La situation politique à Marseille à cinq semaines des élections municipales

 

Le 8 février 2001 - L'enquête réalisée par la SOFRES pour La Provence montre que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, devrait conserver aisément la mairie conquise en 1995. Face à une gauche enfin unie derrière René Olmeta, mais qui régresserait par rapport à son score de 1995, la liste d'Union de la droite peut même espérer gagner plusieurs secteurs supplémentaires. D'autant plus que l'extrême droite, divisée, est ici comme dans de nombreuses villes, en baisse sensible.

Armé d'un bilan flatteur, Jean-Claude Gaudin devrait conserver la mairie de la cité phocéenne sans trop de difficultés. Conquise en 1995 après trois tentatives infructueuses, Marseille devrait même, à la différence de bon nombre de villes de France, connaître une progression de la droite et une baisse ou au mieux une stabilité de la gauche.

Précisons d'abord que l'enquête a été réalisée auprès de l'ensemble des marseillais. Afin d'améliorer la qualité des intentions de vote recueillies, chacune des listes proposées faisait apparaître le nom de la tête de liste dans l'ensemble de la ville et le nom du candidat dans chacune des secteurs concernés. Les habitants ont donc été interrogées sur les candidats de leur propre secteur.

Marseille à contre-courant : progression de la droite, baisse de la gauche

Au premier tour, les listes du maire sortant, conduites par Jean-Claude Gaudin et soutenues par l'UDF, le RPR, DL et Génération Ecologie, obtiendraient 42% des intentions de vote. Elles amélioreraient donc sensiblement leurs résultats par rapport à 1995 (36,2%). La progression de la droite est d'autant plus remarquable que dans la plupart des villes de France, elle est aujourd'hui en retrait. Elle le doit certes au soutien sans faille dont bénéficie Jean-Claude Gaudin chez les électeurs de droite mais, surtout, à l'appui d'une partie non négligeable des électeurs de gauche et écologistes : 22% des sympathisants communistes et socialistes, et 33% des écologistes déclarent avoir l'intention de voter pour lui au premier tour. Devançant son rival socialiste chez les personnes âgées de plus de 50 ans, l'ancien ministre de l'Aménagement du territoire et de la Ville est également soutenu par les jeunes de 18 à 24 ans (50%).

A la différence des autres villes de France là aussi, les listes de gauche enregistreraient pour leur part une baisse par rapport à 1995. Les listes du candidat de gauche d'alors, Lucien Weygand, avaient obtenu 28,7% des suffrages au premier tour, et l'ensemble des listes de gauche et écologistes 41,6%. Pour la première fois depuis 1989 le Parti Socialiste se présente uni derrière son candidat, René Olmeta, ce dernier s'étant finalement imposé après le désistement de Marius Masse. Pour la première fois également depuis 1983, l'ensemble de la gauche et des écologistes sont réunis. Malgré cela, la liste conduite par le candidat socialiste et soutenue par le PS, le PC, le MDC, le PRG et les Verts obtiendrait 37% des voix ; soit 2 points de moins, si l'on y ajoute les listes d'extrême gauche (2%), que l'ensemble des listes de gauche en 1995. René Olmeta devance le maire sortant chez les actifs de 25 à 49 ans, les professions intermédiaires, mais fait jeu égal avec lui chez les cadres supérieurs et les ouvriers, une situation peu classique pour un candidat de la gauche plurielle.

Les autres listes telles que " Marseillais tous ensemble " conduite par Jacques Balouzat (3%), celles du RPF conduite par François Franceschi (1%), ou celles de Hyacinthe Santoni (" La Force des convictions ", 0,5%) ne seraient pas en mesure de se maintenir au second tour.

Les listes du Front National conduites par Maurice Gros et du MNR conduites par Bruno Mégret, quant à elles, ne retrouveraient pas leurs scores moyens des municipales de 1995. Avec un total de 14,5% des voix au premier tour, elles confirment leur ancrage dans un de leurs bastion traditionnels, un score d'autant plus remarquable que l'extrême droite est actuellement en baisse dans la plupart des villes de France. Cela signifie que même divisée l'extrême droite, et notamment les listes du MNR conduites par Bruno Mégret, devraient être en mesure de se maintenir au second tour dans certains secteurs. Mais malgré cela la baisse est bien réelle (7,5 points) et les deux listes n'ont aucune chance de retrouver les scores particulièrement élevés de 1995, comme celui de J.-P. Baumann dans le 8ème secteur par exemple : 27,5%. Notons enfin que conduit par son leader, Bruno Mégret, le MNR devance à Marseille le FN, ce qui n'est pas le cas dans la plupart des villes de France (à l'exception de Vitrolles où seule son épouse, maire sortante, se présente).

Au second tour, avec une extrême droite en baisse et divisée, les candidats des listes de gauche et de droite voient s'éloigner la perspective d'un remake de 1995 : des triangulaires dans 7 secteurs sur 8, le 4e ayant été conquis dès le premier tour par Jean-Claude Gaudin.

Dans une hypothèse de duel, le rapport de force est nettement favorable au maire sortant. Ses listes sont créditées de 56% des intentions de vote et celles de René Olmeta de 44%. En cas de triangulaire, la droite obtiendrait une majorité relative (47-48%) des voix, améliorant nettement son score de 1995 : 7 à 8 points de plus. Les listes de gauche retrouveraient leur score de 1995 (40-41%) et celles de l'extrême droite, qu'elles soient conduites par le FN ou le MNR, créditées de 12% des intentions de vote, enregistreraient une baisse sensible, de 7 points.

Marseille devrait donc connaître une évolution à contre-courant des tendances qui se dessinent actuellement dans les autres villes de France : une gauche en baisse, une droite en progression. Seul point commun a contrario, la baisse de l'extrême droite, au regard duquel la cité phocéenne peut toutefois être rangée dans les exceptions tant son niveau y est encore très élevé, puisqu'elle peut espérer atteindre 14,5% des voix.

Un bilan positif et consensuel

Jean-Claude Gaudin a su élargir les soutiens traditionnels de la droite classique pour empiéter sur un électorat aujourd'hui plus favorable à la gauche : les jeunes, les cadres supérieurs et les catégories populaires. Cette situation atypique, il la doit certainement beaucoup au travail de l'équipe municipale en place, aujourd'hui créditée d'un très bon bilan. 68% des habitants jugent " excellent ou bon " le travail accompli par la municipalité au cours des dernières années (contre 30%). A l'exception des sympathisants du PC (48%), son action est jugée positivement par la totalité des catégories de la population, et notamment par les personnes âgées (71%), les retraités (72%) et les commerçants (77%). Elle est saluée par 66% des sympathisants socialistes et 56% de ceux du FN-MNR.

Dans le détail, les habitants jugement très majoritairement que la situation s'est améliorée, au cours de ces dernières années, dans trois domaines : les aménagements urbains (74%), l'animation culturelle (73%) et l'image de la ville (73%). Victime pendant longtemps de son image et de la faiblesse des investissements industriels, Marseille, dont le taux de chômage reste encore largement supérieur à la moyenne nationale, a changé. L'activité économique repart, et 58% des marseillais estiment, en la matière, que la situation s'est également améliorée. En revanche, comme de nombreuses villes, Marseille souffre de gros problèmes de circulation (68% des habitants jugent que la situation s'est détériorée), et les habitants soulignent également la dégradation de la sécurité (54%), de la propreté (50%) et des impôts locaux (46%). Sur l'ensemble de ces points, les jugements des sympathisants de droite et de gauche sont quasiment identiques. On tient là une des clés du succès de Jean-Claude Gaudin : le consensus. Dans une ville traversée d'abord par les querelles au sein de la gauche en lutte pour l'héritage de Gaston Deferre, mais aussi par une opposition très forte entre la gauche et la droite, le maire sortant a su s'attirer les soutiens de catégories de la population qui ne lui étaient pas, initialement, acquises.

En conclusion, les projets auxquels les habitants tiennent le plus sont cohérents par rapport au bilan qu'ils dressent des années écoulées : extension des lignes de métro jusqu'à Saint-Barnabé et Saint-Loup (47%) d'abord, réhabilitation du centre ville (42%) et réaménagement de la Canebière (33%) ensuite, afin d'améliorer la circulation, la propreté, la qualité de vie et la sécurité. La création d'un grand hopital moderne (29%), l'achèvement d'Euroméditerranée (23%) et l'achèvement de la L2 (19%) ne sont cités que dans un deuxième temps. Sur tous ces points, une fois encore, on éprouve des difficultés à trouver des différences entre marseillais de droite et de gauche : consensus.

Stéphane Marcel


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