Printemps maussade pour l'exécutif

Le 4 mai 2001 - Printemps maussade pour le Président et le Premier ministre : tous deux enregistrent une baisse sensible de leur popularité par rapport au mois dernier, dans un contexte marqué par les conflits et annonces de plans sociaux. L'ensemble des personnalités politiques de droite et de gauche ne sont pas elles non plus épargnées, la quasi-totalité d'entre elles connaissant un mouvement de baisse. Tels sont les principaux enseignements du baromètre réalisé pour le Figaro-Magazine.

La vague de mai de notre baromètre mensuel enregistre les effets des événements qui ont marqué l'actualité au cours des dernières semaines, et notamment les mouvements de grève et les annonces de plans sociaux dans certaines grandes entreprises. L'indicateur de conjoncture retrouve son niveau de la fin septembre 2000, une majorité de 53% des personnes interrogées estimant que " les choses ont tendance à aller plus mal " (+5 points par rapport à fin mars) et seulement 28% (+3) qu'elles s'améliorent.

Nette dégradation du climat économique et social.

Ceci doit sans doute beaucoup à la visibilité marquée des annonces de plans de licenciement, notamment chez Danone ou Marks & Spencers, ainsi qu'aux mouvements sociaux. Près de 8 personnes sur 10 estiment qu'il va y avoir dans les deux ou trois mois à venir beaucoup de conflits sociaux (+13 points en un mois et +24 points par rapport à janvier), cet indicateur valant moins pour sa valeur prédictive que pour sa capacité à mesurer la conflictualité dans le pays. Il se situe aujourd'hui à un niveau supérieur à celui de l'automne, au moment du mouvement des routiers consécutif à l'augmentation des prix des carburants.

Conséquence directe des plans sociaux annoncés, alors que les chiffres du chômage continuent de baisser, les jugements sur l'action du gouvernement en la matière se dégradent : 38% des interviewés jugent sont action efficace (-5 points), contre 60% (+5).

Dans ce contexte, les cotes de popularité du Président et du Premier ministre se dégradent assez fortement, le premier enregistrant une baisse des jugements positifs de 5 points, et le second de 4 points.

. et de la popularité de l'exécutif

Avec 46% des personnes interrogées lui accordant leur confiance pour " résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement " (-5 points), et 51% qui la lui refusent, Jacques Chirac voit sa cote de popularité redevenir négative et retrouver ainsi son niveau de la fin de l'année 2000. On peut faire l'hypothèse que ce dernier, traditionnellement bénéficiaire de l'amélioration de la situation de la France, subît a contrario les conséquences de la dégradation du climat, qui lui est en partie imputée. A ceci s'ajoutent les affaires dans lesquelles sont nom est fréquemment cité, et notamment plus récemment son refus de répondre à la demande de témoignage du juge Halphen. Le Président enregistre une baisse sensible dans la quasi totalité des catégories de la population, et notamment chez ses propres soutiens (sympathisant de droite -4, personnes âgées -12). Sa cote de confiance ne demeure positive que chez les 18-24 ans (50%) et les sympathisants de droite (70%).

Même si elle reste positive, la cote de popularité du Premier ministre enregistre elle aussi une baisse sensible : -4 points de confiance à 53%, et +3 points de défiance (44%). Sans atteindre son niveau minimum de la mandature (50% fin septembre 2000), la cote de confiance de Lionel Jospin se situe à son niveau le plus bas depuis le début de l'année 2001, et ne cesse de baisser depuis février : -7 points entre février et mai. Mais à la différence de Jacques Chirac, Lionel Jospin enregistre une baisse plus sensible dans ses catégories de soutien traditionnelles : cadres supérieurs -23 points, professions intermédiaires -8, sympathisants de gauche -4. Il reste stable en revanche chez les retraités et les sympathisants de l'opposition. Au total, près de 4 ans après son arrivée à Matignon, le Premier ministre reste populaire dans la quasi totalité des catégories de la population, mais sa position s'affaiblit dans ses catégories de soutien.

Nul doute qu'il paye ici directement les conséquences de la situation actuelle très marquée socialement et symboliquement, ce dont témoigne la critique appuyée des sympathisants du PC. Ce baromètre confirme cependant que le potentiel et le crédit dont bénéficie Lionel Jospin pour le futur ne sont pas entamés : sa cote d'avenir personnelle reste stable à 57%, et il devance ainsi largement l'ensemble des personnalités de droite et de gauche présentes dans ce baromètre.

Le soufflé des municipales retombe. sauf pour les écologistes

Le mois dernier l'opinion avait sanctionné les personnalités politiques (notamment les ministres) battues aux élections, et récompensé les vainqueurs. Pour la plupart des personnalités dont l'élection a été fortement médiatisée, ce baromètre enregistre une baisse : le regain de popularité n'aura donc été que conjoncturel et de courte durée. Ceci est vrai pour Philippe Douste-Blazy dont la cote d'avenir redescend à 33% (-3), Nicolas Sarkozy (25%, -3), Jean-Louis Debré (16%, -4) ou François Hollande (33%, -2). Pour les battus en revanche, le mois écoulé n'aura pas provoqué de rebond : les cotes d'avenir d'Elisabeth Guigou et de Jack Lang restent stables. Philippe Séguin, quant à lui, continue sa descente aux enfers : après sa défaite parisienne, sa popularité s'établit à 22% dans l'ensemble de la population (-4 points) et 34% (-3) chez les seuls sympathisants de droite.

On constate par ailleurs que l'ensemble des personnalités politiques de droite comme de gauche enregistrent, à de rares exceptions près, une baisse de leur cote de popularité. Simone Veil demeure la personnalité de droite dont la cote d'avenir est la plus élevée (39%), devant Philippe Douste-Blazy et Alain Juppé (33% pour les deux), qui font jeu égal chez les sympathisants de droite (50%). A gauche, Lionel Jospin bénéficie du plus grand crédit pour l'avenir, et devient ce mois ci la seule personnalité politique, gauche et droite confondue, à bénéficier d' une majorité de jugements positifs. Suivent Elisabeth Guigou et Ségolène Royal (48% pour les deux). Le Premier ministre est à ce titre largement soutenu par les sympathisants de gauche (82%), alors que les ministres de l'emploi et de la famille, ainsi que Martine Aubry, sont soutenues par près de deux tiers d'entre eux.

Après municipales également dans l'image des formations politiques. Considérés comme les principaux vainqueurs du scrutin, les écologistes continuent sur leur lancée. Avec 57% de " bonne opinions ", ils obtiennent leur meilleur niveau dans ce baromètre, sont désormais le parti le plus apprécié, devançant ainsi le Parti socialiste, qui voit son image se stabiliser à 55% de bonnes opinions.

L'UDF et le RPR, après une légère amélioration enregistrée après les municipales, sont à l'instar des personnalités politiques de droite en repli : 34% de jugements favorables (-2 points) pour l'UDF, 33% (-3) pour le RPR.

Enfin, présenté comme le principale perdant du scrutin, le Parti communiste retrouve un peu d'air : 29% des personnes interrogées déclarent en avoir une bonne opinion (+3 points). Robert Hue, victime d'une forte baisse le mois dernier, se stabilise quant à lui à 22%.

Stéphane Marcel


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