Le 6 octobre 2000
- La vague d'octobre du baromètre mensuel que réalise la Sofres
pour le Figaro-Magazine constitue la première mesure de popularité
de l'exécutif après les révélations de l'affaire Méry
et une rentrée agitée pour le gouvernement. Elle enregistre une
forte dégradation de la confiance envers le Premier ministre et du Président
de la République, mais aussi du climat économique et social.
Climat : le coup de grisou
Alors qu'à la fin du mois
d'août l'indicateur d'optimisme atteignait son record depuis le début
des années 80 (40% des personnes interrogées estimant que les choses
s'amélioraient et 40% également qu'elles se dégradaient,
soit un indice de 0), il retrouve au début du mois d'octobre son niveau
de l'été 1999. Avec 27% des personnes interrogées estimant
que les choses vont en s'améliorant (-13 points par rapport à septembre)
et 54% qu'elles se dégradent (+14 points), l'indice (différence
entre les réponses positives et négatives) redevient largement négatif
à -27 points.
Le mois de septembre, marqué
par la flambée des prix des carburants, le conflit des routiers, et une
série d'annonces relatives à la santé de l'économie
française (consommation en demi-teinte, hausse des prix, mauvaises surprises
sur le commerce extérieur, cours de l'Euro) semble avoir atteint sérieusement
le moral des Français. Ces résultats confirment largement les indications
de l'INSEE.
Mais l'indicateur d'optimisme
de la SOFRES, s'il se révèle fortement corrélé à
celui de l'INSEE qui mesure le moral des ménages, interroge l'opinion sur
" la manière dont évoluent la France et les Français ".
Les réponses portent plus largement sur la situation du pays et donc le
climat politique, largement marqué celui-là par les révélations
vidéo de Jean-Claude Méry et l'abstention historique du 24 septembre
pour le référendum sur le quinquennat.
Dans ce contexte, ce sont les
deux têtes de l'exécutif qui enregistrent une forte baisse de leur
popularité, respectivement 11 points de confiance pour le Président
de la République et 10 points pour le Premier ministre. Au delà
de ces mouvements de même ampleur, ce sont les niveaux de confiance enregistrés
par Jacques Chirac et Lionel Jospin qu'il convient de regarder de près,
de même que les évolutions dans les différentes catégories
de la population.
Popularité de Jacques
Chirac : le coup de Méry
Une majorité de 57% des
Français déclare aujourd'hui ne pas faire confiance au Président,
sa cote de popularité retrouvant ainsi son niveau de la fin de l'année
1997. Plus épargné jusqu'alors par les soubresauts de l'économie
française et les conflits sociaux ou manifestations d'humeur des Français
que son Premier ministre, le Président subit donc directement les révélations
de l'affaire Méry.
L'enquête réalisée
pour Le Monde et publiée cette semaine montre que le Président est
plus directement touché par les révélations enregistrées
de l'ex-financier du RPR que Lionel Jospin. Sa cote de confiance est désormais
négative dans la totalité des catégories de la population
(et y compris chez ses soutiens traditionnels que sont les personnes âgées
et les indépendants), seuls les sympathisants de droite lui manifestant
encore un soutien majoritaire (63% contre 35%). Mais ce qui frappe dans cette
période de crispation politique propice aux réflexes partisans,
c'est que c'est chez ses propres sympathisants que le Président enregistre
la plus forte baisse : -14 points de confiance alors qu'il ne baisse que
de 4 points chez ceux de gauche. Si les sympathisants de droite accréditent
plus largement que l'ensemble des Français l'idée d'une manipulation
lorsqu'ils sont invités à réagir à l'affaire Méry,
ils ont donc été manifestement surpris et déçus, et
leurs jugements s'en ressentent.
Lionel Jospin au plus bas
La situation du Premier ministre
est relativement différente. Certes, ce dernier enregistre une baisse brutale
de sa popularité, sans précédent dans ce baromètre
depuis son arrivée à Matignon (-10 points de confiance). Mais la
chute est de moins grande ampleur que celle enregistrée par d'autres instituts
au moment du conflit des routiers et, surtout, une majorité des Français
(de peu) continue de lui témoigner sa confiance (50% contre 48%). Il reste
que la cote de popularité du Premier ministre atteint aujourd'hui son niveau
le plus bas depuis le mois de juin 1997. En revanche, à la différence
du Président, Lionel Jospin n'enregistre pas de baisse plus forte chez
ses propres sympathisants que dans le reste de la population (-8 à gauche,
-10 à droite), et il reste largement soutenu par eux : 74% lui témoignent
encore leur confiance. C'est d'ailleurs auprès des catégories populaires
qu'il résiste le mieux (-4 points chez les employés, stabilité
chez les ouvriers), alors qu'il encaisse une baisse de 35 points chez les indépendants.
Si les deux têtes de l'exécutif
sont donc touchées de plein fouet tant par le contexte politique qu'économique,
on peut penser que l'un souffre plus largement des difficultés économiques
de la rentrée (le Premier ministre), alors que l'autre (le Président)
subit directement les effets des révélations de Jean-Claude Méry.
Du coup, les Français n'attendent certainement pas les mêmes choses
de deux " cohabitants ". S'ils attendent du premier ministre
qu'il reprenne la main, réponde à leurs demandes (fiscalité,
pouvoir d'achat, retraites), ils attendent du Président de faire la lumière
sur sa mise en cause, au minimum en s'expliquant devant l'opinion, voire en témoignant
dans cette affaire.
L'enquête réalisée
pour le Monde montrait que la classe politique dans son ensemble, et le Président
de la République et le RPR en particulier, étaient plus fortement
touchés que le gouvernement et Lionel Jospin ou le PS, les explications
de Dominique Strauss-Kahn ayant pour leur part peu convaincu les Français.
DSK et le RPR victimes de la
vidéo
Le baromètre Figaro-Magazine,
au-delà de la popularité de Jacques Chirac et de Lionel Jospin,
confirme très largement ces résultats. Avec 55% des personnes interrogées
déclarant en avoir une mauvaise opinion (+5 points) contre 32% une bonne
(-5 également), l'image du RPR enregistre une dégradation sensible,
à la différence de tous les autres partis politiques, et notamment
de l'UDF, stable à 30% de bonnes opinions. Dans le même temps, les
jugements à l'égard du Parti Socialiste restent totalement stables,
53% des personnes interrogées en ayant une bonne opinion (contre 36%).
Il en va de même pour les écologistes (47% de jugements positifs,
-1). Seul le PC voit son image s'améliorer ce mois-ci, en dépit
de la mise en cause de Robert Hue dans les affaires de financement de son parti.
Très fortement médiatisé ces derniers temps, et porteur des
revendications sociales (pouvoir d'achat) de certaines catégories de la
population, le secrétaire national du PC voit d'ailleurs sa cote personnelle
d'avenir progresser de 5 points par rapport à septembre, avec 27%.
L'ancien ministre de l'Économie
et des Finances n'est pas épargné par l'affaire Méry. Avec
seulement 18% des personnes interrogées souhaitant lui " voir
jouer un rôle important dans les années à venir ",
Dominique Strauss-Kahn enregistre une baisse considérable (-13 points),
atteignant ainsi un niveau proche de ceux enregistrés avant son entrée
au gouvernement au cours de l'année 1997.
Les autres personnalités
politiques testées dans ce baromètre n'enregistrent que de faibles
évolutions, Lionel Jospin bénéficiant toujours, en dépit
d'une baisse sensible, de la meilleure cote d'avenir (53%, -7 points).
Alors que s'éloigne pour
le gouvernement une rentrée agitée mais que s'ouvre la session parlementaire,
la reprise de l'agenda médiatique et du travail gouvernemental, fortement
perturbés alors que le climat de rentrée était à l'euphorie
dans l'opinion, devient cruciale pour le Premier ministre. Le Président,
quant à lui, directement mis en cause par des révélations
touchant un des éléments qui lui faisait bénéficier
largement de la sympathie des Français, son image d'honnêteté,
devra soit s'en expliquer soit patienter, en espérant que cette affaire
ne devienne un acte lourd préjudiciable.
Stéphane Marcel
