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Les Britanniques et l'immigration
Le 8 octobre 2007 - Selon notre étude, réalisée pour France 24, les Britanniques sont partagés sur la question de l'immigration. Lorsqu'on leur demande s'il s'agit plutôt d'une chance ou plutôt d'une menace pour l'Europe, c'est la vision positive qui l'emporte : 37% considèrent en effet que l'immigration est plutôt une chance pour l'Europe, quand 28% pensent qu'ils s'agit plutôt d'une menace et 28% ni l‘un ni l'autre. Toutefois, lorsque cette même question est posée à propos de leur propre pays, la vision négative prend le dessus : 37% des Britanniques pensent que l'immigration est plutôt une menace pour la Grande-Bretagne, pour 32% qui pensent qu'il s'agit plutôt d'une chance.
Dans le détail, l'immigration est surtout vue comme une menace pour l'identité britannique : cette vision est partagée par 52% des Britanniques interrogés, contre seulement 26% qui la voient comme une chance. Dans le même ordre d'idée, l'immigration est perçue comme une menace pour la culture britannique par 49% des répondants (contre 33% pour qui elle est une chance). La question la plus clivée est celle qui concerne l'économie : 42% des Britanniques voient l'immigration de manière positive mais 41% considèrent qu'elle menace l'économie de leur pays.
Les effets négatifs de l'immigration :
la maîtrise des flux migratoires comme principal problème
Les problèmes qui sont le plus mis en avant par les Britanniques en ce qui concerne l'immigration sont relatifs à l'immigration clandestine d'abord (82% la citent comme l'un des éléments qui peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil), suivie par la concentration d'immigrés dans certains quartiers, citée par 74% des Britanniques, et par le trop grand nombre d'immigrés (70%). Les problèmes soulevés ont donc davantage trait à la capacité de maîtrise et de régulation de la population immigrée qu'aux difficultés posées par le pays d'accueil d'une part et la rencontre et le mélange des cultures d'autre part. Ainsi, la situation économique et sociale du pays, les différences de modes de vie, de même que les différences de religion sont moins fréquemment citées : respectivement par 67%, 64% et 57% des Britanniques interrogés. Les préoccupations quantitatives l'emportent donc quelque peu sur les jugements qualitatifs.
Cette préoccupation face à l'immigration clandestine se retrouve au niveau de la hiérarchie des problèmes posés par l'immigration. Quand on leur demande de désigner le problème le plus important aujourd'hui en matière d'immigration, 56% des Britanniques se prononcent pour l'immigration clandestine quand seulement 28% choisissent l'intégrisme religieux et 13% l'intégration des immigrés. La Grande-Bretagne, terre d'asile pour de nombreux immigrés, semble donc davantage souffrir de l'arrivée sur ses côtes de flux qu'elle ne peut maîtriser que de l'intégrisme religieux.
L'immigration comme une opportunité économique et culturelle
pour le pays d'accueil
Au-delà des problèmes soulevés par l'immigration, les Britanniques soulignent également les opportunités qu'elle représente. Parmi les éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance pour le pays d'accueil, ceux-ci retiennent d'abord l'ouverture plus grande aux autres et aux différences de culture et de modes de vie (77%) devant l'apport de main d'œuvre dans certains secteurs (71%). Viennent ensuite l'enrichissement culturel (64%), le soutien à la croissance et au dynamisme économique (61%) et des échanges plus importants entre leur pays et les pays d'origine (57%) ; l'atout qui reste le moins perçu par les Britanniques étant le dynamisme accrû de la démographie dans un pays vieillissant (52%). Ce sont donc les éléments économiques mais surtout culturels qui retiennent l'attention des Britanniques.
Des jugements tranchés sur le modèle d'intégration britannique
et sur le partage des responsabilités
La question de l'intégration des immigrés, si elle arrive seulement en troisième place des problèmes posés par l'immigration, n'est pas toutefois sans poser problème. Ainsi, pour une large majorité de Britanniques, le processus d'intégration des immigrés reste largement perfectible : 60% estiment que la plupart des immigrés ont des difficultés d'intégration quand seulement 34% estiment que la plupart sont plutôt bien intégrés.
Les causes de ces difficultés d'intégration sont à chercher, aux yeux des Britanniques, du côté des immigrés eux-mêmes plus que de la société. Ainsi, pour 55% des répondants, ce sont avant tout les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer, pour 35% qui pensent que c'est avant tout la société britannique qui ne donne pas aux personnes d'origine étrangère les moyens de s'intégrer.
Le développement des pays d'origine comme un moyen de s'attaquer
à la source des problèmes liés à l'immigration
Lorsqu'on les interroge sur les politiques d'immigration qu'ils souhaitent voir mises en œuvre, les Britanniques montrent leur volonté de maîtriser les flux migratoires, soit en s'attaquant à l'origine du problème soit en fixant des quotas à l'entrée de leur pays.
Ainsi, si 80% souhaitent que l'on favorise le développement des pays d'origine, 63% désirent que des quotas soient fixés par profession et 51% par pays d'origine pour les immigrés qui entrent en Grande-Bretagne. 51% pensent que l'immigration économique doit être favorisée mais que le regroupement familial doit être freiné.
La régularisation des immigrés illégaux ne semble pas attirer les Britanniques, qui sont seulement 43% à se prononcer en faveur d'une régularisation des sans papiers qui ont construit leur vie en Grande-Bretagne.
Si seulement 37% souhaitent que l'on empêche les nouveaux immigrants de pénétrer sur leur île, 46% acceptent l'idée que l'on renvoie un grand nombre d'immigrés dans leur pays.
Enfin, une vision totalement ouverte des frontières ne semble pas d'actualité puisque seulement 13% souhaitent que les frontières de la Grande-Bretagne soient bien plus ouvertes qu'actuellement.
Le gouvernement de Gordon Brown n'a pas vraiment la confiance du pays pour conduire une politique adaptée à la situation en ce qui concerne l'immigration. 40% lui font confiance mais elle lui fait défaut auprès de 56% des Britanniques.
Perception d'un monde musulman unitaire
Concernant le monde musulman, les Britanniques semblent divisés. S'agit-il d'un ensemble unitaire ou d'un monde parcellaire ? Pour 45%, ce qui rassemble les musulmans, c'est-à-dire leur religion, est plus fort que ce qui les distingue, (pays et régimes politiques différents, histoires différentes) mais pour 42% il s'agit de l'inverse. Il n'y a par conséquent, dans l'opinion publique britannique, pas de vision commune ni partagée de ce qu'est le monde musulman.
Sentiment que l'intégrisme musulman se renforce dans le monde,
et dans une moindre mesure en Grande-Bretagne
Les Britanniques sont une majorité à penser que l'intégrisme musulman gagne du terrain dans le monde (56%), pour seulement 6% qui pensent qu'il en perd et 31% qu'il stagne.
En ce qui concerne l'intégrisme musulman dans leur pays, le sentiment que celui-ci progresse est légèrement moins fort (49%) mais reste largement supérieur au sentiment qu'il perd du terrain (7%) et à celui que ni il n'en gagne, ni il n'en perd (37%).
Au total, les Britanniques ont une vision relativement négative de l'immigration, qu'ils perçoivent plutôt comme une menace pour leur pays, en particulier pour leur identité et leur culture. L'immigration clandestine est une de leurs préoccupations majeures. Les Britanniques ne sont pas hostiles à l'arrivée de nouveaux migrants, à condition que cette immigration soit conforme aux besoins économiques du pays d'accueil, se montrant ainsi désireux d'une maîtrise quantitative et qualitative des flux.
Sarah Basset
Fiche Technique : Énquête réalisée pour France 24 du 21 au 23 septembre 2007, par téléphone, auprès d'un échantillon national de 983 personnes, représentatif de l'ensemble de la population britannique âgée de plus de 18 ans.
Méthode aléatoire, avec stratification par région et contrôle des quotas en cours d’interview (sexe, âge, classe sociale et région) des répondants.
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