Les Français, la politique
et la représentation



Le 6 septembre 2001 - Les Français ne sont pas réconciliés avec la politique mais au moins la crise de la représentation ne semble-t-elle pas s'approfondir. À huit mois de l'élection présidentielle, on assiste plutôt à une certaine stabilisation. Ainsi la politique est-elle considérée comme une activité honorable par une nette majorité de Français - 60 % contre 36 % -, ce qui ne constitue pas un score brillant mais néanmoins encourageant, en progression de deux points par rapport à l'an passé et de trois points par rapport à 1999. Les femmes sont globalement plus sceptiques que les hommes, les jeunes que les personnes âgées ; les chômeurs, les ouvriers et, bien sûr, les électeurs d'extrême droite se montrent les plus défiants. Le spectre du rejet brutal, sensible au pire des années 90, a l'air de s'éloigner.

De même, la méfiance vis à vis de la politique, certes très élevée (elle arrive très nettement en tête des thèmes sélectionnés par les Français) recule-t-elle de six points par rapport à l'an passé : elle était citée par 64 % des personnes interrogées, elle l'est cette années par 58 %, chômeurs, commerçants, artisans et écologistes notamment. Il reste cependant beaucoup de chemin à faire, puisque l'espoir, l'ennui et l'intérêt se tiennent ensuite de très près. Quant au dégoût qui arrive en cinquième position, il progresse de quatre points en un an, sans doute en raison des polémiques permanentes sur les "affaires".

Les Français se montrent cependant plus critiques que l'an passé en ce qui concerne le bon fonctionnement de la démocratie : 62 % le regardaient positivement en 2000, 56 % seulement en 2001, là encore, chez les chômeurs, les ouvriers, les électeurs de l'extrême droite et ceux du PC. Cela s'explique vraisemblablement par deux facteurs : le mauvais fonctionnement de la cohabitation, beaucoup plus perceptible que l'année dernière, et un sentiment diffus d'aliénation, d'éloignement, d'impuissance vis à vis des institutions. C'est la France malheureuse, donc la France protestataire, qui proclame son insatisfaction par rapport à la démocratie telle qu'elle la vit.

Ceci est d'ailleurs confirmé par l'impression qu'ont les Français, à une large majorité, d'être mal représentés. Ils ne parviennent à se reconnaître ni dans un parti (à 70 %, comme l'an passé), ni dans un leader (à 71 % contre 74 % l'année dernière), ni dans un syndicat (à 76 % contre 78 % l'an passé). Ce sont des chiffres évidemment alarmants, même s'ils s'améliorent à la marge. Ils illustrent la distance ressentie entre dirigeants et dirigés, entre citoyens et responsables. La crise de la représentation, on la mesure ici dans son ampleur. Les électeurs de gauche se reconnaissent cependant un peu mieux que les électeurs de droite dans un parti (34 % contre 23 %), un syndicat (25 % contre 9 %) et même dans un leader politique (33 % chez les électeurs socialistes, 27 % chez ceux du RPR). Si la méfiance traditionnelle des électeurs de droite vis à vis des appareils explique en partie leur réserve, leur difficulté à se retrouver en un leader est cependant frappante chez ceux qui votent RPR, d'autant plus que leur leader naturel est président de la République.

Les polémiques estivales sur les billets d'avion payés en liquide par Jacques Chirac sont peut-être un des facteurs de cette réticence : une majorité relative de Français (49 % contre 43 %) juge cela grave, même si ce n'est le cas que de 27 % des électeurs de droite contre 66 %, et de 22 % contre 72 % des électeurs du RPR. En revanche, les électeurs d'extrême droite s'offusquent à 67 % contre 30 %. Globalement, une nette majorité (64 % contre 28 %, exactement identique à celle de l'année dernière) considère qu'en règle générale élus et dirigeants politiques sont plutôt corrompus. La proportion atteint 74 % chez les chômeurs, 77 % chez les ouvriers, 90 % chez les électeurs d'extrême droite. C'est parfaitement injuste pour la plupart de ceux qui exercent un mandat politique ou une responsabilité gouvernementale mais c'est ainsi. Cela constitue un fait désagréable mais têtu. Dans ces conditions, les amalgames vont vite et loin et personne n'est épargné. Le malaise politique français se cristallise sur ce point.

Ce n'est pas le seul ni même sans doute le plus important. Deux tiers des personnes interrogées (65 % contre 34 %, en augmentation de deux points par rapport à l'an passé) considèrent en effet que les hommes politiques se préoccupent peu de ce que pensent leurs électeurs citoyens. Depuis quatre ans, ce verdict s'est confirmé et accentué. Il peut certes en aller autrement durant la campagne électorale qui s'ouvre et qui invite les candidats à l'écoute. Ceux-ci auront un très grand intérêt à garder à l'esprit qu'il leur faut reconquérir le respect des Français et réinventer les formes d'un dialogue démocratique s'il veulent combler le fossé qui persiste entre gouvernants et gouvernés.

Alain DUHAMEL




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