Le gouvernement de Lionel Jospin
vu par les Français



Le 7 novembre 2001 - À six mois de l'élection présidentielle et après une durée gouvernementale plus longue qu'aucune autre depuis vingt ans, l'image du bilan de l'action de Lionel Jospin reste globalement positive. L'usure du pouvoir et les difficultés de la situation actuelle (ralentissement économique, remontée du chômage, lutte contre le terrorisme) se font certes sentir. Sur plusieurs points, la perception que les Français ont de l'efficacité gouvernementale se détériore. Il m'empêche : les chiffres restent au total favorables pour une équipe en place depuis aussi longtemps.

Ainsi, l'action de Lionel Jospin comme Premier ministre est-elle jugée avec faveur : 60 % des Français contre 32 %, soit deux sur trois, en chiffres ronds, des personnes ayant une opinion, évaluent positivement ce bilan - les jeunes, les salariés du secteur public, les chômeurs, les cadres, les ouvriers, et, bien sûr, les électeurs de gauche sont les plus favorables. À droite, les électeurs de l'UDF accordent eux aussi une majorité relative d'avis favorables. L'action du gouvernement est elle aussi approuvée, dans une moindre proportion cependant (55 % contre 38 %), en repli de six point par rapport à l'an passé. Les commerçants, les artisans, les industriels et les électeurs de droite se montrent les plus critiques. La chute de la croissance et de la montée de l'insécurité y sont évidemment pour beaucoup. Après bientôt cinq ans au pouvoir, le niveau de résistance du gouvernement reste néanmoins élevé.

L'évolution de l'évaluation qu'en font les Français, secteur d'action par secteur d'action, apparaît cependant comme la plus révélatrice. D'une année sur l'autre, deux jugements s'améliorent nettement : la politique sociale et l'Éducation nationale. La multiplication des primes (primes de rentrée scolaire, primes pour l'emploi, allocation autonomie pour les personnes âgées dès janvier prochain) ainsi que les mesures d'intégration sociale sont accueillies positivement, en particulier chez les jeunes. Le savoir faire de Jack Lang porte par ailleurs ses fruits. Deux autres secteurs ont une image globalement stable : l'emploi et l'environnement, malgré la reprise actuelle du chômage et les psychodrames des Verts, dont l'électorat juge sévèrement l'action du gouvernement sur leur terrain de prédilection. Un secteur voit son image légèrement dégradée, celui de la politique économique, en particulier chez les cadres. Deux secteurs, enfin, enregistrent un jugement nettement négatif, et de surcroît en repli sensible par rapport à l'an passé : la sécurité et l'immigration. L'augmentation sensible de la délinquance durant le premier semestre, les attentats de New-York et la crainte du terrorisme expliquent largement cette évolution, très sensible dans l'ensemble de la population. Le point sera vraisemblablement au cour de la campagne présidentielle. Quant à l'immigration, elle est très mal ressentie en ce moment, notamment chez les personnes âgées, les travailleurs indépendants et les chômeurs.

En revanche, un autre point assez positif, difficile pourtant à atteindre, concerne la perception du bénéfice de l'action de Lionel Jospin : 44 % des personnes interrogées, pourcentage rare sur ce sujet, juge qu'elle profite à l'ensemble des Français, en particulier chez les jeunes, les cadres et les salariés modestes ainsi que chez les chômeurs. Les Français ayant traditionnellement le sentiment que l'on en fait plus pour les autres catégories sociales que pour la leur, ce chiffre est méritoire.

Il est plus encourageant pour Lionel Jospin que l'évaluation de son action depuis juin 1997 : sous cet angle là, qui veut ramasser quatre années et demi de perceptions successives, le bilan apparaît légèrement négatif (42 % contre 45 %), en recul sensible par rapport à l'an passé. Les femmes, les personnes âgées, les travailleurs indépendants mais aussi les électeurs communistes, et a fortiori les électeurs de droite se montrent les plus sévères. L'année 2001 n'aura visiblement pas été la plus confortable pour le Premier ministre. Lionel Jospin peut en revanche se montrer satisfait de la popularité de certains de ses ministres, notamment Bernard Kouchner, Jack Lang et Marie-Georges Buffet. Ce n'est pas un hasard si les deux premiers sont aussi des arrivants tardifs dans ce gouvernement. Après quatre ans et demi, même si dans l'ensemble la perception du bilan reste favorable, la fatigue gagne. Avec l'instauration du quinquennat, on peut d'ailleurs penser qu'aucun gouvernement ne durera désormais aussi longtemps que celui de Lionel Jospin.

Alain DUHAMEL




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