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Les
archives, mal connues et bien aimées
Le 5 novembre
2001 - Les Français ont une relation privilégiée
à l'égard de leur passé. En atteste
notre enquête sur les archives - une première
sur ce thème - réalisée pour Le
Monde à l'occasion du colloque " Les
Français et leurs archives ". 89% des interviewés
se déclarent favorables à la création
d'un grand lieu spécifique dédié aux
archives de l'Etat. Pour 34% des personnes interrogées,
l'intérêt principal des archives réside
dans la connaissance de l'histoire et pour 23% dans la connaissance
des ancêtres. Leur accès reste cependant limité,
et leur gestion politique et administrative, méconnue.
Les Français
attachés à la conservation des archives de
l'Etat
Les Français
restent attachés au principe de l'archivage public :
89% souhaitent qu'un grand lieu soit spécifiquement
dédié à la conservation des archives
de l'Etat en complément des Archives nationales.
Cependant,
la politique en matière d'archives reste mal connue
des Français. Quand on leur demande de désigner
le ministère en charge des archives en France, seulement
18% évoquent le ministère de la Culture, contre
62% le ministère de l'Intérieur et 2% celui
de l'Education nationale, 16% ne répondant pas.
Les archives,
d'abord un intérêt patrimonial et mémoriel
Le principal
intérêt attribué par les Français
aux archives est avant tout d'ordre historique : pour
34% des personnes interrogées, l'intérêt
principal des archives réside dans la connaissance
de l'histoire et pour 23%
dans la connaissance
de ses ancêtres. Viennent ensuite des motivations
citoyennes (" assurer une transparence du fonctionnement
démocratique de l'Etat " pour 19% et " permettre
aux citoyens de prouver leurs droits " pour 18%).
Notons toutefois
des nuances d'appréciation selon les générations :
les motivations citoyennes sont particulièrement
fortes parmi les 18-24 ans (23% respectivement pensent qu'elles
servent à " assurer une transparence du
fonctionnement démocratique de l'Etat "
et " permettre aux citoyens de prouver leurs droits ").
Pour les plus âgés, c'est la connaissance des
ancêtres (36%) et la connaissance de l'histoire (29%)
qui dominent largement, les préoccupations d'ordre
citoyennes n'intervenant que faiblement par rapport au reste
de la population.
La prédominance
d'une acception mémorielle se retrouve également
lorsqu'on interroge les Français sur leur perception
des archives : " mémoire "
(80%) et " histoire " (67%) sont les
principales notions associés à celle de d'archives,
loin devant le " savoir " (33%), le
" secret " (27%) et la " vérité
(22%). Deux phénomènes méritent d'être
relevés : la tendance à associer les
archives avec des notions historiques est d'autant plus
forte que l'interviewé est diplômé.
Inversement, celle qui consiste à associer les archives
avec des notions qui ont à voir avec la (non-)transparence
(" secret ", " vérité ")
est d'autant moins forte qu'on est diplômé.
Autre phénomène
révélateur : les catégories associant
le plus volontiers la notion d'archives à celle de
danger se recrutent parmi les sympathisants de l'extrême
droite (11%) et ceux du PC (9%), contre 5% pour l'ensemble
des interviewés. Faut-il y voir là les stigmates
d'une culture du secret qui a longtemps entouré le
fonctionnement de ces mouvements politiques ?
La fréquentation
des archives : une activité limitée
Malgré
l'intérêt qu'ils portent pour les archives,
les Français sont peu nombreux à les consulter :
moins d'un interviewé sur trois (30%) dit avoir consulté
les archives. Diplôme et profession figurent parmi
les facteurs contribuant à l'accès aux archives :
celui-ci croît régulièrement avec le
diplôme obtenu (7% des sans diplômes ont eu
accès aux archives pour 46% de diplômés
de l'enseignement supérieur). De même, les
cadres et professions intellectuelles (46%) et les professions
intermédiaires - parmi lesquelles figurent les enseignants
- (42%) fréquentent davantage les archives que les
ouvriers (23%) ou les commerçants et artisans (24%).
La mairie
(31%), le cadre professionnel (20%) et les bibliothèques
(15%) figurent parmi les principaux lieux et modes de consultation
d'archives. Quant aux périodes dont les interviewés
souhaiteraient consulter les archives, la Deuxième
guerre mondiale (34%) devance un quatuor formé de
la Révolution française (26%), la guerre d'Algérie
(24%), les événements de mai 1968 (24%) et
le Moyen-Age (23%).
Sylvain LEFORT
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