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Les salariés et la refondation sociale
Le 4 mai 2000 - A la demande
de la CFE-CGC, la Sofres a réalisé une enquête auprès des salariés dans la perspective
des négociations entre le MEDEF et les syndicats sur la "refondation sociale".
Les salariés restent
majoritairement attachés aux conventions collectives : 65% seraient ainsi opposés
à ce qu'un salarié et une entreprise puissent négocier un contrat de travail sans
tenir compte de la convention collective, alors que 32% y seraient favorables.
Ce refus domine dans l'ensemble des catégories et, plus surprenant, aussi bien
chez les sympathisants de gauche (70%) que de droite (61%), alors que les implications
idéologiques de cette question ne sont pas négligeables. Paradoxalement, les employés
et les ouvriers sont moins réservés sur ce sujet que les cadres et les professions
intermédiaires. Paradoxalement car on pourrait penser que les catégories populaires
se montreraient plus attachées aux droits que garantissent les conventions collectives.
Sans en connaître toutes les facettes juridiques, les ouvriers en particulier
pourraient identifier naturellement la convention collective comme une garantie
et une conquête sociale; cela semble loin d'être évident, ce qui traduit sans
doute le déclin d'un certain type d'encadrement syndical. Et d'ailleurs, on constate
que si 80% des cadres et 72% des professions intermédiaires déclarent accéder
facilement à l'information syndicale dans leur entreprise, ce n'est le cas que
de 66% des employés et 44% des ouvriers.
Un rapport de force qui n'incite
pas à l'individualisation des négociations
Derrière ce fort attachement
au principe de la convention collective, on constate toutefois un certain attrait
pour la souplesse et l'individualisation si des bénéfices sont attendus. Lorsqu'il
est présenté comme une possibilité d'obtenir à la fois mieux et moins bien que
la convention collective, l'accord d'entreprise recueille le soutien de 54% des
salariés, 38% exprimant l'opinion inverse. Cette fois-ci ce sont les cadres qui
y sont le plus favorables (59%). Ces derniers se montrent donc plus aptes à soutenir
une individualisation des rapports sociaux, certainement en raison de leur culture
mais aussi des bénéfices qu'ils pourraient en retirer.
La tendance à l'individualisation
des rapports sociaux, présentée de manière plus concrète, se heurte toutefois
à la méfiance des salariés, qui ne s'estiment pas en situation de force dans l'entreprise.
Pour la grande majorité des salariés (66% contre 31%), la possibilité de négocier
librement le contrat de travail sans tenir compte des conventions collectives
serait négative pour les salariés, ces derniers se trouvant en position de faiblesse
dans la négociation. Là encore, on constate que les cadres (77% jugent cette possibilité
négative) sont plus prudents que les ouvriers (59%). Ce jugement est sans doute
alimenté par la vision que se font les salariés de leur propre situation. Ainsi,
dans ce type de négociation, 23% se verraient en position de force, 29% en situation
de faiblesse et 47% ni l'un ni l'autre. Dans le doute.
La création d'un CDD de 5 ans
ne séduit pas les salariés
Plus de six salariés sur dix
(62%) considèrent que la création d'un CDD de 5 ans serait négative pour les salariés
car ce "serait un pas de plus vers la précarité du travail", tandis que 37% y
verraient au contraire l'introduction d'une souplesse propice à l'emploi. Cette
proposition du MEDEF n'est soutenue ni par les sympathisants de droite (39% la
jugent positive), ni par ceux de gauche (38%).
En revanche, les salariés se
montrent plus favorables à l'évolution de l'assurance-chômage : 84% jugent
acceptable que les excédents de l'UNEDIC contribuent au financement de la formation
des jeunes (contre 14% qui estiment que l'argent des cotisations chômage doit
servir en priorité aux chômeurs), l'argument de lutte contre le chômage des jeunes
étant ici décisif.
Le large assentiment des salariés
à la mise sous condition des indemnités de chômage est plus étonnant, même s'il
confirme d'autres études sur les effets pervers des dispositifs d'assistance.
Le risque pour les chômeurs de devoir accepter des postes à n'importe quelle condition
pèse peu face à la perspective du retour à l'emploi. 78% des salariés sont ainsi
favorables à la mesure qui introduirait le bilan de compétence des chômeurs et
l'impossibilité de refuser plus d'un certain nombre d'offres d'emplois. Et ce
jugement domine largement aussi bien chez les sympathisants de gauche (79%) que
de droite (81%).
Les salariés ne souhaitent
pas retarder leur départ à la retraite
La possibilité de percevoir
une retraite plus élevée en échange d'un départ plus tardif à la retraite ne séduit
pas les salariés : seuls 14% y souscrivent, 84% donnant la priorité au départ
à l'âge normal. Le jugement majoritaire domine dans l'ensemble des catégories
socio-politiques.
En revanche, sept salariés sur
dix se déclarent prêts à racheter certaines périodes (comme les études, les interruptions)
pour percevoir une retraite plus élevée. Cette possibilité, déjà offerte aux salariés
du public, séduit aussi 70% des salariés du privé, et davantage les cadres (75%)
et professions intermédiaires (75%) que les employés (64%) et les ouvriers (65%).
Peut être parce que ces derniers sont moins concernés par des interruptions d'activité,
ou parce que les premiers disposent de revenus plus élevés.
Le stress au travail : une
pression croissante
S'ils rechignent à retarder
l'âge de départ à la retraite, c'est aussi peut-être parce les salariés
constatent une forme de dégradation de leurs conditions de travail. L'augmentation
du stress au travail depuis quelques années est en effet indéniable : 89% des
salariés estiment que dans leur entourage professionnel, les gens souffrent plus
du stress qu'il y a quelques années (48% estiment même que les gens en souffrent
"beaucoup plus"). Les femmes le constatent un peu plus que les hommes, et les
catégories populaires plus que les cadres supérieurs ou professions intermédiaires.
A titre personnel, près d'un
salarié sur deux (42%) déclare d'ailleurs subir fréquemment une tension nerveuse
très forte au travail, alors que 58% la ressentent de temps en temps ou jamais.
Les salariés du privé (46%), les cadres (45%) et les salariés de 35 à 49 ans (46%)
ressentent plus fortement cette tension que les salariés du public (36%), les
ouvriers (35%) ou les salariés plus jeunes (38%).
Autre aspect du stress : le
sentiment de manquer de temps. Près de six salariés sur dix éprouvent " souvent "
ce sentiment, contre 43% qui ne le ressentent que rarement ou jamais.
Cette tension entre activité
professionnelle et vie sociale et familiale est plus fortement ressentie par les
cadres (68%) et par les femmes (61%) que par les autres catégories de salariés.
Fiche Technique : Enquête
réalisée les 11 et 12 avril 2000 pour CFE-CGC auprès d'un échantillon
de 459 salariés extrait d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif
de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus ; interrogé par
téléphone. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS)
et stratification par région et catégorie d'agglomération.
Les résultats
Question : Vous savez
qu'actuellement en France les droits des salariés sont régis par des conventions
collectives de branches professionnelles (par exemple la métallurgie, la chimie,
les services, etc.), qui ont été négociées par les partenaires sociaux. Seriez-vous
plutôt favorable ou plutôt défavorable à ce que désormais :
| |
Plutôt favorable
|
Plutôt défavorable
|
Sans
opinion
|
|
- Un salarié et une entreprise
puissent négocier un contrat de travail
sans tenir compte de la convention collective
|
32
|
65
|
3
|
|
- Que sur certains aspects,
un accord d'entreprise soit moins avantageux
pour le salarié que la convention collective s'il est plus avantageux sur d'autres
aspects
|
54
|
38
|
8
|
Question : Si
on donnait aujourd'hui la possibilité aux salariés et aux entreprises de négocier
librement leur contrat de travail sans tenir compte des conventions collectives
ou des accords d'entreprise, estimez-vous que ce serait pour les salariés :
|
- Plutôt positif car cela permettrait
aux salariés d'adapter leur contrat de travail
à leurs attentes personnelles
|
31
|
|
- Plutôt négatif car les salariés
seraient souvent en position de faiblesse
dans la négociation avec l'entreprise
|
66
|
|
Sans opinion
|
3
|
Question : Si vous
deviez négocier avec votre entreprise les différents aspects de votre contrat
de travail (salaire, horaires, conditions de travail), aujourd'hui est-ce que
vous vous sentiriez :
|
- Plutôt en situation de force
|
23
|
|
- Plutôt en situation de faiblesse
|
29
|
|
- Ni l'un ni l'autre
|
47
|
|
Sans opinion
|
1
|
Question : Certains
proposent également la création d'un contrat de travail à durée déterminée de
5 ans. Estimez-vous qu'une telle mesure serait :
|
- Plutôt positive : cela introduirait
de la souplesse dans le marché du travail
et les entreprises hésiteraient moins à embaucher de tels contrats
|
37
|
|
- Plutôt négative : ce serait
un pas de plus vers la précarité du travail
des salariés
|
62
|
|
Sans opinion
|
1
|
Question : Actuellement,
l'UNEDIC, qui est la caisse qui finance l'assurance chômage, est excédentaire.
Jugeriez-vous acceptable ou pas acceptable que les surplus de l'UNEDIC contribuent
au financement de la formation des jeunes pour les aider à s'insérer dans la vie
professionnelle ?
|
- Ce serait acceptable : aider
à la formation des jeunes est une manière
de lutter contre le chômage des jeunes
|
84
|
|
- Ce ne serait pas acceptable
: l'argent des cotisations chômage doit
servir en priorité aux chômeurs
|
14
|
|
Sans opinion
|
2
|
Question : Certains
proposent que désormais tout chômeur bénéficie d'un bilan de compétences et de
formations, mais aussi que s'il refuse plusieurs offres d'emploi adaptées à ses
compétences, il verra ses indemnisations diminuées ou supprimées. Seriez-vous :
|
- Plutôt favorable à cette mesure
: il faut privilégier le retour à l'emploi
des chômeurs plutôt que de verser des indemnités
|
78
|
|
- Plutôt défavorable : les entreprises
vont dicter leurs conditions et les chômeurs
seront obligés d'accepter des emplois à de mauvaises conditions
|
20
|
|
Sans opinion
|
2
|
Question : En ce qui
concerne votre retraite, qu'est-ce qui serait le plus important pour vous ?
|
- Partir à l'âge prévu
de départ en retraite et percevoir votre
pension normale
|
84
|
|
- Percevoir une pension plus
élevée que prévue, mais partir quelques
années plus tard
|
14
|
|
Sans opinion
|
2
|
Question : Pour améliorer
le niveau de votre retraite, seriez-vous prêt à racheter certaines périodes (comme
les études, les interruptions.) si c'était possible ?
|
- Oui
|
71
|
|
- Non
|
28
|
|
Sans opinion
|
1
|
Question : éprouvez-vous
très souvent, assez souvent, de temps en temps ou jamais :
| |
Ensemble
des salariés
|
Salariés du
secteur public
|
Salarié du
secteur privé
|
Une
tension nerveuse
très forte au travail
- Très souvent
- Assez souvent
Sous-total
- De temps en temps
- Jamais
Sous-total
- Sans opinion
|
21
21
42
40
18
58
0 |
17
19
36
43
21
64
0 |
24
22
46
38
16
54
0 |
L'impression
de manquer
de temps pour faire ce
que vous avez à faire
- Très souvent
- Assez souvent
Sous-total
- De temps en temps
- Jamais
Sous-total
Sans opinion |
30
27
57
31
12
43
0 |
24
30
54
35
11
46
0 |
34
25
59
28
13
41
0 |
Question : Diriez-vous
que dans votre entourage, au travail, les gens souffrent du stress :
| Beaucoup
plus qu'il y a quelques années |
48
|
| Un
peu plus qu'il y a quelques années |
41
|
| ST
Plus |
89
|
| Un
peu moins qu'il y a quelques années |
8
|
| Beaucoup
moins qu'il y a quelques années |
2
|
| ST
Moins |
10
|
| Sans
opinion |
1
|
Question : Avez-vous
le sentiment que la formation professionnelle dont vous disposez dans votre entreprise
vous permet de vous adapter aux nouvelles conditions du marché du travail ?
| |
Ensemble
des salariés
|
Salariés du
secteur public
|
Salarié du
secteur privé
|
|
Oui, tout à fait
|
30
|
32
|
28
|
|
Oui, plutôt
|
34
|
39
|
31
|
|
Sous-total OUI
|
64
|
71
|
59
|
|
Non, plutôt pas
|
17
|
14
|
20
|
|
Non, pas du tout
|
16
|
13
|
18
|
|
Sous-total NON
|
33
|
27
|
38
|
|
Sans opinion
|
3
|
2
|
3
|
Question : Avez-vous
accès à l'information syndicale dans votre entreprise :
| |
Ensemble
des salariés
|
Salariés
du
secteur public
|
Salarié
du
secteur privé
|
|
Très facilement
|
32
|
48
|
22
|
|
Assez facilement
|
30
|
30
|
29
|
|
ST Facilement
|
62
|
78
|
51
|
|
Assez difficilement
|
10
|
7
|
12
|
|
Très difficilement
|
10
|
5
|
14
|
|
ST Difficilement
|
20
|
12
|
26
|
|
Il n'y a pas d'information syndicale
|
15
|
9
|
20
|
|
Sans réponse
|
3
|
1
|
3
|
|