La perspective des chefs d'entreprise
de l'industrie pour le second semestre 2000



Le 7 juillet 2000 - L'enquête semestrielle réalisée par la SOFRES pour le compte de L'Usine Nouvelle auprès des chefs d'entreprise du secteur de l'industrie confirme les analyses de l'ensemble des instituts et des conjoncturistes : le moral est bon, les perspectives sont bonnes. Les chefs d'entreprises et les ménages sont donc à l'unisson. Mais derrière cette flopée d'indicateurs " au vert " se dessinent, chez les industriels interrogés, quelques tensions, notamment sur la main d'ouvre, les coûts de production et d'approvisionnement. On l'avait oublié mais la croissance a elle aussi ses effets pervers.

Que ce soit en matière de perspective de chiffre d'affaire, d'investissement, de commandes ou de recrutement, les réponses des industriels confirment l'optimisme qui a gagné l'ensemble des acteurs économiques. Concernant le chiffre d'affaire du premier semestre 2000, si 47% l'estiment conforme à leur prévision, 27% indiquent qu'il est supérieur (deux fois plus qu'il y a un an). Surtout, sur l'ensemble de l'année 2000, 71% prévoient une augmentation par rapport à 1999 (+6 points par rapport à juin 1999), dont 22% (+8) une hausse supérieure à 10%. C'est le meilleur résultat obtenu depuis la mise en place de ce baromètre, en 1994. Le dynamisme de l'activité et la croissance stimulent l'investissement. Après plusieurs années de doute, les chefs d'entreprise se remettent à investir massivement. Dans le secteur de l'industrie, 62% indiquent que leurs investissements sont conformes à leurs prévisions et 12% sont même en avance. " Pleins à craquer ", les carnets de commandes le sont de demandes émanant aussi bien de l'étranger que du marché français. C'est un des éléments nouveaux dans une embellie qui, rappelons-le, ne date pas uniquement du début de l'année. Si c'est sur le marché intérieur que les commandes restent les plus fortes (47% des industriels prévoient une hausse, soit deux fois plus qu'il y a un an), la demande émanant des pays de l'Union Européenne et des autres pays étrangers, même si elle ne concerne qu'une minorité des chefs d'entreprise, est elle aussi multipliée par deux par rapport à l'an dernier.

Tout irait pour le mieux donc si des tensions ne commençaient déjà à se faire sentir. Tensions sur le marché de l'emploi d'abord. Certes, 60% des industriels interrogés déclarent que leurs recrutements sont conformes à leurs prévisions : mais 20% d'entre eux sont en retard, soit deux points de plus que l'an dernier à la même époque. De là à parler de pénurie, il n'y a qu'un pas que certains n'hésitent pas à franchir : 37% des industriels interrogés considèrent que le manque de personnel qualifié pénalise déjà leur activité et 31% que les risques sont réels pour les mois à venir.

Tension sur les coût de production ensuite. 41% des chefs d'entreprise avouent déjà souffrir de la hausse du coût des matières premières et un quart la craindre pour les mois à venir. Idem pour les approvisionnements (délais, quantités disponibles), pour lesquels 79% déclarent avoir enregistré une hausse des prix ces derniers mois. Une hausse des coûts d'autant plus pénalisante que seuls 14% des industriels ayant enregistré une hausse de leurs coûts d'approvisionnement déclarent les avoir répercutés sur leurs prix de vente.

Concernant les coûts salariaux, deux inquiétudes se font jour. D'une part les conséquences du manque de main d'ouvre qui pourraient susciter l'appétit des salariés actifs voire un recours massif aux heures supplémentaires ; d'autre part les incidences de la mise en place des 35 heures. En la matière, si 32% des chefs d'entreprise s'estiment déjà pénalisés, 47% l'envisagent pour les mois à venir. Mais ces réponses cachent mal les évolutions intervenues dans les jugements des industriels dont on connaît les réticences. D'abord les 35 heures sont en marche. Près de 60% ont déjà terminé, entamé ou prévu la négociation dans leur entreprise : la proportion des accord signés a été multipliée par deux en un an. Surtout, ses effets sur l'emploi sont de plus en plus reconnus. Si 60% les estiment toujours nuls, 26% estiment que les 35 heures les amèneront à créer des emplois (contre 11% à les réduire), soit 9 points de plus qu'en juin 1999.

Au total, ces " effets pervers " et notamment l'augmentation des coûts de production et d'approvisionnement dans un secteur où les matières premières ont vu leurs cours augmenter (pétrole, acier), aboutissent à des perspectives de résultat net pour l'an 2000 qui, sans sombrer dans la morosité, sont mitigés : un chef d'entreprise sur deux envisage une hausse de son résultat (34% un maintien et 16% une baisse), c'est exactement le même niveau qu'au début de l'année en janvier 2000. mais sensiblement plus que l'évolution escomptée en janvier 1999 (32%). Mais enfin, ne boudons pas l'optimisme ambiant : l'afflux des commandes d'aujourd'hui suscitera les bénéfices de demain.

Stéphane Marcel




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