Les Français et la sécurité
dans les lieux publics

 

Le 5 octobre 2001 - Réalisée dans le cadre de l'Observatoire de la Sécurité ASSA ABLOY sur le thème de la perception, des inquiétudes et des attentes des Français concernant la sécurité dans les lieux recevant du public, cette troisième vague d'enquête aborde le problème de l'insécurité dans l'espace public. Elle montre que le sentiment d'inquiétude est largement répandu quant à la sécurité collective dans les lieux publics. Notons que cette enquête a été réalisée avant les attentats contre les Etats-Unis.

L'inquiétude quant à la sécurité collective dans les lieux publics est largement répandue

Qu'ils soient lieux de travail, de consommation ou encore de loisirs, les bâtiments accueillant du public ne constituent pas des lieuxsécurisants pour ceux qui les fréquentent. La préoccupation pour la sécurité du public en cas d'évacuation d'urgence de tels lieux suite à un incident grave (attentat, incendie, etc) apparaît même particulièrement forte, puisque 81% des Français se sentent concernés par cet enjeu, contre 19% qui ne se sentent pas particulièrement concernés. Ils sont même 41% à se sentir " très concernés ", ce qui souligne l'importance de cette préoccupation. Celle-ci apparaît plus marquée encore dans les catégories les plus actives du point de vue social et professionnel (35-64 ans, catégories moyennes salariées), mais n'en est pas moins largement majoritaire dans l'ensemble des couches de la population. Ainsi, loin d'être un enjeu de type technique réservé aux responsables de la sécurité publique ou aux professionnels du secteur, la sécurité dans les lieux publics apparaît bien comme un enjeu de vie quotidienne pour les Français. Elle peut contribuer en cela à nourrir de façon indirecte le sentiment diffus d'insécurité dont l'ensemble des enquêtes atteste de l'acuité dans l'opinion publique aujourd'hui.

Le niveau élevé de préoccupation enregistré chez les personnes interviewées se traduit dans le détail par une inquiétude marquée sur un certain nombre de points fondamentaux pour la sécurité du public en cas d'évacuation d'urgence d'un lieu public : la capacité de la foule à garder son calme (87% se disent inquiets à cet égard, dont 51% très inquiets, seuls 13% se montrant confiants dans ce domaine) ; la facilité à trouver les issues de secours (69% sont inquiets sur ce point contre 31%), soulignant ainsi l'insuffisance de signalisation dans les bâtiments publics à leurs yeux ; le niveau des équipements des issues de secours (portes coupe-feu, barres anti-panique par exemple) : moins forte, l'inquiétude reste cependant majoritaire sur ce point (57%, contre 41% ne ressentant pas d'inquiétude), premier signe d'une méfiance du public envers le niveau de sécurisation des lieux publics sur laquelle on reviendra plus en détail. On notera au passage que quel que soit l'aspect considéré, les femmes et les plus âgés se montrent plus inquiets encore, exprimant par là un sentiment d'exposition personnelle plus fort. Au total, il semble que dans l'esprit des Français, les ingrédients sont réunis pour qu'en cas d'incident dans un lieu public, la situation devienne potentiellement grave pour les personnes s'y trouvant. Tout se passe comme si ces lieux publics constituaient un contexte insécurisant pour ceux qui les fréquentent et les utilisent.

Un sentiment très marqué d'impréparation collective en matière de sécurité collective

Seuls 13% des Français déclarent avoir reçu une information complète sur le comportement à avoir en cas d'évacuation d'urgence d'un bâtiment tel qu'un grand magasin ou une boîte de nuit, tandis que 87% avouent leur méconnaissance en la matière. Et même dans l'univers professionnel, malgré les réglementations en la matière, la majorité des actifs déclare ne pas avoir reçu d'information spécifique concernant l'évacuation de leur lieu de travail (52%, contre 48% dans le cas contraire). Certes, les interviewés se montrent très assurés de leur propre réaction s'ils se trouvaient eux-mêmes dans une situation d'évacuation d'urgence d'un lieu public. 89% des actifs estiment ainsi qu'ils adopteraient la bonne conduite en cas d'évacuation de leur lieu de travail (contre 9% qui se montrent moins confiants), et 64% des Français affichent la même conviction en cas d'évacuation d'un lieu public tel qu'un grand magasin.

Il est cependant permis de douter de la réalité de cette maîtrise individuelle en cas d'incident grave. Tout d'abord, ils ne sont respectivement que 57% et 21% à êtrecertains qu'ils auraient la bonne réaction - or l'assurance dans un contexte de panique constitue un élément déterminant. D'autre part, la confiance en sa propre réaction dans un tel contexte est systématiquement moins marquée chez ceux qui n'ont pas reçu d'information en la matière - qui sont, on l'a vu, majoritaires. Il faut enfin tenir compte de la difficulté à reconnaître une incompétence, quelle qu'elle soit, dans le cadre d'une enquête d'opinion. Au total, les Français affichent très majoritairement incertitudes et inquiétudes pour la sécurité des personnes en cas de situation d'urgence dans un lieu public. Le manque de confiance dans la réaction de la foule autour d'eux révèle en particulier une crainte des paniques collectives. Il faut donc se tourner vers les moyens techniques susceptibles de limiter les effets de celles-ci et d'accroître la confiance du public.

Des solutions de gestion humaine et matérielle de flux de personnes

La présence de personnels de sécurité en plus grand nombre et la limitation du nombre de personnes admises en même temps dans un bâtiment sont ainsi jugées efficaces par respectivement 77% et 76% des interviewés. Deux solutions d'ordre technique, sans doute plus réalistes d'un point de vue économique, sont aussi largement jugées efficaces : l'installation d'une signalétique plus visible pour les issues de secours (73%) et l'équipement de toutes ces issues de portes àbarre anti-panique (63%). Enfin, la formation à l'évacuation des gens travaillant dans les lieux publics est également perçue comme efficace (62%), tandis que, comme on l'a vu précédemment, l'information du public sur la conduite à tenir ne convainc qu'une minorité (43%) de son efficacité.

Ainsi, en écho à l'inquiétude ressentie envers la sécurité dans les lieux publics, les Français expriment une attente multiforme d'une meilleure gestion globale de ces lieux par rapport au problème de la protection des usagers. Aux peurs et aux incertitudes attachées à la foule dans l'imaginaire collectif doit répondre la sécurité structurelle des bâtiments publics. En conséquence, la question de la dotation des bâtiments publics en équipements spécifiques de sécurité constitue un enjeu central pour la sécurisation de ces lieux et du grand public qui y vit quotidiennement. Or en la matière, les insatisfactions et les attentes sont importantes.

Fort scepticisme à l'égard de la sécurisation actuelle des lieux publics

La préoccupation globale des Français à l'égard de la sécurité dans les lieux publics s'explique notamment par leur perception du niveau d'équipement de la plupart de ces lieux. Ainsi, seule une courte majorité estime que les grands magasins sont suffisamment équipés (54%, contre 43% qui les jugent insuffisamment équipés), tout comme les écoles (52% contre 43%) et les cinémas (49% contre 43%). La critique est plus marquée concernant les stades de football (seuls 41% les jugent suffisamment équipés, contre 49% d'un avis contraire), mais aussi de façon plus surprenante les immeubles de bureaux et autres lieux de travail(40% contre 50%), et plus encore le métro (20% contre 60%) et les boîtes de nuit (19% contre 64%). Il s'agit là de scores faibles, montrant une confiance réduite dans le niveau d'équipement de lieux de vie quotidienne.

Cette perception de bâtiments sous-équipés en termes de sécurité est d'autant plus frappante qu'elle est,pour chaque type de lieu public, plus affirmée encore dans les catégories de la population qui en ont l'usage le plus fréquent : ainsi les femmes jugent-elles à 51% que les grands magasins ne comportent pas suffisamment d'équipements, contre 43% sur l'ensemble de la population. De même 54% et 55% des employés et ouvriers jugent insuffisant l'équipement des lieux de travail, contre 50% dans l'ensemble de la population, et 78% des 18-24 ans - contre 64% des Français - soulignent la sécurisation insuffisante des boîtes de nuit en cas d'évacuation d'urgence.

La perception du niveau d'équipement des écoles illustre le scepticisme d'ensemble concernant la sécurisation des bâtiments et lieux publics. Ainsi, seuls 46% des Français estiment que les écoles sont suffisamment équipées pour l'évacuation en toute sécurité des enfants en cas d'incendie, contre 47% qui jugent les dispositifs en place insuffisants - une critique plus marquée encore chez les femmes (42% contre 49%). L'école ne joue donc pas pleinement son rôle de lieu protecteur pour les enfants.

Les responsables des lieux perçus négativement

Le scepticisme de l'opinion à l'égard du niveau de sécurité offert par les bâtiments publics ne se nourrit pas que d'une appréciation quantitative des équipements de sécurité dont sont dotés ces bâtiments, mais aussi d'une perception négative de leur gestion par les responsables des lieux. Deux opinions largement majoritaires le soulignent : près de 6 Français sur 10 (59%) ont déjà observé, en faisant leurs courses dans un grand magasin (supermarché par exemple) des portes d'évacuation obstruées par des marchandises entreposées, ou même fermées par un cadenas ou une chaîne - expérience fréquente pour 17% d'entre eux. Il s'agit là d'une expérience de la vie courante à même d'alimenter les préoccupations relevées plus haut quant aux effets de la panique d'une foule ; plus largement, près des 2/3 des interviewés (65%) expriment un sentiment d'obsolescence des équipements de sécurité dans les lieux publics, estimant qu'on les laisse vieillir avec les bâtiments, seuls 30% pensant qu'on les renouvelle au rythme des innovations technologiques dans le domaine de la sécurité.

Ce scepticisme clairement affiché envers la façon dont les propriétaires et gérants de lieux publics assument leurs responsabilités en terme de sécurité des usagers constitue là encore un facteur essentiel de l'inquiétude ressentie par l'opinion quant aux conséquences potentielles d'un incident dans de tels lieux. Il s'agit même d'un élément particulièrement lourd, à l'heure où une succession de crises sanitaires de grande ampleur ont imposé dans l'opinion publique française la primauté du principe de précaution dans tous les domaines scientifiques et techniques ayant un impact direct sur l'ensemble de la population.

De fortes attentes en matière d'équipements de sécurité

De ce scepticisme envers les acteurs décisionnaires, et de l'importance acquise par le principe de précautiondans l'opinion naît une demande largement majoritaire de réglementation plus stricte concernant le choix des équipements de sécurité et des issues de secours dans les bâtiments destinés à accueillir le public : 64% des Français souhaitent une réglementation plus directive en la matière, contre 34% qui estiment préférable de laisser l'initiative aux professionnels que sont les constructeurs. De façon tout à fait significative, cette opinion de type dirigiste est plus marquée encore au sein de catégories qui y sont habituellement plutôt réfractaires : les commerçants et artisans (70%) et les cadres supérieurs (80%) se montrent ainsi très favorables à une réglementation contraignante en matière d'équipements de sécurité dans les lieux publics.

Au-delà des règles, les Français expriment cependant une attente de réponses concrètes à l'enjeu de la sécurité dans les lieux publics. Cette attente se reflète dans le regard très positif porté sur un certain nombre d'équipements soumis au jugement des interviewés. Ainsi, 91% des Français estiment que les fermetures d'urgence, c'est-à-dire des portes toujours ouvrables de l'intérieur même si elles ont été fermées à clé de l'extérieur, peuvent contribuer de façon importante à la sécurité du public en cas d'évacuation - une majorité d'entre eux (57%) jugeant même cette contribution très importante. Les portes anti-panique, que l'on ouvre en appuyant sur une barre horizontale, contribueraient également à accroître de façon importante la sécurité du public pour 90% des répondants, 55% jugeant là encore très important l'apport d'un tel équipement en terme de sécurisation. De même, les portes électroniques,à déverrouillage automatique en cas d'alarme,recueillent les suffrages de 80% des Français.

L'approbation du public à l'égard de ces équipements techniques fait ainsi écho, par son ampleur et son intensité, à l'importance de la préoccupation envers la sécurité dans les lieux et bâtiments publics. Elle est synonyme d'un souhait de généralisation de ce type d'équipement dans des lieux où le public n'est pas décisionnaire en matière de sécurité, mais où il se sait le premier concerné et dont il juge sévèrement l'état actuel.

Gilles CORMAN


Voir l'ensemble des résultats de cette étude...


Voir aussi les précédentes enquêtes réalisées
dans le cadre de cet Observatoire :

Les Français face au cambriolage (mars 2001 et juin 2000)


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