
Les réactions des Français
aux annonces des baisses d'impôts
Le 4 septembre 2000 - L'annonce
d'une baisse des impôts ne figure pas parmi les exercices les plus difficiles
pour un Gouvernement, a fortiori après des années de prélèvements
records. Pourtant, deux écueils guettaient Laurent Fabius et Lionel Jospin :
d'une part un mauvais ciblage des impôts choisis qui échouerait à
calmer la grogne des contribuables-automobilistes ; d'autre part le reproche
de privilégier les catégories supérieures soumises à
l'impôt sur le revenu.
Des
baisses globalement approuvées, celle de la CSG plébiscitée
Les résultats de ce sondage
exclusif, réalisé pour le Figaro juste après
les annonces, montrent que les Français sont globalement satisfaits des
choix effectués par le Gouvernement et réservent un accueil positif
à chacune des baisses annoncées. 62% des interviewés estiment
ainsi qu'il a eu raison de donner la priorité à la baisse des impôts
et des taxes, contre 34% qui auraient préféré revaloriser
les minima sociaux ou les services publics. Les réserves émises
par les Verts ou le Parti communiste trouvent un écho limité auprès
des sympathisants de gauche : chez ces derniers, la baisse des impôts
est approuvée par 60% (contre 38% en faveur d'autres priorités).
Dans le détail, la satisfaction
est massive pour chaque impôt qui diminue ou disparaît, mais la hiérarchie
des " très satisfaits " montre que la baisse de la
CSG sur les bas salaires est la mesure la plus appréciée. Ce résultat
confirme à quel point ce prélèvement social, pourtant davantage
égalitaire car assis sur tous les revenus, demeure un des grand mal-aimés
du système fiscal, à côté de la TVA et de l'impôt
sur les successions. La vignette automobile, la baisse des taxes sur le fioul,
et le gel de la hausse des taxes sur le gazole sont ensuite les mesures les plus
approuvées, confirmant la focalisation actuelle de l'opinion sur la fiscalité
des carburants. Là encore, les gens de gauche ou écologistes ne
se distinguent guère des autres contribuables et approuvent massivement
la suppression de la vignette (conspuée par les Verts) ou la réduction
de l'impôt sur les sociétés (contestée par les communistes).
Encore
un effort...
C'est en réalité
plutôt sur l'air de " encore un effort Monsieur le Premier ministre "
que les Français réagissent à ce plan de réduction
d'impôts. Les attentes exprimées ne traduisent pas de déception
majeure : bien que 56% auraient préféré que l'on diminue
d'autres impôts, 42% se disent satisfaits dans un domaine où les
satisfecits sont rares. Parmi les catégories qui ont le plus trouvé
leur compte, citons les cadres (50%), les jeunes (55%) et les sympathisants socialistes
(49%). Parmi les plus déçus : les professions intermédiaires
(59%), les employés (63%) et les sympathisants communistes (71%). C'est
la taxe d'habitation (34%) et les taxes sur l'essence (33%) qui figuraient parmi
les priorités de nos déçus, en particulier les sympathisants
communistes et les ouvriers, mais ce regret n'est pas majoritaire dans la population,
comme si les Français savaient gré au Gouvernement d'avoir pris
en compte leur exaspération.
L'impôt sur le revenu figurait
également parmi les dossiers épineux, compte tenu des équilibres
internes de la Majorité. C'est dans ce domaine que les résultats
sont les plus mitigés : 31% estiment que le Gouvernement a bien réparti
les baisses entre les différentes tranches d'imposition, 25% auraient souhaité
un effort supplémentaire en faveur des tranches basses, mais la majorité
relative (38%) regrette un geste insuffisant en direction des classes moyennes.
C'est sans doute ici que réside le semi-échec de Lionel Jospin et
de Laurent Fabius : en surestimant les réticences politiques de leur
électorat, ils ont négligé sa sociologie et son identification
majoritaire à une hypothétique classe moyenne. C'est ainsi dans
son propre camp que les regrets sont les plus nombreux : 43% des communistes
et des écologistes auraient souhaité une baisse plus prononcée
pour les revenus moyens.
Quant à la baisse de la
tranche supérieure de l'IRPP, les Français de gauche n'y voient
guère une trahison : 52% estiment normale la baisse de la tranche
marginale de 54% à 52,5% (56% parmi l'ensemble des Français). Ils
auraient considéré tout autrement une baisse à moins de 50%
(seuls 30% l'auraient trouvée " normale ") mais les
sympathisants de droite n'auraient pas été très enthousiastes
non plus (45%).
Quels
bénéfices pour les Français?
Là ou le Gouvernement
doit le plus s'inquiéter, c'est face à la question de la traduction
de ces baisses dans la vie quotidienne du public. C'est un écueil que connaissent
toutes les équipes au pouvoir : les hausses d'impôt sont toujours
mieux mémorisées que les baisses, et le grand public est souvent
persuadé que les mesures décidées ne changeront rien à
leur niveau de vie. C'est encore le cas cette fois, mais de manière assez
sévère avec 68% des interviewés qui anticipent une légère
augmentation de leur pouvoir d'achat " mais sans plus " et
22% pas d'augmentation du tout.
Pour les Français, le
Gouvernement a pris de réelles mesures d'allégement de la fiscalité,
a pris conscience du caractère intolérable du prix de l'essence,
mais a sans doute péché par timidité : d'autres impôts
auraient pu être baissés et un geste plus clair en direction des
classes moyennes et supérieures n'aurait pas choqué grand monde.
Notre sondage le montre, la baisse des impôts n'est plus un tabou pour l'électorat
de gauche, massivement identifié à une classe moyenne qui se vit
comme la victime permanente du fisc. Au moins - et ce n'est pas rien - le Gouvernement
aura-t-il consolidé l'image sociale et équitable de sa politique
fiscale : 32% des Français estiment qu'elle avantage surtout les ménages
à faibles revenus et 31% pratiquement tous les Français.
Didier
WITKOWSKI