Les jeunes au volant :
attitudes et perceptions des risques



Le 5 juillet 2000 - Première cause de mortalité chez les 15-24 ans, les accidents de la route nourrissent douloureusement les faits divers de la presse régionale. En cette période estivale, l'enquête réalisée par la SOFRES pour Sélection du Reader's Digest apporte un éclairage inquiétant tant sur les comportements des jeunes, que sur l'autosatisfaction dont ils font preuve.

Certificat de bonne conduite ?

On constate d'abord que si une forte majorité des jeunes de 18 à 25 ans juge " suffisante pour conduire en toute sécurité " la formation qu'ils ont reçue pour leur permis de conduire (79%) et estiment avoir eu le sentiment de " bien conduire " après l'obtention de leur permis les premières fois où ils ont pris le volant (82%), près d'un sur cinq apportent des réponses négatives à ces deux questions. Un sur cinq, c'est justement la proportion de jeunes parmi les personnes tuées chaque année sur les routes, soit près de 2000 en 1999.

Derrière le hasard des chiffres, et même s'il ne faut pas voir dans la formation à la conduite une cause essentielle des accidents - l'alcool, la fatigue et la vitesse intervenant plus largement - , ces résultats demandent à être pris au sérieux. Derrière l'autosatisfaction proclamée des jeunes sur la qualité de leur conduite - que les chiffres des accidents notamment chez les plus jeunes d'entre eux démentent - les plus âgés parmi les jeunes (les 23-25 ans), certainement plus réalistes sur leurs capacités, et les conducteurs occasionnels sont plus nombreux à estimer insuffisante la formation à la conduite reçue ou à se juger comme de piètres conducteurs.

Les jeunes interrogés sur les manques les plus importants dans la formation reçue sont particulièrement nombreux à répondre à l'ensemble des éléments proposés. Même s'ils soulignent avant tout les lacunes de la formation en matière de conduite sur route glissante (57%), ils sont très nombreux à souligner les autres carences, que ce soit l'apprentissage des techniques de freinage d'urgence, la formation à la conduite de nuit ou les réparations de base. Rappelons d'ailleurs ici que c'est souvent la nuit que se produisent les accidents les plus dangereux.

La conduite :
indépendance et plaisir de la vitesse

Mais la formation initiale n'est qu'un des éléments de la conduite et les carences de l'apprentissage un facteur parmi d'autres des risques d'accident. Ce qui domine avant tout dans les représentations des jeunes et dans leur ressenti lorsqu'ils sont au volant, c'est d'abord le sentiment d'autonomie/d'indépendance (71% estiment le ressentir souvent), bien avant le sentiment de liberté (43%), le plaisir de la vitesse (23%), la puissance (7%) et un pouvoir de séduction supplémentaire (4%). La conduite est donc d'abord symbolique de l'indépendance par rapport aux parents que procure le fait d'avoir une voiture/son permis. Concernant la vitesse, si l'on totalise les réponses " souvent " et parfois, on constate alors que ce sont 84% des jeunes interrogés qui déclarent ressentir le plaisir de la vitesse et, plus inquiétant encore, 88% des jeunes conducteurs réguliers (pour 67% des conducteurs occasionnels), ce qui accroît certainement encore les risques.

La vitesse, dont on connait les conséquences, est donc particulièrement valorisée par les jeunes. Mais il faudrait s'interroger sur son omniprésence et sa valorisation dans un grand nombre d'activités humaines contemporaines : peut-on demander à chacun de travailler plus vite, de communiquer plus vite ou de changer plus vite, tout en demandant également de conduire moins vite?

Seuls 9% des jeunes interrogés citent d'ailleurs " l'inutilité de la vitesse " comme un élément qui les incite à la prudence lorsqu'ils conduisent, alors que la peur de blesser ou tuer quelqu'un (83%) et la peur de se blesser ou se tuer (53%) sont bien plus importants. La peur du gendarme et de la sanction, dont le gouvernement a fait une arme et dont on connaît d'ailleurs l'efficacité, n'est en réalité pas reconnue par les jeunes, puisque seuls 14% avouent que la crainte de la police peut les inciter à plus de prudence et seulement 9% se montrent sensibles au risque de se voir retirer le permis de conduire. Difficile de s'auto-analyser en matière de comportement de conduite, plus que dans d'autres domaines.

Alcool au volant :
un phénomène fréquent, notamment chez les garçons

A côté de la vitesse, on connait les conséquences de l'alcool au volant, et notamment chez les plus jeunes. Les résultats de cette enquête en apportent une inquiétante confirmation. 41% des jeunes interrogées - 54% des garçons pour seulement 27% des filles - avouent qu'il leur est déjà arrivé de prendre le volant après avoir bu et 22% - 32% des hommes et 12% des femmes - après une nuit de fête bien arrosée. Le fait que ces réponses soient plus élevées chez les conducteurs occasionnels (respectivement 53% et 34%) n'a rien de rassurant, lorsqu'on sait que bon nombre de jeunes empruntent pour un soir la voiture de leurs parents.

Ceux qui préconisent la méthode largement répandue en Angleterre qui consiste à ce qu'une personne soit désignée dans le groupe pour ne pas boire et ramener les autres en fin de soirée trouveront dans cette enquête de quoi espérer : 77% des jeunes déclarent le faire " toujours " ou " souvent ". Mais les pessimistes (réalistes ?) argueront du fait que seuls 54% des jeunes déclarent le faire " toujours ", ce qui signifie qu'un sur deux le fait plus rarement ou jamais.

Près d'un jeune sur dix interrogé dans cette enquête déclare avoir été personnellement impliqué dans un accident grave en voiture. Suite à cet accident, on constate qu'une forte majorité (71% dont 32% " complètement " et 39% " un peu ") déclare avoir modifié sa façon de conduire. Selon le principe de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, les optimistes se satisferont qu'elle soit aux trois quarts pleine, soulignant - heureusement - la prise de conscience des jeunes impliqués dans un accident grave, alors que les plus pessimistes s'inquièteront que 68% déclarent n'avoir modifié leur conduite qu'à la marge voire pas du tout. On pourra quoi qu'il en soit être inquiété par le fait que les jeunes impliqués dans un accident grave sont plus nombreux que les autres à déclarer ressentir le plaisir de la vitesse (34% pour 21% des autres) et avoir pris le volant après avoir bu quelques verres entre amis (50% pour 34% des autres), mais on se rassurera en constatant qu'ils craignent désormais plus la police que les autres.

En conclusion, deux mesures proposées aux jeunes - l'une coercitive, l'autre " rétributive " -leur semblent efficaces pour réduire le nombre d'accidents de la route chez les jeunes conducteurs. La première, le retrait du permis de conduire si le conducteur est responsable d'un accident grave dans les 3 années suivant l'obtention du permis, est jugée efficace par 71% d'entre eux (contre 29%). La seconde, le remboursement du permis si le conducteur n'est responsable d'aucun accident grave dans les 3 années suivant l'obtention du permis de conduire, est jugée elle aussi efficace par 7 jeunes sur 10. Il est vrai que, portant un jugement rétrospectif sur le permis de conduire, une majorité des jeunes (46% contre 53%) jugent la formation " trop chère par rapport à son contenu ".

Stéphane Marcel




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Carine Marcé
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