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Le
7 février 2001 - L'image
de l'Europe est en train de se brouiller dans l'esprit des Français. Le
sentiment européen des citoyens vacille en deux France - l'une positive,
l'autre négative - se dessinent même vis-à-vis de la construction
européenne. Tout se passe comme si l'approche de la mise en ouvre de l'euro
comme monnaie quotidienne effrayait nombre de Français et comme si l'absence
de grand objectif ou de résultat spectaculaire à l'échelle
européenne démobilisait ou inquiétait.
On aurait pu imaginer que le
retour de la croissance et le reflux du chômage créant un climat
de plus grande confiance, profiterait à l'image de l'Europe, d'autant plus
que celle-ci a joué un rôle favorable à cette amélioration.
Il n'en est rien. Le pourcentage de ceux qui craignent les conséquences
de la construction européenne s'élève en effet de nouveau
(43 %, soit + 4 points par rapport à l'an passé) et le pourcentage
de ceux qui ne les craignent pas recule systématiquement (53 %, soit -
3 points). Le solde reste certes positif, notamment ches les hommes, les jeunes,
les électeurs socialistes, écologistes et UDF et surtout chez les
cadres. Il n'empêche : alors que la confiance s'améliore en règle
générale, elle se détériore à propos de l'Europe.
La France se coupe d'ailleurs
en deux parts égales (49 % contre 50 %) à propos de l'attachement
à la construction européenne. Les europhiles se recrutent de nouveau
plus particulièrement chez les hommes, les cadres, les jeunes, la gauche
non communiste et la droite non gaulliste. Le reflux se confirme cependant. Il
apparaît même assez brutal par rapport à l'an passé
(le non-attachement progresse de onze points) d'autant plus, là encore,
que le climat général est globalement meilleur. La crainte d'une
destruction progressive des valeurs et de l'identité française augmente
d'ailleurs, jusqu'à atteindre un record (42 % contre 52 % d'avis opposés).
Cette inquiétude, particulièrement marquée chez ceux qui
votent en faveur de l'extrême-droite, du RPF de Charles Pasqua et du PC,
est sans doute facilitée par les progrès de la mondialisation et
du bruit quotidien fait à ce sujet. L'Europe apparaît ainsi comme
un bouclier insuffisant.
Les Français considèrent
cependant à une forte majorité relative (48 % contre 37 %) que notre
pays a bénéficié de son appartenance à l'Union Européenne.
De nouveau, ce point de vue est nettement plus marqué chez les hommes,
les jeunes, les "cols- blancs", la gauche non communiste, les écologistes
et les électeurs de l'UDF. Ce clivage-là est une constante, d'ailleurs
directement correlé à la confiance. Plus l'on est optimiste, plus
l'on est européen.
La présidence française
de l'Union européenne au deuxième semestre 2000 n'est pas regardée
comme un succès : 34 % des Français la jugent de façon négative
contre 30 % de façon positive. Les hommes, les commerçants, les
artisans et industriels, les ouvriers et les plus de trente-cinq ans sont les
plus critiques. Ils n'ont pas forcément tort. La déception suscitée
par la présidence française a donné un certain sentiment
de dépossession. La France passait pour le moteur de l'Europe avec l'Allemagne.
Le moteur semble en panne et le couple se porte médiocrement. Cette situation
nouvelle joue sans doute son rôle dans le flottement européen des
Français. Faute de grande ambition, faute de bond en avant, faute d'influence
française sensible, le doute s'installe.
Une petite majorité seulement
(52 % contre 47 %) s'intéresse d'ailleurs à l'euro, bien qu'il doive
commencer à circuler comme monnaie dans moins d'un an. Les Français
donnent pourtant le bon chiffre lorsqu'on les interroge sur la valeur du futur
euro. Ce n'est donc pas par défaut d'information. Les Français ne
sont visiblement pas sûrs d'avoir à se réjouir de cette perspective.
Ils s'attendent à des difficultés d'adaptation pratique. Ils connaissent
mal les conséquences déjà positives de l'euro comme monnaie
de réserve, et notamment ce qu'elle implique de stabilité et de
protection vis-à-vis des crises monétaires extérieures. Il
est vrai que les Français sont tenus mieux informés des difficultés,
des tensions et des insuffisances de la construction européenne que de
son progrès et de ses conséquences favorables.
Alain
DUHAMEL
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