Le 6 septembre
2003 - Après
l'embellie traditionnelle de l'opinion qu'enregistre en
août notre baromètre mensuel réalisé
pour Le Figaro Magazine, la vague de rentrée
est placée sous le triple signe de la morosité,
du scepticisme et de l'inquiétude. Premier constat :
la gestion critiquée des effets de la canicule
ne semble pas avoir dans l'opinion de fortes répercussions
en terme de popularité pour l'exécutif.
Certes avec respectivement 46% et 42% de jugements positifs,
Jacques
Chirac et Jean-Pierre
Raffarin voient leurs cotes de confiance diminuer
respectivement de 4 et 3 points. Mais elle ne fait qu'amplifier
un mouvement continu orienté à la baisse
observable depuis la fin du printemps, notamment après
le débat sur les retraites. Second point :
à droite, Nicolas
Sarkozy confirme son leadership comme personnalité
d'avenir auprès de l'opinion, et creuse l'écart
sur Jean-Pierre Raffarin. A gauche, Bernard
Kouchner accentue son statut, devant Bertrand
Delanoë et Jack
Lang. Enfin, le pessimisme s'accentue dans l'opinion :
72% des personnes interrogées affirment que les
choses vont aller en déclinant, contre 14% - un
niveau jamais atteint depuis avril 1997, mis à
part le cas particulier de mai 2002. Autre signe d'inquiétude :
plus de 8 Français sur 10 (82%) estiment qu'il
y aura beaucoup de conflits sociaux dans les mois à
venir. C'est là un des niveaux d'inquiétude
les plus élevés enregistrés par notre
baromètre, après ceux de décembre
1995 (86%) et de juin 2003 (83%).
Près
de 3 Français sur 4 pessimistes
De manière
générale, 72% (+1) des personnes interrogées
ont l'impression que les choses ont tendance à
aller plus mal, contre 14% (-8). Un pessimisme stable
depuis juin 2003, moment où s'est effectuée
une véritable rupture dans l'opinion. Alors que
deux tiers des personnes interrogées se disaient
régulièrement pessimistes depuis octobre
2002, ils sont depuis juin 2003 plus de 7 sur 10 à
partager ce sentiment. Il s'agit ce mois-ci d'un niveau
particulièrement élevé, jamais atteint
depuis avril 1997, mis à part le cas particulier
de mai 2002.
Poussée
d'inquiétude sur le front des conflits sociaux
à venir
Dans un contexte
marqué par les inquiétudes sociales et la
hausse du chômage, la lutte en faveur de l'emploi
(45%, +3) demeure la principale priorité assignée
au gouvernement par l'opinion - une demande d'action qui
a gagné 15 points depuis le début de l'année.
Dans ce domaine, l'efficacité de l'action du gouvernement
recueille seulement 12% de jugements positifs - une diminution
de 7 points depuis le début de l'année.
Rentrée
oblige, on note ce mois-ci une poussée d'inquiétude
de l'opinion sur deux fronts. Tout d'abord, sur celui
des conflits sociaux : plus de 8 Français
sur 10 (82%) estiment qu'il y aura beaucoup de conflits
sociaux dans les mois à venir. C'est là
un niveau d'inquiétude élevé qu'enregistre
notre baromètre, après ceux de décembre
1995 (86%) et de juin 2003 (83%). Autre sujet sur lequel
l'opinion manifeste un regain d'inquiétude :
la lutte contre la hausse des prix. 11% jugent efficace
l'action du gouvernement en la matière, pour 19%
en août.
Quant à
la lutte contre la violence et la criminalité,
elle n'apparaît désormais plus comme la première
des priorités (25%) et retrouve des niveaux proches
de ceux observés à la mi-2000.
Jacques
Chirac à son plus bas niveau de confiance depuis
sa réélection
Après
l'embellie du premier semestre largement due à
la guerre en Irak, la cote de confiance de Jacques Chirac
poursuit la baisse entamée depuis le mois de mai.
Avec 46% (-4) de jugements positifs, contre 51% (+3) ,
la confiance que lui accordent les Français ce
mois-ci est à son plus bas niveau depuis sa réélection
en mai 2002. Ses principaux points d'appui demeurent les
catégories traditionnellement acquises à
la droite : les femmes (48%), les personnes âgées,
notamment les plus de 65 ans (56%), les commerçants
et artisans (59%), les sympathisants de droite (75%).
Jean-Pierre
Raffarin en panne ?
En lui accordant
42% (-3) de confiance, contre 54% (+2), l'opinion continue
de se détourner peu à peu de Jean-Pierre
Raffarin, selon un mouvement progressif depuis le début
de l'année. Les mécontents sont désormais
plus nombreux que les satisfaits de l'action du Premier
ministre pour résoudre les problèmes qui
se posent en France actuellement, et ce pour le quatrième
mois consécutif. L'opinion semble ainsi lui faire
"payer" en terme de confiance les mouvements
sociaux du printemps (débat sur les retraites,
grèves et manifestations des secteurs public et
privé, mouvement des enseignants et des intermittents
du spectacle) davantage que la gestion des effets de la
canicule cet été.
Principales
catégories qui marquent leur défiance à
l'égard du Premier ministre : les 18-24 ans (35%)
et les 25-34 ans (39%); les ouvriers (35%), les employés
(32%) - soit les catégories a priori les plus directement
touchées par la réforme des retraites. A
noter : si les plus de 65 ans lui restent majoritairement
acquis (49% de confiance, contre 44%), leur confiance
s'effrite : 59% en juin, 54% en juillet, 57% en août.
C'est le plus bas niveau de confiance qu'enregistre Jean-Pierre
Raffarin auprès de cette catégorie depuis
son entrée à Matignon.
Nicolas
Sarkozy et Bernard Kouchner au zénith
Toutes les
personnalités politiques, tous bords confondus,
voient leur cote d'avenir baisser ce mois-ci. Un rattrapage
sur le mois d'août traditionnellement marqué
par une embellie " estivale " de la
part de l'opinion, qui permet peu ou prou aux personnalités
de retrouver leur niveau de juillet. On se réfèrera
donc au mois de juillet pour mesurer l'ampleur des évolutions.
Premier constat
à droite : Nicolas Sarkozy creuse l'écart
avec les personnalités de son camp. Avec 57% d'opinions
positives, non seulement il conserve non seulement son
capital d'avenir " estival " enregistré
en août, mais il l'augmente par rapport à
juillet (+5). Il devance ainsi Jean-Pierre Raffarin (44%),
loin devant Michèle Alliot-Marie (32%) et François
Bayrou (31%). Parmi les évolutions juillet-septembre
signalons celles de Philippe Douste-Blazy (29%, +3) et
d'Alain Madelin (25%, +3). A l 'inverse, Dominique
de Villepin (30%, -4), François Fillon (24%, -4),
Dominique Perben (17%, -3) et Jean-Marie Le Pen (12%,
-3) enregistrent les baisses les plus significatives.
A gauche,
le bilan est plus contrasté. Bernard Kouchner (56%)
confirme son leadership comme personnalité d'avenir
(+2 par rapport à juillet), devant Bertrand Delanoë
(46%) - qui ne semble pas bénéficier d'un
effet Paris-Plage dans l'opinion en restant stable par
rapport à juillet - et Jack Lang (44%). Ce dernier
enregistre une baisse de 6 points par rapport au début
de l'été. Autres personnalités mal
menées par l'opinion en cette rentrée :
François Hollande (29%, -6 par rapport au début
de l'été), Robert Hue (13%, -4) et Dominique
Strauss-Kahn (30%, -3).
Le même
phénomène s'applique aux jugements que porte
l'opinion à l'égard des partis politiques
qui retrouvent peu ou prou leur niveau observé
en juillet. A une exception notable près :
le PS. Avec 39% de jugements positifs, le parti de François
Hollande enregistre ce mois-ci son plus faible niveau
depuis octobre 1994.
Sylvain LEFORT