Le 4 novembre 2000 - La vague de novembre du baromètre politique que réalise la Sofres pour le Figaro-Magazine témoigne d'une accalmie tant dans le climat économique que dans le climat politique.

Sans pour autant retrouver son niveau record du début du mois de septembre, l'indicateur de climat économique et social s'améliore nettement par rapport au mois dernier. Avec 33% des personnes interrogées estimant que " les choses vont en s'améliorant " (+6 points par rapport au mois dernier) et 47% qu' " elles ont tendance à aller plus mal " (-7 points), l'indice s'établit à -14 (différence entre les réponses " s'améliore " et " se détériore ", soit un niveau proche de ceux enregistrés au printemps dernier. Cet indicateur avait connu une très forte baisse entre septembre et octobre, témoignant du mécontentement de l'opinion, à propos de la fiscalité sur les carburants notamment. Il se situe aujourd'hui à un niveau moins alarmant, confirmant une dégradation conjoncturelle particulièrement marquée, mais ne retrouve pas celui, exceptionnellement élevé, du début du mois de septembre. Les tensions sur les prix et la baisse de la consommation en août et septembre y sont certainement pour quelque chose. Au delà, on peut penser que les Français sont aujourd'hui dans une situation d'attente à l'égard du gouvernement. Il reste que la perception de la situation de la France est aujourd'hui nettement meilleure que lors des dernières années.

Lionel Jospin efface une bonne partie de sa baisse du mois dernier

Car un phénomène identique se produit pour la cote de confiance du Premier ministre. Lionel Jospin avait enregistré à la fin du mois dernier son plus bas niveau de popularité depuis son arrivée à Matignon. Sans être négative, sa cote de confiance s'établissait dans ce baromètre à 50% (contre 48%), en baisse de 10 points par rapport au mois précédent.

Ce mois-ci, le Premier ministre enregistre un net regain de confiance : 58% des personnes interrogées (+8 points) lui font aujourd'hui confiance, contre 40% (-8). Il efface donc une bonne partie de sa baisse du mois dernier, mais ne retrouve pas son niveau de popularité d'avant la crise de la rentrée. Avec 58%, il se situe toutefois à des niveaux record pour un Premier ministre sous la Vème République, plus de 3 ans après sa nomination à Matignon. Lionel Jospin prouve ainsi sa capacité de rebond, démontre qu'une bonne partie du mécontentement à son égard était conjoncturel, et semble avoir réussi son remaniement gouvernemental, comme le confirme la cote d'avenir de ses principaux ministres.

Dans le même temps, il ne retrouve pas l'ensemble de ses soutiens à gauche, et la crise de septembre semble avoir entraîné une forte cristallisation, les électeurs de droite se faisant moins consensuels. Certes, 74% des sympathisants de gauche lui font aujourd'hui confiance : c'est exactement le même niveau qu'à la fin du mois dernier et 8 points de moins qu'au mois de septembre. Mais c'est chez les sympathisants de droite que la rentrée a laissé le plus de traces : 38% lui font aujourd'hui confiance, pour 35% le mois dernier et 45% en septembre.

Quasi stabilité à droite et à gauche par rapport au mois dernier, cela signifie que Lionel Jospin doit l'amélioration des jugements en sa faveur aux personnes sans proximité partisane (+13 points de confiance) et aux sympathisants écologistes (+11 points). Ces deux catégories de la population ont la particularité commune d'être plus jeunes, et les personnes sans proximité partisane sont plus nombreuses chez les femmes et les personnes ayant de faibles revenus. Les jeunes (+13 points chez les 18-24 ans), les femmes (+11 points) et les personnes ayant de faibles revenus sont plus sensibles aux problèmes de pouvoir d'achat et sont les catégories qui ont manifesté le mécontentement le plus vif lors de la crise de septembre. Les femmes ont quant à elles pu spécifiquement apprécier le " remaniement féminin du gouvernement ". Leurs jugements redeviennent aujourd'hui positifs.

Jacques Chirac en forte progression, mais des jugements toujours partagés

L'orage semble s'éloigner, aussi, pour le Président de la République. 49% des personnes interrogées déclarent aujourd'hui lui faire confiance (contre 49%) : c'est huit points de plus qu'au mois dernier. Directement touché par les révélations de la cassette vidéo de Jean-Claude Méry, Jacques Chirac voir aujourd'hui la controverse médiatique sur ce sujet s'éloigner. L'actualité du mois d'octobre, marquée par le conflit Israélo-Palestinien, lui offre une pause sur le terrain national, et lui permet de reprendre la parole dans un domaine où il bénéficie d'une forte légitimité aux yeux de l'opinion : la politique étrangère. Même si la progression de sa cote de confiance est forte, son niveau reste inférieur à celui du printemps dernier. S'il bénéficie d'une confiance importante à gauche (42%, +11 points), c'est chez ses propres soutiens que les traces de l'affaire Méry sont les plus fortes. Il ne progresse que de trois points par rapport au mois dernier à 66%, ce qui signifie qu'un tiers des sympathisants de droite ne lui fait pas aujourd'hui confiance. Sur ce point, sa structure de popularité diffère sensiblement de celle du Premier ministre : alors que ce dernier est fortement soutenu par son camp et critiqué par ses opposants, le Président ne recueille pas un soutien sans faille auprès des sympathisants de droite et bénéficie de la bienveillance des sympathisants de gauche.

La détente du climat politique et économique, ainsi que la focalisation des médias sur des événements extérieurs, bénéficient également à l'ensemble des personnalités politiques, de gauche notamment.

Elisabeth Guigou : une entrée au ministère de l'Emploi remarquée

L'ensemble des personnalités de gauche voient leur cote d'avenir progresser par rapport au mois dernier et tous les ministres testés dans ce baromètre enregistrent une amélioration des jugements en leur faveur. C'est notamment le cas pour Dominique Voynet (38%, +5) et Ségolène Royal (48%+4), et, surtout, pour la nouvelle ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Elisabeth Guigou.

Avec une progression de 11 points, sa cote d'avenir s'établit à 60%, soit 1 point de moins que Lionel Jospin (il progresse de 8 points à 61%). La forte médiatisation de son arrivée - et du départ de Martine Aubry - profite largement à l'ex Garde des Sceaux. Au delà du niveau, c'est la structure de la popularité d'Élisabeth Guigou qui mérite une attention particulière. Avec 71% des sympathisants de gauche souhaitant lui voir jouer un rôle important au cours des prochains mois (+9 points), elle n'est devancée que par Lionel Jospin (78%) et obtient des jugements plus favorables chez ces derniers que Martine Aubry (68%). Surtout, la personnalité de la nouvelle ministre de l'Emploi apparaît plus consensuelle que celle de son prédécesseur. 52% des sympathisants de droite souhaitent eux aussi lui voir jouer un rôle important (+9 points), c'est 10 points de plus que Lionel Jospin, 14 de plus que Martine Aubry.et 2 points de plus que Philippe Séguin. Élisabeth Guigou est ainsi la personnalité - droite et gauche confondue - qui bénéficie de la plus forte cote d'avenir auprès des sympathisants de droite. Lionel Jospin pourra se satisfaire d'avoir réussi à gérer le départ de celle qui symbolisait " la politique de gauche " du gouvernement ". En choisissant Élisabeth Guigou, il ajoute une corde supplémentaire à son arc, puisque cette dernière séduit au delà des seuls sympathisants de droite.

Avec une cote d'avenir à 49%, Martine Aubry semble pour sa part avoir réussi son départ. Elle progresse de 6 points par rapport au mois dernier, et retrouve ainsi un niveau de popularité proche de ceux enregistrés au cours de ces dernières années. Son profil apparaît toutefois aujourd'hui moins consensuel que celui de sa remplaçante : largement soutenue par les sympathisants de gauche (68%), elle ne recueille les faveurs que de 28% des sympathisants de droite.

La droite en quête de leaders

A droite, bien que la plupart des personnalités politiques enregistrent une légère amélioration des jugements en leur faveur, aucun des actuels leaders ne perce véritablement. Simone Veil, absente de la vie politique, est toujours la personnalité de droite qui bénéficie de la meilleure cote d'avenir avec 39%. Philippe Séguin, en dépit de la médiatisation de sa campagne parisienne, peine à décoller : 36%, niveau identique par rapport au mois dernier, dont 50% chez les sympathisants de droite. Les autres personnalités de droite ne sont soutenues que par moins d'une personne sur trois et d'une sympathisant de droite sur deux. Notons toutefois le retour d'Alain Juppé au sein du trio de tête au bénéfice d'une forte progression (+6 points), celui-ci faisant désormais jeu égal avec Philippe Douste-Blazy (29%).

En mal de leader émergent, la droite souffre également de la mauvaise image de ses structures partisanes. 34% des personnes interrogées déclarent aujourd'hui avoir une bonne opinion du RPR (+2 points) et 31% de l'UDF (+1). A l'inverse, le Parti socialiste bénéficie de jugements largement positifs (58%, +5 points), et les écologistes (48%, +1) devancent aujourd'hui nettement le PC (29%, -4) qui souffre certainement, ce mois-ci, de la médiatisation de son procès.

Stéphane Marcel


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