
Olivier Besancenot :
raisons d'un phénomène d'opinion
Le 7 mai 2008 - Dans une tribune publiée dans Le Nouvel Observateur, Brice Teinturier, DGA de TNS Sofres et codirecteur du dpt Stratégies d'opinion, analyse l'évolution de la popularité du leader de la LCR :
Le 21 avril 2002, Olivier Besancenot obtient 4,25% des suffrages exprimés, soit plus d'1 210 000 voix. C'est moins qu'Arlette Laguiller (5,72%, 1 630 000 voix) mais c'est un résultat tout à fait remarquable et inattendu pour la LCR, dont le jeune candidat n'a véritablement émergé que dans les dernières semaines de la campagne électorale. 5 ans plus tard, Olivier Besancenot empoche la mise : avec 4,08% des suffrages exprimés, il devance largement ses rivaux (1,33% pour Arlette Laguiller, 1,32% pour José Bové et 0,34% pour Schivardi) et améliore son score de 2002 de 288 000 voix.
2007 marque donc un tournant électoral mais également, une installation durable dans le paysage politique français : comme le montre notre baromètre TNS Sofres pour le Figaro Magazine, la cote d'avenir d'Olivier Besancenot bondit pendant la campagne mais surtout, perdure depuis à plus de 35%. Ce qui installe le leader de la LCR parmi les 10 personnalités politiques les plus populaires de France, gauche et droite confondues. Au sein de la gauche, Olivier Besancenot se hisse même à la 4e place, derrière Bertrand Delanoë (66%), Ségolène Royal (66%) et Martine Aubry (58%) mais à égalité avec Dominique Strauss-Kahn (52%) et devant les autres leaders de la gauche.
Trois raisons semblent structurer ce qu'il faut bien appeler un phénomène d'opinion :
La radicalité populaire
Lle PC est empêtré dans une ligne idéologique devenue illisible, entre protestation et volonté de gouverner tandis que le PS théorise ce qu'il est depuis 25 ans, un parti réformiste aujourd'hui englué dans des batailles de leadership. Pendant ce temps, des pans entiers de la société française souffrent de la mondialisation, les inégalités s'accroissent et le pouvoir d'achat est en berne. La radicalité critique du leader de la LCR en fait le porte voix de cette France populaire et en colère : sa cote d'avenir oscille entre 42% et 44% chez les ouvriers et les employés, l'une des plus fortes à gauche.
La radicalité des intellos
En incarnant la critique radicale du système, Olivier Besancenot séduit également les plus politisés : sa popularité est totalement corrélée au positionnement politique sur une échelle qui va de l'extrême gauche à l'extrême droite mais aussi, à l'intérêt pour la politique : plus on se situe vers l'extrême gauche et la gauche, plus elle est haute ; plus on s'intéresse à la vie politique et plus elle l'est également. Oliver Besancenot séduit ainsi au-delà des catégories populaires une frange décisive des professions intermédiaires (44% de cote d'avenir) ainsi que des cadres et professions intellectuelles (37%), dont nombre proviennent du monde enseignant.
La jeunesse et la vitalité
Après 5 candidatures à la présidentielle, Arlette Laguiller est définitivement passée de mode ; le PC fait figure de dinosaure et le PS est un parti installé. La jeunesse du leader de la LCR et son style, tant vestimentaire que verbale, lui ouvrent donc un espace… et séduit les jeunes : plus de 40% de cote d'avenir chez les moins de 35 ans, un déclin continu ensuite (26% chez les plus de 65 ans).
Olivier Besancenot est donc bien un symptôme, celui d'une France qui souffre mais qui ne veut pas entendre parler de raison ou de compromis. Un alliage de révolutionnaires et de protestataires d'hier et d'aujourd'hui.
Brice Teinturier
