Les Français et
les élections
municipales de mars 2001
Le
7 février 2001 - Les Français
s'intéressent aux élections municipales qui ont lieu le mois prochain.
L'attention faiblit certes par rapport à ce qu'elle était il y a,
par exemple, douze ans, lors des élections municipales de février
1989. Le recul est de six points en douze ans. L'intérêt continue
cependant à l'emporter très nettement (57 % contre 41 %). Les élections
municipales résistent bien à la crise du politique, beaucoup mieux
que, par exemple, le référendum sur le quinquennat. Les moins de
vingt-cinq ans et, d'un tout petit point, les employés sont les seuls à
avouer en majorité leur indifférence. Les hommes, les personnes
âgées, les retraités, les électeurs du PC et surtout
les habitants des petites communes manifestent en revanche une vrai implication.
En douze ans, ce sont les cadres, les électeurs du RPR et ceux du Front
national qui se détachent le plus des élections municipales.
Accentuant en cela une évolution continue
depuis près de vingt ans, les Français regardent d'ailleurs ces
élections municipales comme plus locales (58 %) que politiques (33 %).
Cela est particulièrement vrai des électeurs des plus petites communes,
cela va de soi, mais des électeurs socialistes et UDF, deux familles politiques
attachées aux pouvoirs locaux, et des non salariés. De même,
la personnalité des candidats entre-t-elle de plus en plus en ligne de
compte, au détriment des étiquettes politiques. La crise de la politique
pèse ici de tout son poids. Plus de deux Français sur trois (62
% contre 30 %) donnent l'avantage au facteur personnel sur l'orientation politique.
Il y a dix-huit ans, les deux choix étaient presque à égalité.
Les hommes, les personnes âgées, les électeurs de droite sont
les plus nombreux à privilégier les personnalités sur les
engagements partisans. Tout se passe comme si, aux élections municipales,
facteurs locaux et personnalités de candidats de proximité protégeaient
l'engagement civique du désengagement politique.
Une forte majorité relative (45 % contre
29 %) souhaite d'ailleurs profiter des élections municipales pour manifester
son mécontentement vis à vis du gouvernement. Cette réaction
de protestation, sans doute nourrie par les impatiences en matière de pouvoir
d'achat et par l'exaspération provoquée par la violence et l'insécurité,
est particulièrement sensible chez les jeunes, les cadres et les employés.
Elle est plus marquée encore qu'au pire de la crise économique et
sociale.
Elle ne bénéficie cependant en
rien à la droite, bien au contraire. Une majorité relative (38 %)
ferait en effet plus confiance à la gauche qu'à la droite (25 %)
pour gérer les affaires de sa commune. Les hommes, les jeunes, les cadres,
les salariés et naturellement les électeurs de gauche sont les plus
nombreux à réagir ainsi, les habitants des grandes villes aussi.
Le mécontentement politique pénalise plus l'opposition de droite
que la gauche au pouvoir, phénomène peu banal. Ainsi, une nette
majorité relative préfère-t-elle que la gauche gagne du terrain
aux élections municipales (41 %) plutôt que la droite (27 %). Le
phénomène est spécialement accentué chez les moins
de cinquante ans et les salariés.
Le rejet de l'extrême-droite (Front national
et Mouvement national républicain) demeure massif et constant, y compris
dans l'électorat de la droite parlementaire. 75 % des Français
(contre 15 %) considèrent que le RPR, l'UDF, Démocratie libérale
et le RPF doivent refuser tout accord électoral avec les formations de
Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret, quitte à voir leur échapper
certaines municipalités. Ce verdict-là est sans appel. Dans l'électorat
de la droite parlementaire elle-même, trois personnes interrogées
sur quatre réagissent de la même façon. La proportion atteint
85 % chez ceux qui votent UDF. La stratégie de François Bayrou est
sur ce point validée.
S'agissant des élections municipales à
Paris - enjeu le plus spectaculaire du vote des 11 et 18 mars - le pronostic des
Français est maintenant clair : c'est, selon eux, la gauche qui va
l'emporter. Le point de vue est d'autant plus frappant qu'il y a encore quelques
semaines, les électeurs parisiens faisaient le pari inverse. Ceux qui votent
UDF, DL et même Front national partagent maintenant cette conviction. Seuls
42 % des électeurs RPR continuent de croire à la victoire dans la
capitale.
Une forte majorité de Français
en conclut (par 60 % contre 27 %) qu'une victoire de la gauche à Paris
aurait de grandes conséquences sur les élections présidentielle
et législatives. L'électorat de droite en est presque aussi persuadé
que l'électorat de gauche. En somme, si les Français ne regardent
pas les élections municipales comme vraiment politiques, ils en tirent
néanmoins des conclusions qui, elles, le sont.
Alain
DUHAMEL
|