Les Français face à la crise internationale
liée au terrorisme



Le 5 octobre 2001 - Depuis les attentats monstrueux du 11 septembre, les Français regardent la situation avec gravité mais sans céder à la panique. Ainsi, n'écartent-ils pas le danger de guerre mondiale dans les dix ans à venir : 43 % d'entre eux le redoutent, alors qu'ils n'étaient que 34 % dans ce cas il y a deux ans. En mai 1999, ils étaient cependant déjà 42 % à exprimer leurs craintes. La tension monte, personne ne sous-estime les risques mais on n'enregistre pas d'affolement. Les femmes, les jeunes, les ouvriers, les commerçants et artisans et surtout les électeurs d'extrême droite sont les plus pessimistes.

C'est évidemment, compte tenu des lourdes présomptions qui pèsent sur Ben Laden et sur les Talibans, l'Afghanistan qui arrive nettement en tête des pays les plus menaçants pour la paix dans le monde. Il est suivi, souvenir de la guerre du Golfe, par l'Irak (notamment chez les jeunes et chez les électeurs de droite) et par le Pakistan. Fait plus significatif, Israël et la Palestine arrivent aussitôt après, l'État hébreu devançant même légèrement les territoires palestiniens (chez les électeurs de gauche en particulier, ceux de droite mettant plus souvent en cause les Palestiniens). Cela prouve l'attention (justifiée) que portent les Français au Proche-orient mais cela révèle aussi une hostilité croissante à la politique d'Ariel Sharon. Il faut relever également que les Etats-Unis apparaissent en huitième position parmi les états dangereux, pratiquement à égalité avec l'Algérie et l'Iran et que ce jugement est notamment le fait des jeunes et des cadres.

D'ailleurs, lorsqu'on examine l'évaluation des Français sur les raisons qui ont fait des Etats-Unis les victimes des terroristes, on constate que leur regard est assez critique. Certes, le fait que les Etats-Unis soient la première puissance économique arrive en premier (49 % et davantage chez les jeunes, les cadres et dans l'électorat de gauche). La politique étrangère des Etats-Unis, celle qu'ils mènent vis à vis des pays arabes et leur appui à Israël obtiennent cependant des scores élevés (42 %, 42 % et 38 %), ce qui indique que les personnes interrogées leur attribuent une part de responsabilité dans le drame qu'ils ont vécu. En revanche, le fait que les Etats-Unis soient regardés par les terroristes comme le symbole de l'occident arrive nettement derrière (29 %). La réaction de sympathie et de solidarité suscitée par la tragédie du 11 septembre n'empêche donc pas les Français de jeter un regard assez négatif sur la politique extérieure américaine !

Les événements entraînent naturellement des anticipations noires chez les Français. 79 % (contre 16 %) s'attendent à des attentats en France, 63 % à une crise économique ou à des incidents graves avec la communauté musulmane. Les femmes, les commerçants et artisans, les électeurs de droite se montrent particulièrement inquiets. Il faut cependant souligner que, lors de la guerre du Golfe, le pessimisme était encore pire. Les Français n'apparaissaient d'ailleurs pas manichéens. Lorsqu'on les interroge sur l'Islam, une majorité (55 % contre 37 %) juge qu'il s'agit d'une religion globalement tolérante qui subit plus qu'elle ne produit des fanatiques. C'est notamment l'avis des hommes, des jeunes, des cadres, des électeurs de gauche et des anciens élèves de l'enseignement supérieur. Jusqu'à présent, on n'enregistre pas (sauf à l'extrême droite) d'animosité brutale vis à vis de l'Islam.

Cela n'empêche pas les Français de souhaiter, fort légitimement, un renforcement des mesures de sécurité (contrôles d'identité, lieux publics, etc.). Les femmes et les personnes âgées y sont spécialement attentives. Par contre, les Français prônent une politique extérieure ouverte (le développement économique des pays arabes les plus pauvres passant avant la lutte contre les terroristes, notamment chez les " cols blancs ", cadres et employés. Tout cela converge pour définir un climat certes empreint de gravité et d'appréhension mais qui révèle aussi du sang froid et une réelle indépendance d'esprit, méritoire dans des circonstances de ce genre.

Alain DUHAMEL




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