
M. Séguin
qui a reçu en mai dernier l'investiture du RPR
pour être tête de liste à Paris a choisi
de se présenter dans le 18e arrondissement
en 4e de liste. S'il espère ainsi provoquer
une dynamique en sa faveur, il prend toutefois le risque,
si la gauche conserve cet arrondissement, de ne pas être
élu Conseiller de Paris et par là même,
de ne pas pouvoir concourir au poste de maire.
Jean Tibéri,
exclu du RPR le 24 octobre, a réaffirmé
sa volonté d'aller jusqu'au bout. Il peut compter
sur quelques fidèles (Vincent Reïna,
candidat dans le 9e arrondissement et
Jean-François Legaret, maire du 1er ) et entend bien avoir des listes dans les vingt arrondissements
parisiens.
Le pouvoir
de nuisance des listes Tibéri est difficile à
évaluer tant que ce dernier n'a pas annoncé
ses têtes de liste dans chaque arrondissement. Il
est toutefois bien réel : avec 10 % d'intention
de vote en moyenne dans le dernier sondage de la SOFRES,
M. Tibéri serait en mesure de se maintenir
au second tour dans un certain nombre d'arrondissements
actuellement détenus par la droite. Philippe Séguin
ayant réaffirmé, lors de son meeting à
Charléty, qu'il n'y aurait ni " combinaisons " ni " ajustements " entre les
deux tours, cette situation est délicate pour la
droite : dans un arrondissement où la liste
Tibéri obtiendrait 10 %, M. Séguin
entend imposer à ses partisans de renoncer à
leurs sièges, plutôt que de négocier
la fusion des deux listes de droite.
Les prochains
sondages par arrondissement permettront de dire si une
telle stratégie est payante et d'une façon
plus générale d'apprécier l'évolution
des rapports de forces entre les candidats.
La
succession de Raymond Barre à Lyon
La situation
lyonnaise présente un certain nombre de similitudes
avec la situation parisienne, avec une différence
de taille toutefois : l'incertitude vient de la décision
de l'actuel maire de Lyon, Raymond Barre, qui n'est pas
candidat à sa propre succession.
A gauche,
Gérard Collomb, candidat pour la quatrième
fois à la mairie de Lyon, a réussi en 1995
à conquérir trois arrondissements :
les 1er, 7e et 8e ;
il se présente aujourd'hui à la tête
des listes d'union réunissant la quasi totalité
des forces de gauche.
Inversement
à droite, la situation est particulièrement
confuse avec trois listes qui se disputent l'électorat
modéré. Sont en effet candidats :
» Michel Mercier, UDF,
président du Conseil général du
Rhône, qui a reçu l'investiture officielle
de l'UDF mais également des instances nationales
du RPR. M. Mercier a également rallié
récemment M. Christian Philip (UDF) et Jean-Michel
Dubernard (RPR) qui s'étaient lancés dans
un premier temps en tandem dans la compétition ;
» Henry Chabert, député
RPR, proche de l'ancien maire Michel Noir, faisait figure
de favori mais a vu sa cote de popularité dégringoler
depuis sa mise en examen en février dernier.
Il est toujours soutenu par la Fédération
locale du RPR qui s'est vue pour cette raison sanctionner
par la Direction du parti. Son procès va sans
doute marquer une étape importante de la campagne
électorale ;
» Enfin, Charles Millon,
ancien ministre, député de l'Ain, très
contesté depuis son accord avec le Front national
pour conserver la présidence du Conseil régional.
Michel
Mercier a annoncé publiquement son refus de toute
alliance entre les deux tours avec Charles Millon, tandis
que le député de l'Ain a promis de tout
faire pour éviter que la gauche ne l'emporte mais
entend bien négocier ses voix entre le premier
et le second tour.
Dans ce
contexte de désunion à droite, M. Gérard
Collomb devance aujourd'hui M. Michel Mercier dans
les sondages et pourrait bien devenir demain maire de
Lyon.
Les
municipalités conquises par le Front national
en 1995
Les quatre
villes conquises par le Front national en 1995 :
Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange constituent également
un enjeu important. S'il est à peu près
acquis que Toulon devrait retrouver un maire de droite
modérée, la situation est plus confuse dans
les trois autres villes où les divisions internes
à chaque camp pourraient permettre aux maires en
place d'être réélus à la faveur
de quadrangulaires.
A Toulon,
le maire actuel Jean-Marie Le Chevallier, en rupture avec
son ancien parti et fortement discrédité
par différentes affaires, se verra opposé,
outre la liste de gauche et la liste UDF-RPR-DL conduite
par le président du Conseil général
Hubert Falco, une liste RPF conduite par l'ancien préfet
Jean-Charles Marchiani et une liste du Front national.
Dans ce contexte, il est à peu près acquis
que M. Le Chevallier recueillera un score symbolique,
tandis que la liste de M. Falco devrait arriver largement
en tête au premier tour.
A Orange,
le maire Jacques Bompard a choisi de ne pas se représenter
sous l'étiquette Front national, ce qui pourrait
lui permettre d'assurer sa réélection.
Les
ministres en campagne
Autre temps
fort de ces municipales, les cinq villes actuellement
détenues par la droite que tenteront de conquérir
les ministres du gouvernement Jospin :
» Élisabeth Guigou
à Avignon
» Dominique Voynet à
Dôle
» Jean-Claude Gayssot
à Béziers
» Pierre Moscovici à
Montbéliard
» Roger-Gérard
Schwartzenberg à Villeneuve-Saint-Georges
Les situations
locales sont cependant très différentes :
Avignon, Béziers et Villeneuve-Saint-Georges ont
été perdues par le Parti socialiste en 1995
et la reconquête de ces villes s'annonce est envisageable.
Inversement, les maires de Dôle et de Montbéliard
bénéficient d'une forte assise locale :
M. Souvet avait été réélu
dès le premier tour à Montbéliard
en 1995 et M. Barbier très confortablement au deuxième
tour à Dôle. Un sondage récent le
donnait d'ailleurs largement vainqueur devant Dominique
Voynet.
Les
espoirs de la gauche
Le départ
de Dominique Baudis de son siège de la mairie de
Toulouse avait suscité l'espoir au Parti socialiste
de reconquérir la ville de Toulouse. Le brillant
passage de témoin de Dominique Baudis à
Philippe Douste-Blazy joint à la multiplicité
des listes de gauche à Toulouse ôte quasiment
tout suspense, les sondages étant très favorables
à Philippe Douste-Blazy, mais il n'est pas exclu
que l'image de M. Douste-Blazy ait pâti de sa mauvaise
prestation au Congrès de l'UDF il y a quelques
semaines.
Inversement,
la gauche peut espérer remporter certaines mairies,
notamment Le Havre et Bourges (anciennes villes communistes),
ou encore Dijon et Caen où les maires sortants
ne se représentent pas.
Les
espoirs de la droite
La droite
peut porter ses espoirs sur des villes conquises relativement
par surprise par la gauche en 1995, notamment Rouen et
Tours où les anciens maires M. Lecanuet et M. Royer
n'avaient pas su préparer leur succession, provoquant
ainsi l'élection de maires socialistes en 1995.
Autre ville
qui pourrait également basculer, Le Mans, dirigée
depuis de nombreuses années par un communiste refondateur
qui a décidé de se retirer et de laisser
sa place au Parti socialiste. Les aléas de cette
succession pourraient bien profiter à la droite
locale qui a remporté la législative partielle
au printemps dernier.
Carine Marcé
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