Le climat économique et social
vu par les Français
Le
5 décembre 2001 - Les
Français perçoivent naturellement de façon
très vive la détérioration de la situation
économique mais ils ne s'affolent pas et ne retombent
pas dans le pessimisme profond des années noires. Jusqu'à
présent, ils réagissent plutôt comme s'il
s'agissait d'un mauvais moment à passer plutôt
que d'une rechute dans les profondeurs de la crise.
44 % d'entre
eux considèrent que les gens comme eux vivent moins
bien qu'avant depuis quelques années. L'an passé,
ils étaient 42 % du même avis. En décembre
2000, 34 % avaient le sentiment que les gens comme eux vivaient
plutôt mieux depuis quelques années, ils ne sont
plus que 29 % en décembre 2001. Il y a détérioration
du diagnostic mais de façon assez modérée,
sans comparaison avec l'anxiété des années
92-97. Les hommes, les jeunes, les cadres, les électeurs
de gauche sont les plus optimistes ; les femmes, les
personnes âgées, les commerçants et artisans,
les électeurs d'extrême droite et les titulaires
des revenus les plus modestes sont les plus pessimistes.
Cette pondération
dans l'inquiétude se retrouve à propos d'un
sujet pourtant ultra sensible, l'emploi. La crainte du chômage
n'augmente pas de façon perceptible. Le pourcentage
de ceux qui ont le sentiment de ne courir aucun risque de
perdre leur emploi s'élève même légèrement
(34 %) au lieu de 32 % l'année dernière à
la même époque, 36 % au lieu de 35 % chez les
salariés du secteur privé, en théorie
les plus vulnérables. Ce sont les meilleurs chiffres
depuis dix ans. Les plus jeunes (18-24 ans) dont l'emploi
est récent se sentent plus fragiles, ainsi que les
titulaires des revenus les plus modestes.
D'ailleurs,
l'ordre des principales préoccupations confirme ce
sentiment général. L'augmentation des salaires
reste en tête des demandes, même si elle fléchit
légèrement (41 % au lieu de 44 % l'an passé).
Elle l'emporte nettement chez les salariés modestes
et les 25-50 ans. Mieux : le souhait de meilleures conditions
de travail fait cette année jeu égal (32 %)
avec le souci de garder son emploi. L'an passé, l'emploi
devançait les conditions de travail (37 % contre 31
%). Il y a là une preuve de confiance, sauf chez les
plus jeunes ou les moins qualifiés.
Symétriquement,
le pourcentage de ceux qui considèrent que leur pouvoir
d'achat personnel a baissé depuis un an continue à
diminuer (37 % cette année, 40 % l'an passé,
58 % en 1997). C'est l'idée de la stabilité
qui l'emporte désormais (48 % contre 46 % en 2000 et
34 % en 1997). Les commerçants et artisans, les personnes
âgées et les petits salariés sont les
plus mécontents. Pour l'année prochaine, le
pronostic se détériore légèrement
mais l'hypothèse de la stabilité du niveau de
vie reste la plus forte (51 % contre 54 % il y a un an). Le
pessimisme augmente mais de façon très limitée.
En revanche,
le sentiment est beaucoup plus négatif à propos
de la situation de l'économie française. 46
% des personnes interrogées considèrent qu'elle
s'est détériorée contre 21 % l'année
dernière à la même époque. La différence
est très sensible. Le pourcentage de ceux qui croient
à une amélioration depuis un an décroît
tout aussi brutalement. Le ralentissement de la croissance,
perceptible avant l'été, s'est accentué
depuis les attentats monstrueux du 11 septembre. Les Français
en ont évidemment pris conscience. Ils se montrent
tout aussi pessimistes pour l'évolution économique
de l'année prochaine. 39 % pronostiquent une nouvelle
détérioration (contre 18 % en décembre
2000), 13 % seulement une amélioration (contre 29 %
il y a un an). Ceux qui travaillent à leur compte sont
les plus sombres.
Au total, si
la situation personnelle des Français ne leur semble
pas trop menacée, l'économie du pays leur paraît
plus vulnérable. Ils ont, le fait est rare, meilleur
moral pour eux-mêmes que pour l'économie globale.
Alain
DUHAMEL
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